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CHAP. III. — ARCHITECTURE CIVILE

Je donne le nom d'architecture civile à tout ce qui n'est ni consacré au culte , ni destiné à la défense, comme les églises et les châteaux. On voit

que le champ est vaste, et que pour l'exploiter entièrement il faudrait un autre plan que celui d'un manuel. En voulant être succinct, je m'efforcerai cependant de ne rien omettrre de ce qui peut faire distinguer facilement le style et l'âge des divers monuments.

On peut penser avec toute vraisemblance que le mode de construction si longtemps en usage au moyen âge, et qui avait tant de ressemblance avec l'architecture romaine, remontait effectivement au temps de la domination des Romains. C'était une des traditions de l'ère qui avait précédé, tradition qui avait seulement été modifiée suivant les temps et suivant les lieux. Mais si la pénurie des monuments religieux d'une haute antiquité est trèsgrande, il nous reste encore bien moins de monuments civils, et aujourd'hui que nos villes se sont presque entièrement renouvelées , on trouve à peine , par hasard, quelques débris de conslructions civiles remontant au onzième , douzième et treizième siècles. Ce n'est guère qu'à partir du quatorzième siècle qu'on trouve un certain nombre de maisons anciennes. •

Les monuments civils ont subi les mêmes variations de formes et de décorations que l'architecture religieuse , et peuvent être classés d'après les mêmes principes.

Aux premiers siècles du moyen âge, si on construisit quelques monuments publics , on se servit aussi des constructions romaines encore subsistantes ; ces monuments durent <Uré appliqués aux be-

soins des populations; on répara les bains , les aqueducs, les portiques, etc., et l'on fit de nouvelles constructions à l'imitation des anciennes.

art. 1". — Huitième, neuvième et dixième siècles.

Diverses chroniques nous apprennent que l'architecture, qui, dans les siècles précédents, était restée stationnaire , ou plutôt était tombée dans la décadence, reprit un nouveau lustre sous Charlemagne, qui savait imprimer sa grandeur à tous les arts en les favorisant, et leur donner une noble impulsion par le soin qu'il prit de les encourager. Nous savons du moine de Saint-Gall (1) que ce grand prince, dans les intervalles de ses diverses expéditions, fonda plusieurs villes nouvelles , bâtit des ponts, répara d'anciens édifices* Mais ce fut surtout à Aix-la-Chapelle qu'il déploya sa magnificeuce royale, dans le palais et la basilique qu'il y fit construire, et dont il ne reste plus rien.

La même chronique nous apprend qu'à cette époque on plaçait des chaînes horizontales de briques dans les murailles, comme on l'avait fait sous la domination romaine, et comme il se pratiqua jusqu'au onzième siècle. Il est certain aussi que sous Charlemagne on ajusta , dans les édifices les plus soignés, des colonnes romaines arrachées à des édifices antiques.

(1) Fie de Charlemagne, par le moine de Saint-Gall; apud Bouquet» t V.

Le règne de Louis le Débonnaire (commencement du neuvième siècle) fut aussi assez fécond en constructions civiles , dans lesquelles on déploya souvent une grande élégance. On répara et on construisit grand nombre d'églises et de monastères, auxquels on employa souvent les pierres des enceintes murales ou des monuments romains; mais la plus grande obscurité règne sur l'état de toutes ces constructions des huitième et neuvième siècles.

La dernière moitié du neuvième siècle vit disparaître toutes ces constructions sous le fer et le feu des Normands, qui désolèrent alors l'empire et portèrent partout le ravage et la désolation. Alors s'arrêta l'impulsion donnée par Charlemagne aux arts, qui retombèrent dans une sorte de barbarie, dont ils ne se relevèrent guère avant le onzième siècle. Il est vrai que Tordre se rétablit au*dixième, et fit renaître la sécurité; mais ce siècle n'en fut pas moins un des plus pauvres en productions architectoniques : les arts n'avaient pas encore eu le temps de reprendre leur élan; après de si grands désastres, on dut penser d'abord à relever les édifices les plus nécessaires, qui se ressentirent de l'ignorance et de la pauvreté des temps, et ne furent ni beaux, ni considérables.

art. 2. — Onzième siècle»

On était enfin revenu de l'étonnement et de la stupeur dans lesquels avaient jeté les irruptions et

les horreurs des Normands; l'opulence avait reparu avec la paix , et , comme je l'ai dit en parlant des monuments religieux, les Normands eux-mêmes prirent, avec les lois du christianisme qu'ils embrassèrent, des mœurs plus douces, cultivèrent les arts, et s'efforcèrent de relever les ruines qu'ils avaient faites. L'art de bâtir fit donc de grands progrès dans le onzième siècle.

Il nous reste peu de monuments civils du onzième siècle; mais les débris qui nous ont été conservés suffisent pour nous prouver qu'on peut appliquer entièrement à l'architecture civile ce qui a été dit des ornements usités dans l'architecture religieuse de la même époque; seulement ces ornements sont employés avec plus de sobriété dans les monuments civils que dans les églises. Nous ne devons pas oublier que l'architecture était encore simple et sévère, et qu'on visait plus à la solidité qu'à l'élégance.

Beaucoup d'abbayes furent entourées de murailles comme les villes ou les châteaux, de manière à pouvoir servir de forteresses dans la nécessité, et recevoir des garnisons.

Comme nous le verrons pour les châteaux, les portes étaient au nombre de deux , une pour les voitures et l'autre pour les piétons : on remarquo des entrées de cette manière dans •presque tous les monastères jusqu'au seizième siècle. Souvent ces entrées extérieures se trouvaient dans des pavillons plus ou moins considérables , offrant des apparte-

ar. • iô .

ments pour le logement ou pour la défense en cas d'attaque.

Les fenêtres à plein cintre, simples ou géminées, comme dans les monuments religieux, avaient souvent une archivolte sans moulures, presque toujours surmontée d'une cymaise qui se prolongeait dans toute l'étendue de l'édifice en formant une ligne horizontale au niveau des impostes des cintres (pl. IX, fig. 5).

Souvent le rez-de-chaussée présentait des petites fenêtres semi-circulaires, très-évasées à l'intérieur.

Dans les constructions civiles d'une certaine importancej le rez-de-chaussée était presque toujours voûté en pierre, et servait habituellement de magasins ou de logements pour les personnes attachées au service de la maison, comme on le remarquera pour les châteaux de la même époque. Au premier se trouvaient les plus beaux appartements. Comme dans les châteaux, les grandes pièces étaient divisées intérieurement par des colonnes et des arcades supportant le plancher. Les cheminées du onzième siècle et du suivant étaient ordinairement de forme cylindrique , quelquefois rétrécies par le haut, ornées parfois de colonnes, et ressemblant assez à de petits clochetons élégants (pl. X, fig. 1 et 2).

Pour tout ce qui regarde l'ornementation, on peut se rappeler ce que j'ai dit des moulures employées dans les monuments religieux de l'époque.

art. 3. — Douzième siècle.

En parlant de l'architecture religieuse , j'ai fait voir que le douzième siècle avait été une des plus belles époques pour tous les arts , et en particulier pour l'architecture. Si on éleva alors beaucoup d'églises , nous voyons qu'on construisit aussi un trèsgrand nombre de monuments civils , surtout de monastères, qui se formèrent ou s'agrandirent de toutes parts par les soins des évèques, des abbés , et môme des particuliers que la piété, alors fort grande, portait à fonder et à doter ces retraites où tant d'hommes, fatigués du monde , trouvèrent dans l'étude et la prière un délassement salutaire et une douce espérance des biens futurs.

L'opulence étant devenue plus grande, et les ressources plus abondantes, on s'occupa d'allier la solidité des édifices avec l'élégance et là pureté des formes.

Les caractères architectoniques des monuments civils du douzième siècle sont les mêmes que ceux des monuments religieux. Le style roman se montre encore en entier dans la première moitié, pour se marier, dans la seconde, avec le style ogival, auquel il céda bientôt entièrement la place, les contre-forts, les colonnes, les chapiteaux, les entablements, les fenêtres à lancettes, simples ou géminées, les arcades et les moulures des églises, se iencontrent dans les constructions civiles. Les fenêtres des habitations particulières étaient quelquefois à plein cintre dans les maisons en pierres , et carrées dans les mai-

sons en bois, très-ordinaires à cette époque; d'autres fois aussi à ogive , comme on le remarque dans la fig. 4, pl. X, qui représente une partie de la maison des Templiers , à Louviers , construite à la fin du douzième siècle.

On admire encore dans quelques endroits, ces belles et vastes salles du douzième siècle, divisées dans leur étendue par de belles colonnes cylindriques ou groupées, supportant la retombée des arceaux qui partagent leurs voûtes ogivales : salle des chevaliers au Mout-Saint-Michel ; salle de l'ancien hôtel-Dieu de Caen , etc.

On trouve encore quelquefois, au commencement de ce siècle , le rez-de-chaussée occupé par des appartements voûtés, servant de magasins, etc.

Dans ce siècle aussi , et dans les suivants, il est à remarquer que les habitations civiles, comme les particulières, ont habituellement des galbes ou pignons sur le bord des rues. Le haut des cheminées était ordinairement de forme conique et assez élevé, comme dans les siècles suivants ( pl. X , fig. 1 et 2). On en voit deux , pareilles au n° % , en pierre, sur les beaux restes d'une ancienne abbaye, à Château-Landon (Seine-et-Marne).

Lorrez le-Boccage, joli village du département de Seine-et-Marne, un des pays les plus intéressants pour son ancienneté, outre des restes d'antiquités romaines, possède entre autres choses deux maisons,des plus curieuses, qui ne peuvent être postétérieures au milieu du douzième siècle. Les pignon9 sont sur la rue :. Tune d'elles , appartenant à M. Pi-

quart et à madame Lebègue, a dans son pignon trois croisées géminées, avec une colonne centrale, ornée d'un chapiteau carré, garni de feuilles galbées, roulées en volutes , et de larges feuilles grasses sans nervures ; celle du milieu a un faisceau de quatre colonnes. Les tympans sont formés d'un trilobé, de deux ogives, de deux arcades à plein cintre.

Dans les chambres , se trouvent deux cheminées très-curieuses , hautes de 1 mètre 70 centimètres , dont le manteau est soutenu par deux colonnes à chapiteaux carrés, l'un sans ornements, l'autre orné de feuilles galbées, terminées par une grappe, et d'une feuille de chêne.

Sous la maison , se trouvent trois caves superposées les unes aux autres , à voûtes légèrement ogivales, soutenues par des colonnes trapues, à chapiteaux octogones, ornés seulement de quelques petites feuilles roulées en volutes. Dans l'autre maison , appartenant au père Ravereau , se trouve une cave pareille, ayant sculptés sur ses chapiteaux les mêmes feuilles et des hiboux (pl. X, fîg.6).

J'ai vu près de là, chez fil. le marquis le Charron, habitant le château de Paley, entre autres antiquités, dont il est très-amateur, une tuile qu'il trouva sur une tourelle servant de colombier, et sur laquelle sont gravés la date où elle fut faite, le nom de l'ouvrier, avec son cachet (pl. X, fig. 3). Elle est de la grandeur de celles qu'on fait aujourd'hui , et faite pour l'endroit qu'elle recouvrait.

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art. 4. — Treizième et quatorzième siècles.

Aux treizième et quatorzième siècles , l'architecture civile suit encore, comme dans le siècle précédent, la marche de l'architecture religieuse. On remarque la même distribution qu'au douzième : les galbes élevés sur les rues, les rez-de-chaussée voûtés et occupés par les gens de service ; les grandes salles voûtées en style ogival , et divisées par plusieurs rangées de colonnes supportant les voûtes ou les arcades. Vers la fin du treizième et au quatorzième , on remarque quelquefois des fenêtres trilobées, des tourillons surmontant les escaliers; quelquefois les escaliers se trouvaient dans de petites tourelles à toits très-allongés, placées aux angles des bâtiments, et qui leur donnaient infiniment de grâce en rompant la monotonie et la rudesse des angles (pl. X, fig. 8).

Les cloîtres surtout offraient de l'élégance dans leur construction. Les arcades, plus ou moins élevées, remplies de découpures plus ou moins compliquées à leur sommet , offrent à peu près à cette époque les mêmes proportions que les fenêtres des églises ; tantôt ce sont des arcades à compartiments au sommet (pl. X, fig. 7), tantôt des arcades en forme de lancettes simples. Au quatorzième siècle, on commence à substituer aux colonnes fuselées supportant les arcades des cloîtres, des pilastres ornés de frontons aigus ou de pinacles appliqués garnis de crochets. Les retombées des voûtes s'ap-

puient alors assez souvent sur des figures saillantes d'animaux chimériques.

Le treizième siècle et les suivants nous offrent un autre genre de monuments qui n'existaient pas auparavant: ce sont les hôtels de ville et les beffrois, apanages et attributs des communes, dont l'établissement commença dès les premières années du douzième siècle, sous Louis le Gros, qui voulut, par ces privilèges, mettre ses sujets en état de se défendre eux-mêmes contre la tyrannie féodale, et fut général en France un siècle après. Dès lors, chaque ville eut un sceau particulier, une cloche pour assembler les bourgeois ; et une tour ou beffroi, qui renfermait la cloche, servait d'observatoire pour veiller à la sûreté de la ville , et quelquefois de prison.

Les hôtels de ville , dont la destination était de servir aux assemblées des bourgeois , furent assez ordinairement, au treizième siècle et au quatorzième, établis sur les portes de la ville. La cloche du beffroi se trouvait elle-même dans une tour construite à cet effet au-dessus des voûtes du portail, ou dans une des deux tours qui flanquaient cette entrée ; quelquefois il n'y avait pas de tour, et la cloche se trouvait sirspendue dans un toit élevé sur le bâtiment qui servait d'hôtel de ville; mais aussi, dans certains endroits, c'était une belle tour carrée, quelquefois hexagone, percée de fenêtres en ogive, et ornée d'élégantes moulures.

Aux treizième et quatorzième siècles, les maisons particulières, dont on ne voit plus guère de vestiges

aujourd'hui , étaient plus fréquemment construites en bois qu'en pierre. Quelquefois la construction en bois commençait dès le rez-de-chaussée , d'autres fois au premier étage seulement, et dans ce cas le rez-de-chaussée était en pierre. Ces maisons en bois étaient construites selon le même système que celles du quinzième siècle, dont quelques-unes, quoique rares, se rencontrent encore dans quelques anciennes villes.

Quelques maisons en pierre subsistent encore aujourd'hui. On y remarque quelquefois des fenêtres fort élégantes garnies de colonnes ou simples ou groupées, dont l'archivolte était ornée de voussures multipliées comme celles des églises, etsouvent<livisées en deux parties par une colonne en pierre (pl. X, fig. 5 et 8). Quelques-unes étaient ornées de rosaces et de trèfles, comme celles des églises; d'autres, moins élégantes , avaient une ouverture carrée au milieu d'une arcade en ogive (fig. 5). Les maisons avaient presque toujours leurs pignons sur la rue; on avait adopté ce système sans doute pour imiter les façades des églises et éviter la monotonie des frontons horizontaux.

Les maisons du quatorzième siècle offrent dans leurs ouvertures moins d'élégance que celiesdu treizième ; les colonnes sont plus maigres, lès moulures moins gracieuses.

Les cheminées des treizième et quatorzième siècles sont ordinairement cylindriques ou hexagones trèsdéliées (pl. X, fig. 2), quelquefois terminées par une galerie à jour que surmonte un couvercle (fig. 1 ).

On voyait communément dans les villes, au quatorzième siècle, des portiques ou galeries pratiqués le long des rues, au rez-de-chaussée des maisons , qui offraient de larges trottoirs couverts, très-commodes pour le dehors, mais fort peu agréables pour l'intérieur des appartements, qu'elles rendaient plus sombres. Le premier étage s'avançait au-dessus , porté dans sa partie antérieure par de massifs poteaux en bois ou des colonnes de pierre.

art. 5. — Quinzième siècle.

Il n'y a guère de villes qui ne possèdent quelques monuments civils du quinzième siècle, assez bien conservés, fort curieux, quelquefois très-élégants et ornés de riches sculptures.

Les treizième et quatorzième siècles nous offrent peu d'architecture dans les hôtels de ville, qui étaient peu importants, et ne consistaient le plus souvent que dans une des tours de défense de la ville, ou quelque bâtiment peu spacieux au-dessus des portes. Mais vers la tin du quatorzième siècle , et dans les suivants, nos rois voulant affaiblir de plus en plus en plus la puissance féodale , accordèrent de plus grands privilèges aux villes qui jouissaient déjà de quelques-uns, et donnèrent à une multitude d'autres les droits communaux. On sentit alors la nécessité de bâtiments plus vastes pour les affaires communales, qui devinrent plus multipliées et plus importantes. Ainsi de tous côtés, vers le milieu du quinzième siècle, s'élevèrent de nouveaux hôtels de ville

dans le style le plus brillant de l'époque. Toutes les villes comprenant le bienfait de la liberté qu'elles venaient en quelque sorte de conquérir, et se sentant en possession d'une puissance qui les rendait plus indépendantes des grands feudataircs, rivalisèrent entre elles dans l'édification de ces véritables palais communaux, dignes d'admiration, et dont quelques-uns subsistent encore presqué entiers.

Le belîroi devient alors une tour élégante chargée de découpures comme celles des églises. Les villes employaient quelquefois des sommes considérables pour construire et orner leur beffroi, afin qu'aperçu de plus loin, il donnât une plus grande idée de leur puissance.

Les caractères architectoniques que Ton remarque sur les monuments civils du quinzième siècle sont, quant aux moulures d'ornement, les mêmes que ceux employés dans l'architecture religieuse de la même époque : de grandes salles voûtées en ogive divisées par des arcades magnifiquement ornées, des portes et des fenêtres en tiers point, couronnées de bouquets et de guirlandes de feuilles frisées, des pinacles garnis de crochets , des niches, des basreliefs , des aiguilles très élégantes, ornées de plusieurs rangs de frontons tréflés, des tourelles en encorbellement, etc., et tous les autres ornements de l'époque.

Pour donner une idée des hôtels de ville de cette époque, je citerai seulement celui de Bruxelles (pl. X, fig. 9) y un des plus remarquables pour son

élévation , son étendue et sa magnificence. L'inimi* table tour du beffroi , qui surmonte l'édifice, cÊ de forme octogone à partir du faite de la toiture : elle est d'une hardiesse et d'une élégance admirables, entièrement percée à jour.

La façade de cet hôtel olîre d'abord une galerie de 17 arcades en ogive, suportant une espèce de balcon de la même profondeur que la galerie.

Cette belle façade est percée de 40 fenêtres disposées sur deux, rangs; les fenêtres de l'ordre supérieur sont les plus élevées et lest plus élégantes; sur l'entablement qui les surmonte s'élève une balustrade à hauteur d'appui formant le couronnenenient supérieur. Enfin la charpente du toit est couverte en ardoises,- et percée d'environ 80 lucarnes , qui produisent le meilleur effet en dissimulant la nudité de cette partie de l'édifice.

Maisons privées. J'ai insinué dans l'article précédent, qu'au quinzième siècle les maisons en bois étaient plus nombreuses que les maisons en pierre, qui étaient assez rares. Celles qui subsistent sont encore assez nombreuses dans les anciennes villes do la France; mais ils nous en reste un plus grand nombre construites en pierres.

La disposition des maisons en bois était à peu près la même qu'au quatorzième siècle. Souvent les étages s'avancent en saillie l'un sur l'autre, et les parties rentrantes qui régnent sur la largeur du bâtiment sont ornées de moulures. On voyait moins souvent qu'au quatorzième siècle les pignons sur la rue.

* ^s maisons étaient assez souvent décorées de petites statues de saints placées dans des niches le long des principales pièces de bois verticales de la charpente de l'édifice; quelquefois dans les trumeaux des fenêtres. Les simples traverses destinées à maintenir le remplissage de plâtre ou de chaux qui formait le milieu des murs étaient assez souvent ciselées.

Dans quelques maisons, on incrustait dans ce rempli des plaques de terre cuite vernissée, de diverses couleurs ^ qui donnaient à ces édifices en bois, aujourd'hui si sombres pour la plupart, un brillant d'un effet singulier et agréable.

A partir de la seconde moitié du quinzième siècle, les maisons étalèrent un luxe de ciselures qu'elles n'avaient pas offert précédemment. Dans les maisons en pierre , on remarque les mêmes détails d'ornement que dans les autres édifices du môme temps : les chardons rampants , les feuilles de choux frisés , etc., etc., ornaient les portes en ogive et quelquefois les corniches; des panneaux tapissaient quelquefois les murailles.

Les fenêtres étaient presque toujours carrées et subdivisées par des croix de pierre ; elles avaient pour encadrement plusieurs rangs de nervures prismatiques; un cordon portant sur des cariatides leur servait de couronnement. Quelques-unes, mais rares, étaient aussi en forme d'accolade par le haut, et gar nies de feuillages brisés.

Les fenêtres des combles ou lucarnes étaient couonnées de frontons pyramidaux extrêmement lé-

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gers, et parfois accompagnés de contre-forts ou d'arcs-boutants festonnés et de pinacles couverts de crochets et de ciselures. L'extrémité des frontons triangulaires des combles étaient assez souvent taillée en gradins , comme on en voit aussi au seizième siècle.

A cette époque, il n'y avait pas, comme aujourd'hui , de numéros au-dessus des portes, mais ils étaient remplacés, dans certaines maisons, par des bas -reliefs propres à les faire reconnaître, et servant d'enseigne; cet usage a subsisté jusqu'au dixseptième siècle.

Souvent on employait la brique conjointement avec la pierre pour la construction , en les disposant par couches alternées plus ou moins épaisses.

Au quinzième siècle, on voyait très-fréquemment des porches ou galeries au moyen desquelles on pouvait marcher à couvert au dehors des maisons, mais qui rendaient fort sombres les appartements du rez-de-chaussée.

art. 6. — Seizième siècle.

Rappelons-nous que le seizième siècle fut celui de la renaissance , et par conséquent d'une grande révolution dans l'architecture; il ne faut donc pas être surpris de voir dans ce siècle des maisons entièrement semblables à celles du quinzième, d'autres réunissant le gothique au gréco-romain, et d'autres enfin, surtout à là fin de ce siècle, de ce dernier style seulement.

On voit encore dans ce dernier siècle une trèsgrande quantité de maisons en bois, quoique pourtant les constructions en pierre fussent devenues plus fréquentes. Dans ces maisons de bois, les fenêtres continuèrent à être très-rapprochées les unes des autres, et séparées par de petits montants ou pilastres plus ou moins ornés de sculptures. Ces pilastres étaient souvent à renflement par le bas, et assez semblables à un fût de candélabre; la même forme de pilastres se rencontre dans les monuments en pierre. Leurs poteaux corniers portent souvent des statues de saints. On orna les portes et les boiseries intérieures de panneaux richement sculptes et parfois peints et dorés.

Le goût pour les ornements et les ciselures, qui s'était manifesté au quinzième siècle, fit encore des progrès dans le seizième. Les bas-reliefs, les médaillons, les arabesques très -riches , les mascarons, les cartouches (pl. X. fig. 10), furent employés avec profusion , non-seulement dans les palais, mais même dans les maisons particulières de peu d'importance, ce qui leur donnait un très-grand brillant.

Les j)lus beaux hôtels , construits en pierre , avaient des portiques ornés de colonnes, ordinairement prismatiques, couvertes de nervures saillantes, quelquefois torses ou rondes. On voyait aussi à l'extérieur des maisons de pierre de petites tourelles peu élevées, en encorbellement, comme des cabinets avancés, qui pouvaient servir de points d'observation.

Les grands édifices publics, comme les hôtels de ville , ne sont plus que rarement surmontés, comme dans le siècle précédent , de beffrois à porte de vue; mais ils sont cependant très-riches d'architecture, et de la plus grande élégance: pour en donner une idée, je citerai ce que dit M. de Jolimont (1) de la belle façade du Palais-de- Justice de Rouen : « Cette façade s'étend sur une longueur de plus de 200 pieds, et est décorée de tout ce que l'architecture de ce temps-là présente de plus délicat et de plus riche. Les piliers angulaires, les trumeaux chargés de dais, de statues et de clochetons, et qui s'élèvent depuis la base jusqu'au faite; les ornements multipliés qui entourent les fenêtres, ceux qui accompagnent et surmontent celles du toit; la charmante série d'arcades qui règne en forme de galeries sur toute la longueur de l'entablement; enfin l'élégante tourelle octogone qui occupe le milieu et divise la façade en deux parties égales, sont de la plus grande beauté et d'un excellent goût, malgré certaine bizarrerie qui régnait dans le style de cette époque.»

En effet , ce palais , commencé dans les dernières années du quinzième siècle (1493), et terminé dans les premières années du seizième, est digne du protecteur des arts éclairé et libéral sous les auspices duquel il fut entrepris et achevé, et se place au premier rang des monuments dont la ville de Rouen s'enrichit pendant le règne de Louis XII , et l'épisco-

(i) De Joliroont, Monuments de la haute Normandie, in-f%

pat da cardinal Georges d'Amboise. C'est une des * dernières et belles créations que l'art gothique , prêt à disparaître devant le génie de la renaissance, ait laissées dans la France.

L'hôtel de ville de Cologne, qui déploie toute la magnificence du style de la renaissance , de proportions élégantes et nobles, n'a déjà plus le caractère élancé et gracieux du gothique, et montre la révolution commencée depuis un siècle dans l'architecture, et qui s'acheva rapidement dans le seizième.

Henri II, marchant sur les traces de François I", donna, comme lui, de notables encouragements aux progrès de l'art. Sous son règne l'architecture et la sculpture furent dans un état prospère ; seulement, on employa certaines moulures, comme les arabesques, etc., avec moins de profusion.

Les maisons de la tin du seizième siècle sont encore ornées quelquefois de pilastres à renflement, de mascarons et de cartouches; mais on ne voit pas, au moins habituellement, cette profusion d'arabesques qui avait tapissé les trumeaux des fenêtres et des portes sous François I ,r .

Je ne déciderai pas si c'est avec raison que depuis quelques années les artistes se sont épris des monuments de la renaissance , qui ne peuvent assurément rivaliser avec les gothiques. 11 est pourtant incontestable que, au moins pour les monuments civils et les châteaux de l'époque, le style de la renaissance est plus commode, plein de richesse, de grâce et d'élégance. Quant aux monuments reli-

gieux, j'ai déjà fait voir que le style gothique lui était infiniment préférable , et ne pouvait être bien remplacé par aucun autre.

art. 7. — Dix-septième siècle,

La fin du seizième siècle et le dix-septième ont le même style archilectonique , le gréco-romain.

On vit encore à cette époque quelques maisons ayant pignon sur la rue; mais on abandonna le plus souvent cette méthode pour la remplacer par la costière ; ou bien il n'y avait pas de pignon , mais une couverture s^* les quatre faces : les maisons ainsi construites produisaient un très-bon effet, par la suppression de l'aspérité des pignons. On voit un exemple de cet effet dans les restes précieux du beau monastère de Bosserville, près Nancy, bâti vers le milieu du dix-septième siècle par Charles IV de Lorraine, et qui porte encore • le cachet de grandeur qui caractérise toutes les œuvres de ce prince héroïque. On en peut voir encore un effet dans les monuments de notre siècle, qui presque tous sont construits dans ce genre, qui, commençant au dix-septième siècle, n'a fait qu'augmenter jusqu'à ce jour. Au dix-septièmo , siècle aussi, et au dix-huitième, les toits s'abaissent et prennent souvent une forme brisée, surtout dans les grands monuments; exemple qui s'est reproduit dans un grand nombre de constructions de ces deux siècles. Je citerai parmi les monu-

ments de Paris , le château des Tuilerie? , le Louvre , la Salpétriêre, etc., construits au dix-septième siècle.

On voit encore dans ce siècle quelques fenêtres divisées en quatre parties par des croix de pierre, ainsi que des escaliers en saillie formant une espèce de tour.

Dans la plupart des grands monuments, tels que ceux que je viens de nommer, la monotonie d'une façade régulière est souvent coupée, aux extrémités et quelquefois au milieu , par un corps de bâtiment un peu saillant, plus élevé que le reste de l'édifice et formant une espèce de pavillon.

Les cheminées étaient trè^levées, et couronnées à leur sommet de frontons triangulaires plus ou moins ornés. 11 y en avait aussi de tout unies et semblables à celles de nos maisons actuelles.

Le goût de la multiplicité des moulures était passé ; aussi ne voit-on plus à cette époque ni rinceaux ni arabesques sur les murs.

Dans quelques constructions on voit de distance en distance des cordons de briques qui ne sont pas saillants. Quelquefois elles forment seules les entablements , le tour des croisées, et même des espèces de panneaux entre les croisées et les portes séparés par des chaînes de pierres horizontales et verticales.

Au dix-septième siècle, les grands édifices affectèrent un style beaucoup plus lourd que sous François T r , Henri II et ses successeurs. On vit paraître sous Henri IV les frontons brisés et de mauvais goût,

les cartouches pesants, des colonnes à renflement, des modillons sous les corniches, etc. Ce genre se perpétua jusqu'à Louis XIV. Sous co*prince, qui donna l'élan de son génie à tous les arts, l'architecture prit le goût le plus pur, qui se conserva jusqu'à nous.

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