DES TYRIENS ET DES HÉRREUX
Ce que l'histoire nous rapporte des monuments de Babylone et de ses environs , nous montre jusqu'à quel point, dans une antiquité si reculée, l'architecture avait été portée. Babylone et Ninive , regardées comme des prodiges , étaient fameuses par la hauteur et l'épaisseur de leurs murailles, par la somptuosité de leurs jardins, de leurs vastes palais, distribués en une multitude d'appartements et ornés de tout ce que la commodité et le luxe peuvent exiger, où se faisaient remarquer la régularité et la symétrie des colonnes et des voûtes multipliées et élevées les unes sur les autres. On admire la grandeur des portes des villes; la hauteur et la solidité des tours; la commodité des quais sur les bords des grosses rivières; la hardiesse des ponts bâtis sur les grands fleuves ; ces châteaux forts si bien fortifiés , et regardés pour lors comme imprenables, tels que celui où Gobryas, seigneur
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babylonien , reçut Cyrus. Non loin de l'endroit où fut Babylone, on remarque encore aujourd'hui . avec étonnement un vaste amas de briques, débris d'une tour immense et carrée qu'on regarde comme ayant appartenu à la tour de Babel. Ces briques sont unies avec un ciment qui est un mélange de terre et de bitume, comme l'étaient celles qu'employèrent les enfants de Noé, qui avaient commencé cette vaste et folle entreprise; c'est une preuve toujours subsistante de ce qui en est dit dans les saintes Écritures. Mais tous ces monuments ont été détruits de fond en comble, selon la prédiction des prophètes , et il nous est impossible d'indiquer le caractère d'architecture qu'on avait suivi, et le rapport qu'elle avait avec celle des Égyptiens et des autres peuples. Il est pourtant douteux que cette architecture fût dès lors parvenue à cette perfection que la Grèce et l'Italie lui ont depuis donnée, et que ces vastes bâtiments, si vantés par les anciens, eussent eu autant de régularité que de grandeur et d'étendue : car nous ne voyons nulle part d'ordre d'architecture babylonien , ninivite , comme il y en a eu en Grèce et en Italie, ce qui donne assez lieu de douter si la symétrie, les mesures, les proportions des colonnes, des pilastres, et les autres ornements, régnaient parfaitement dans ces anciens édifices.
D'après le rapport d'Hérodote et de plusieurs autres auteurs, il y avait aussi de magnifiques temples et de superbes palais dans la ville de Tyr;
mais tous ces monuments ont été détruits par Salmanasar , et plus tard par Alexandre le Grand , ainsi que l'avaient annoncé Ézéchiel et Isaïe; en sorte que nous ignorons le plan et les règles d'architecture qu'on avait suivis en les construisant. Nous savons que Salomon fit venir beaucoup d'ouvriers de Tyr et de Phénicie, pour couper les bois et tailler les pierres dont on se servit pour la construction du temple magnifique qu'il fit élever à Jérusalem. C'était aussi de Tyr que venaient les ouvriers qui tirent la plupart des objets de bronze, d'or et d'argent qui faisaient l'ornement et la richesse de ce temple : ce qui prouve que l'architecture était cultivée avec soin dans la Phénicie.
Les Hébreux, ayant séjourné longtemps en Égypte , avaient dû y puiser le goût des arts et les règles de l'architecture; mais il ne nous reste aucun monument érigé par eux. Seulement, nous trouvons dans l'Écriture Sainte la description détaillée du tabernacle , du palais de Salomon et du temple de Jérusalem. Dieu donna lui-même à Moïse le plan du tabernacle, qui était un temple portatif construit dans le désert de Sinaï, en forme de tente, dans lequel les Israélites faisaient leurs actes publics de religion et offraient leurs sacrifices. C'est le premier édifice consacré au vrai Dieu dont il soit fait mention dans l'Écriture. On en peut voir la description au trente et unième chapitre de l'Exode.
Le temple de Jérusalem fut construit sur le mémo plan que le tabernacle, mais avec de plus grandes dimensions et avec une profusion d'or, d'argent,
de pierreries, de riches étoffes, de marbre, de bois de cèdre et autres matériaux précieux , qui paraîtrait incroyable si nous n'avions pas pour garants les divines écritures et l'historien Josèphe luimôme, qui cite des auteurs plus anciens que lui. D'ailleurs la somptuosité des temples de l'Égypte et deBabylone, la magnificence des fêtes religieuses qu'on y célébrait, font assez connaître l'esprit de ces premiers siècles dans tout ce qui avait rapport à la religion. Le temple bâti à Jérusalem par le roi Salomon n'était pas seulement un des plus beaux et des plus riches monuments d'architecture religieuse de l'antiquité, il avait surtout le précieux avantage d'être consacré au culte du vrai Dieu et .à la pratique de toutes les vertus , tandis que les temples des autres nations étaient consacrés au culte du soleil, de la lune, du feu, de Saturne, de Jupiter, et autres divinités dont le nom fait rougir la pudeur.
On peut voir une belle description de ce temple non- seulement au troisième livre des Rois, mais encore dans Villalpaud, Commentaire sur Ézéchiel ; dans D. Calmet; dans la Bible de Vence.