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CHAP. IV. ARCHITECTURE GRECQUE

Il est probable que l'architecture grecque tire son origine de l'Égypte , qui a toujours été regardée comme le berceau des beaux-arts: c'est au moins l'opinion de quelques savants, tels que Norden, Procop (1); et cette conjecture est d'ailleurs appuyée sur l'autorité d'Hérodote (2), qui le dit assez positivement. Nous savons en outre que Cécrops, le fondateur d'Athènes, venait d'Égypte; que Solon, Périclès, Hérodote et beaucoup d'autres Grecs étaient allés y puiser les sciences, dans lesquelles il faut comprendre l'architecture. Mais si les Grecs ne sont pas les inventeurs de l'architecture, au moins ils l'ont perfectionnée, lui ont assigné des règles sûres et précises , et ont donné les noms aux divers ordres dont elle se compose. Aussi cette architecture est non-seulement la plus connue, mais encore, selon quelques-uns, la plus parfaite et la plus élégante. C'est particulièrement sous Périclès, 400 ans avant Jésus-Christ, qu'elle prit son essor et fut poussée à un tel degré de perfection , qu'elle est regardée comme le dernier terme du bon goût par les architectes modernes , qui portent l'enthousiasme jusqu'à dire qu'on tenterait vainement de faire mieux. Ils vont cependant un peu loin, car Palladio, Michel- Ange et beaucoup d'autres ont cru pouvoir et devoir s'affranchir de certaines règles de cette architecture, quand il s'agissait

(1) Norden, pl. 132; Proc, 1 1, pl. M, A6, etc.

(2) Hérod., liv. il, chap. 4.

surtout de la construction des églises. Et nous verrons , en traitant du style gothique , que celui-ci lui est infiniment supérieur pour les monuments religieux.

On ne trouve de règles positives de l'architecture que chez les Grecs et les Romains. Les Grecs n'admettaient que trois ordres d'architecture, distingués principalement par les dimensions, les chapiteaux et les ornements des colonnes qui les composent, savoir : l'ordre dorique, l'ordre ionique et Tordre corinthien.

L'ordre dorique (pl. I, n. 5) paraît être la première idée régulière de l'architecture. Vitruve rapporte son origine, avec assez de vraisemblance, à un prince d'Achaïe, nommé Dorus, celui apparemment qui a donné son nom aux Doriens. Cet ordre est le plus simple et le plus solide des trois. Il est employé principalement aux grands édifices et aux magnifiques bâtiments , comme aux portes des citadelles et des villes, au dehors des temples, aux places publiques, et en général aux lieux où la délicatesse des ornements paraît moins convenir, tandis que la manière héroïque et gigantesque de cet ordre y fait un effet merveilleux, et montre une certaine beauté mâle et naïve, qui est proprement ce qu'on appelle la grande manière.

Les Ioniens furent les premiers rivaux des Doriens; et comme ils n'avaient pas eu la gloire de l'invention, ils tâchèrent d'enchérir sur les autres. L'ordre ionique (pl. I, n. 6) est d'une proportion extrêmement heureuse; tous ses détails sont remplis

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de grâce, de délicatesse et d'élégance; et par cette raison il convient également aux bâtiments particuliers de la dimension la plus exiguë, et aux édifices publics du plus noble caractère, tels que l'intérieur des temples.

L'ordre corinthien (pl. I, n. 7) prit naissance à Corinthe, comme l'indique assez son nom. Il est dû à une espèce de hasard. On rapporte que Callimaque, célèbre sculpleur, à qui on en attribue la gloire, ayant vu près d'un tombeau un panier que I on avait mis sur une plante d'acanthe, fut frappé du bel effet que produisaient les feuilles naissantes de cette acanthe qui environnaient le panier, et en . imita la manière dans les colonnes qu'il ht depuis à Corinthe, établissant et réglant sur ce modèle les proportions et les ornements de l'ordre qu'il établit dès lors. Cet ordre est le plus riche et le plus noble, et peut être regardé comme le plus haut degré de perfection où l'architecture soit montée. C'est celui qui a été ordinairement employé chez les anciens et chez les modernes, dans les temples de la Divinité, dans les palais des rois et dans les monuments du premier ordre.

Ces trois ordres grecs, admirables par leurs belles proportions et par leur harmonie, ont tous un cachet particulier, et chacun d'eux offre une si grande perfection dans son ensemble , que les architectes qui, jusqu'à ce jour, ont voulu altérer leur caractère, ont tous échoué. Ce n'est pas à dire pour cela qu'on ne puisse jamais modifier leurs proportions; mais, lorsque cela est nécessaire, il faut

faire la plus grande attention à conserver aux ordres leurs caractères particuliers. (Voir, pour les proportions et les autres détails , le chap. V, art. 3 , où il est parlé des cinq ordres , et la pl. I , où ils sont dessinés.)

On donne encore improprement le nom (f ordre aftique, ou simplement atlique, à une espèce de couronnement d'un monument. Comme son nom l'indique, il a pris naissance à Athènes. Il est composé de pilastres, s'associe aux autres ordres, et forme le deuxième élage des édi lices , au-dessus de l'entablement des ordres inférieurs. Il est de trèspetites proportions : sa hauteur n'est guère que la moitié de l'ordre principal , jamais plus des deux tiers.

La ville d'Athènes était remplie de temples et d'une multitude d'autres monuments célèbres; et c'est surtout sous Périclès que l'architecture fit les plus grands progrès, et qu'on vit s'élever le plus de monuments admirables par leur magnificence et leur solidité, quoique construits avec une promptitude incroyable; en sorte que du temps de Plutarque, qui rapporte le fait , c'est-à-dire environ 600 ans après Périclès, ils avaient une fra îcheur de jeunesse comme s'ils venaient d'être achevés. •

Il nous reste quelques monuments anciens et des débris de plusieurs autres en style grec. Les plus connus sont :

i° Les propylées de l'Acropolis d'Athènes (c'està-dire les avant-portes ou le vestibule de la citadelle d'Athènes), exécutées par les ordres de Périclès,

vers l'an 437 avant Jésus-Christ. Ce vestibule coûta, dit-on, 2,012 talents, c'esU-à-dire environ 11 raillions de francs. Les colonnes étaient en marbre, d'ordre dorique, et en grand nombre. Ce raonunument existe; et, quoique fort dégradé, il étonne encore les voyageurs.

2° Le Parthénon, ou temple de Minerve, à Athènes, se trouve aussi dans cette citadelle. C'est un parallélogramme qui a 221 pieds de long et 94 de large, en y comprenant un portique dont le temple proprement dit est entouré. Ce portique est formé par des colonnes d'ordre dorique, en marbre blanc, qui le divisent en trois nefs. On n'y voit point de fenêtres; le jour entre par la porte. La plupart des temples grecs étaient éclairés de cette manière , et par des lampes qui étaient allumées dans le fond. Ce templo subsistait encore en 1676; les chrétiens l'avaient converti en église; les mahométans, devenus maîtres, en firent une mosquée : en 1677, une bombe lancée par le général Morosini, pendant qu'il faisait le siège de cette ville, mit le feu à la poudre que les Turcs y avaient renfermée, ce qui en ruina la plu» grande partie.

3° On voit dans la môme citadelle de magnifiques restes de plusieui» autres temples; le mieux conservé est dédié à Minerve Polliade, c'est-à-dire protectrice : il est d'ordre ionique. Le temple de Thésée est assez bien conservé.

Vitmve dit qu'il y avait entre autres quatre temples chez les Grecs, qui étaient bâtis do marbre, et enrichis de si beaux ornements, qu'ils faisaient l'ad-

miration des plus habiles connaisseurs, et étaient devenus comme la règle et le modèle des bâtiments dans les trois ordres d'architecture. Le premier de ces ouvrages est le temple de Diane à Éphèse ; c'était aussi le plus grand; il était d'ordre ionique. « Ce temple, dit Rollin (1), a passé pour l'une des sept merveilles du monde. Ctésiphon s'est rendu célèbre par la construction de ce temple; il en donna les dessins, qui furent exécutés en partie sous sa conduite et sous celle de son Ois Mélagène ; et le reste par d'autres architectes, qui y travaillèrent après eux dans l'espace de 22 1 ans qu'on fut à bâtir ce superbe édifice. Ctésiphon travaillait avant la 60* olympiade (l'an du monde 3404). Vitruve dit que la figure de ce temple était diplérique, c'est-àdire , qu'il régnait tout à l'entour deux rangs de colonnes en forme d'un double portique. Il avait près de 74 toises de longueur, sur plus de 36 de largeur. Il v avait dans cet édifice 427 colonnes de marbre, hautes de 60 pieds, données par autant de rois. Entre ces colonnes, 36 étaient sculptées par les plus habiles ouvriers de leur temps. Scopas, l'un des plus célèbres sculpteurs de la Grèce, en avait travaillé une, qui faisait le plus bel ornement de ce superbe édifice. Toute l'Asie avait contribué avec un empressement incroyable à le construire et à l'embellir. « Ce temple fut brûlé l'an 366 avant Jésus-Christ, rebâti bientôt après par Alexandre le Grand, et brûlé de nouveau l'an 263 de l'ère chrétienne.

(1) Hist. Ane, t II.

Ar. 3

Le second est celui d'Apollon , dans la ville de Milet. Il était, comme le premier, d'ordre ionique. Le troisième est le temple de Cérès et de Proserpine, à Eleusis, qu'Iclinus fit d'ordre dorique , d'une grandeur extraordinaire, capable de contenir trente mille personnes. Le quatrième est le temple de Jupiter Olympien , à Athènes , d'ordre corinthien. Cet édifice, très-vaste, était estimé tel qu'il y en avait peu qui en pussent égaler la magnificence.

Les plus beaux restes de temples grecs qui existent sont ceux de Palmyre et de Balbeck , ou Héliopolis. On croit que ces temples étaient dédiés au soleil. L'enceinte de celui de Palmyre avait 7 à 800 pieds en carré ; elle était entourée de colonnes en marbre d'ordre corinthien. La Cella, ou le temple proprement dit, était placée au milieu , et n'avait que 90 pieds de longueur sur 45 de largeur dans œuvre : elle était éclairée par quatre fenêtres. Il y avait un petit temple près du grand, dont on ne connaît pas la destination.

Le temple de Balbeck est mieux conservé et du même ordre d'architecture. Ils furent découverts, le premier en 1691, l'autre en 1751. Leur belle conservation est due sans doute à l'état d'isolement où les villes de Palmyre et Balbeck étaient placées. Des voyageurs français viennent encore de découvrir des restes magnifiques de temples anciens dans l'Asie Mineure. On en trouve aussi beaucoup dans les autres villes de la Grèce, dans la Sicile, à Pompéi , à Herculanum , etc.

Les temples des Grecs avaient toujours la forme

d'un carré long. Leur étendue doit être comprise à l'extérieur des portiques qui les environnaient presque toujours. En effet, ils étaient composés de deux parties bien distinctes : 4 0 du temple proprement dit , appelé Cella , qui était environné de murs , orné de colonnes à l'intérieur, et dans lequel se trouvait la statue du dieu qu'on y adorait et l'autel des sacrifices ; cette partie était assez petite, parce que le peuple n'y entrait pas : et 2° d'un ou deux rangs de galeries couvertes à l'extérieur, et formées par des colonnes : c'est là que se tenait le peuple, et cette partie du temple était plus vaste que l'intérieur. La Cella était précédée d'un vestibule, et quelquefois il y avait une ouverture à chaque extrémité. (La planche II, fig. 13, représente le plan par terre du Parthénon.) Ils étaient ornés d'une multitude de statues, de sculptures et de peintures magnifiques , souvent de la main des plus célèbres artistes.

Il y a peu d'églises construites dans le style grec pur. On cite à Paris l'église de Sainte-Geneviève , l'Assomption et la Madeleine , bâtie sur le modèle du Parthénon , mais dans de plus grandes dimensions; l'église de Saint-Vincent à Màcon , celle de FerneY, dans le diocèse de Bellev. Il semble que cette architecture, malgré sa magnificence, n'a pas assez de gravité pour les temples du vrai Dieu , surtout lorsqu'on la met en parallèle avec le style gothique , dont je parlerai plus tard , qui parait seul digne d'une religion qui élève Tàme audessus des sens.

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