CHAP. V
art. 1". — Architecture romaine 7 depuis l'origine de i empire jusqu à Constantin .
L'art de bâtir a été presque aussitôt connu dans l'Italie que dans la Grèce, s'il est vrai que les Toscans n'eussent pas encore eu de commerce avec les Grecs , lorsqu'ils inventèrent la composition d'un ordre particulier, qui s'appelle encore aujourd'hui de leur nom. Il est probable pourtant qu'ils eurent de très-bonne heure quelque connaissance de l'architecture des Grecs, puisque l'ordre toscan (pl. I, n. 4), à la dimension près des colonnes, est le môme que le dorique, ce qui serait extraordinaire dans toute autre hypothèse. Quoi qu'il en soit , l'histoire nous apprend que , l'an 715 avant notre ère, c'est-à-dire 38 ans après la fondation de Rome , il existait des temples , et que Numa Pompilius établit des vestales pour entretenir le feu sacré dans celui de la déesse Vesta. Le tombeau que Porsenna, roi d'Étrurie (de Toscane), se fit élever proche dé Clusium , pendant qu'il vivait, marque la grande connaissance qu'on v avait alors de l'architecture. Selon Varron , cet édifice était de pierre, et construit à peu près de la mémo manière que le labyrinthe bâti par Dédale dans l'Ile de Crète.
Quelque temps après, vers 619, Tarquin l'Ancien fit faire à Rome des travaux fort considérables, pour lesquels il fit venir des ouvriers de l'Étrurie.
Le premier il environna la ville d'une muraille de pierres. 11 construisit plusieurs temples, des aqueducs, des égouts ou cloaques, tous ouvrages immenses et étonnants tant par leur grandeur , la hardiesse de l'entreprise, les dépenses qu'ils occasionnèrent, que par leur solidité surprenante* En effet , de quelle épaisseur et de quelle solidité devaient être ces voûtes , dont notre siècle voit encore des restes , conduites depuis l'extrémité de la ville jusqu'au Tibre , quelquefois formées d'arcades superposées les unes sur les autres, pour avoir pu soutenir pendant tant de siècles , sans s'ébranler le moins du monde , l'énorme poids des grandes rues de Rome bâties dessus, dans lesquelles passaient des voitures sans nombre et d'une charge immense ! Tarquin l'Ancien fit aussi construire un cirque qui avait 2,187 pieds de long, et 900 de large; c'est le plus grand de tous ceux qui ont été construits à Rome à diverses époques. Tarquin le Superbe, vers 534, fit achever ces ouvrages, et notamment le temple de Jupiter Capitoliu , qui fut détruit et reconstruit deux fois sur le môme plan , à diverses époques, mais avec des matériaux plus précieux. D'après Denys d'Halicarnasse, il était dans le genre de celui de la Grèce, c'est-à-dire petit, carré-long et entouré de portiques; nouvelle preuve que l'architecture de la Grèce n'était pas inconnue à l'Italie. C'est dans ce temple que les triomphateurs venaient rendre hommage à la Divinité , des victoires qu'ils avaient remportées.
Tous ces édifices n'avaient pourtant rien de recommandable que leur grandeur et leur solidité. Pendant plusieurs siècles les Romains ne firent presque aucun progrès dans l'architecture, dont ils ne connaissaient que l'ordre toscan. Ils ignoraient presquè entièrement la sculpture, et n'avaient pas môme l'usage du marbre, du moins ne savaientils ni le polir, ni en faire des colonnes, ou d]autres ouvrages , qui , par leur éclat et l'excellence du travail , fissent paraître de la richesse dans les lieux où ils pouvaient être employés. Tandis que la Grèce s'illustrait sous le rapport des arts et des sciences, Rome n'était occupée que de guerres ou de travaux rustiques qui nourrissaient des vertus austères. •
Lorsque dans Ta suite le peuple romain eut plus do commerce avec les Grecs, il commença à élever des bâtiments plus superbes et plus réguliers , car c'est d'eux qu'il apprit l'excellence de l'architecture.
Vers 290, le goût des arts s'introduit à Rome, les gnomons ou cadrans solaires lui arrivent de la Grèce, Fabius Pictor orne de peintures le temple de la Santé.
Vers Tan 263 , il est fait mention de la représentation de comédies, ce qui suppose l'existence d'un théâtre. Une colonne rostrale est érigée pour perpétuer le souvenir d'une victoire remportée sur les Carthaginois. Vers 186, Scipion fait placer au Capitole un tableau qui rappelle sa victoire sur Antiochus. Vers l'an 102, Scaurus fait construire
un théâtre où il y avait place pour quatre-vingt mille hommes. Au retour de la Grèce, Pompée en fit construire un en pierres, qui contenait quarante mille personnes. Il paraîtrait que jusqu'alors ces bâtiments étaient en terre ou en bois. Ce théâtre était orné de statues et do tableaux enlevés à Athènes, à Corinthe et à Syracuse. Dans l'enceinte de ce théâtre se trouvait le temple de Vénus. Il est à remarquer que, dans les théâtres, les amphithéâtres, les thermes, les vastes palais, il y avait toujours un temple , et que tous les jeux publics étaient consacrés à quelque divinité ; ce qui prouve tout à la fois combien l'esprit religieux était enraciné dans les cœurs et combien il était dégradé par les passious.
Le principal fruit que Rome retira de ses victoires asiatiques fut le goût des arts et la dépravation des mœurs. Aussi ce fut surtout sous Lucullus, si célèbre par le luxe de ses bâtiments et de sa bonne chère, vers Tan 64 , que l'architecture grecque s'introduisit à Rome. Jusque-là les Romains ne connaissaient que Tordre toscan (pl. I, n. 4). Dès lors ils adoptèrent les ordres grecs, et du corinthien et de l'ionique en formèrent un cinquième appelé composite (pl. I, n° 8). Je parlerai du toscan et du composite dans l'article 3 , en traitant des cinq ordres d'architecture.
Nous arrivons au règne d'Auguste, sous lequel naquit Jésus-Christ, et par conséquent au temps où le luxe devint dominant à Rome, et où en même temps l'architecture parut dans tout son
éclat. Auguste triomphe d'Antoine, et rend les Athéniens tributaires : la Grèce, sur son déclin, ne pouvant plus soutenir son ancienne splendeur, la transporte à Rome, en lui communiquant son esprit, son génie et son goût pour les sciences et les arts. Rome reçoit dans son sein les meilleurs artistes de la Grèce, et alors, ainsi que dans les trois siècles suivants, s'éleva celte foule de monuments superbes et d'ouvrages magnifiques qui font encore l'ornement de Rome, de toute l'Italie et môme de bien des contrées qui faisaient alors partie de l'empire. De tous côtés se voient encore des restes de temples, d'aqueducs, de grandes routes, de vastes palais, de cirques, de théâtres, d'amphithéâtres, de thermes ou maisons de bains, d'arcs de triomphe , de colonnes rostrales , d'obélisques, etc.
L'an 23 avant l'ère chrétienne, Agrippa, gendre d'Auguste, construisit le Panthéon, destiné à honorer tous les dieux de toutes les nations, comme l'indique son nom (1). Ce temple faisait partie d'un vaste bâtiment appelé Thermes a" Agrippa. Le Panthéon est regardé encore aujourd'hui comme la merveille de Rome, malgré tout ce qui en a été enlevé ou changé. Il est rond, et est appelé pour cela la Rotonde; son diamètre dans sou œuvre est
(1) Agrippa construisit ce monument en l'honneur de son beau-père ; mais Auguste ayant refusé cet honneur, Agrippa le consacra à tous les dieux , ayant sans doute intention d'y comprendre celui qui avait refusé ce titre en refusant la consécration du temple: il pensa par ce moyen remplir sa première intention.
de 1 H pieds. Le pape Grégoire IV, en 610, l'a consacré au culle de tous les saints.
Lyon, Narbonne, Autun, Toulouse, et beaucoup d'autres villes de France, possèdent des monuments du siècle d'Auguste , qui , plein de zèle pour les sciences et les arts, y avait établi des académies.
C'est sous le règne de ce prince que l'architecture monta à son plus haut degré d^ perfection et de gloire, en conservant la pureté grecque de ses proportions et de ses formes. Depuis cet empereur jusqu'à Adrien et aux Antonins,elle conserva encore sa splendeur , mais elle perdit la simplicité du style grec, dont elle avait tiré son origine.
Vers l'an 75 de notre ère, après le siège de Jérusalem, Vespasien fit construire le temple de la Paix et l'arc de triomphe de Tile. Ce dernier monument était destiné à perpétuer le souvenir de la prise de Jérusalem par Tite, son fils. On y voit encore la représentation du chandelier à sept branches et de la table des pains de proposition , qui , d'après l'historien Josèphe, ornaient la marche triomphale de Tite.
La construction la plus étonnante faite par les ordres de Vespasien, et achevée par Tite, fut l'amphithéâtre appelé Colysée, qui existe encore, du moins en grande partie. C'était un vaste bâtiment, de forme ovale, dans le milieu duquel est une cour appelée Arène, parce qu'on y mettait du sable ; ce bâtiment est composé do gradins ou rangs de sièges, élevés en arrière et au-dessus les uns
desautres. L'architecte Fontana assnreque centneuf mille personnes pouvaient y voir à Taise et assises les spectacles qui s'y donnaient. Le milieu de l'arène était destiné a diverses espèces de jeux, de spectacles, aux combats de bètes féroces entre elles, ou des gladiateurs qui luttaient tantôt les uns contre les autres, tantôt contre des lions, des tigres et d'autres animaux. Ces spectacles sanglants, où des hommes payés mettaient leur gloire à tuer adroitement leurs compétiteurs ou à mourir avec grâce, faisaient les délices de Rome et de plusieurs grandes villes. C'est dans le Colysée qu'un grand nombre de martyrs furent livrés aux bètes féroces qui les dévoraient, et c'est aussi par respect pour le sang des martyrs que Benoit XIV, après avoir restauré ce monument , y plaça les stations de la passion , auxquelles il attacha des indulgences.
En France, il y avait des amphithéâtres à Reims, à Bordeaux, à Orange, à Nimes, à Arles, à Fréjus, à Saintes, à Autun, à Lyon, etc. Celui de Nîmes, après le Colysée, était un des plus grands; celui de Vérone, en Italie, est un des plus entiers. Il n'en est aucun qui n'ait été teint par le sang des martyrs qu'on y faisait dévorer par les bètes féroces.
\ers l'an \ 08 fut élevée la colonne Trajane , le plus beau et le premier monument qui ait été construit en ce genre. Elle fut érigée par le sénat et par le peuple romain , en reconnaissance des grands services que Trajan avait rendus à sa patrie. Les guerres de ce héros étaient sculptées dessus; elle
était de marbre et d'ordre toscan. C'est un des plus superbes restes de la magnificence romaine, qu'on voit encore aujourd'hui en pied , et qui a plus immortalisé Trajan que toutes les plumes des historiens n'auraient pu faire.
Un des plus beaux monuments élevés par Trajan est le fameux pont qu'il lit bâtir sur le Danube: lui seul aurait suffi pour immortaliser son nom. Il avait 20 piles pour porter les arches , épaisses chacune de 60 pieds, hautes de 4 50 sans compter les fondements, et à 170 pieds l'une de l'autre, ce qui fait en tout 795 toises de large.
L'empereur Adrien, vers l'an Ml et suivants, protège les arts ; il était architecte , et même sculpteur habile. On dit de son nom qu'il était comme la pariétaire , qu'on le trouvait sur tous les vieux murs. Pendant son règne, il fit rétablir les édifices d'Athènes 3 fit reconstruire la ville de Jérusalem, et substitua un temple de Jupiter à l'ancien temple des Juifs. Il fit construire à Nîmes un palais, un amphithéâtre et le pont du Gard; de beaux restes de ces trois monuments subsistent encore. Adrien fit construire pour lui un immense palais dont les dépendances avaient plus de trois lieues de tour. On lui attribue aussi la construction d'un pont sur le Tibre et du môle qui devait être son tombeau , et qui est aujourd'hui le château Saint-Ange. Sa prévention contre les chrétiens s'étant dissipée quand il les connut mieux , il fit construire pour eux un grand nombre d'églises qu'on appela Adrianées.
Un des derniers monuments remarquables, et rappelant la beauté de l'architecture romaine, c'est la colonne Antonine, élevée à Rome, où on la voit encore, l'an 174, par Marc-Aurèle, surnommé Antonin. Un des bas-reliefs de cette colonne magnifique rappelle le miracle de la légion fulminante, composée de chrétiens, qui , par ses prières , sauva l'armée romaine, qui souffrait beaucoup de la soif et était prête à être taillée en pièces par les Quades.
Ici finissent les beaux temps de l'architecture romaine. Les empereurs suivants fontencore construire des amphithéâtres, des cirques, des thermes, des aqueducs, des palais , des arcs de triomphe, qui tous annoncent le goût de l'architecture, .mais qui tous s'éloignent plus ou moins de la noble simplicité et do l'élégance gracieuse du style grec. Ensuite l'architecture dégénéra graduellement, par la surabondance des ornements et par de licencieuses innovalions, surtout après les guerres d'Asie.
C'est ainsi que plusieurs parties du vaste palais élevé par Dioclétien à Spalatro , au troisième siècle, portent l'empreinte du mauvais goût qui commençait à dominer. On y voit des colonnes supportant des arcs au lieu d'architraves (pl. III, fig, \ et 2), des arcades interrompent l'entablement , et plusieurs autres défauts qui annoncent l'oubli des règles et des bons principes.
Cet oubli est plus choquant encore dans les thermes bâtis à Rome par le même empereur. D'après Séroux d'Agincourt , qui avait examiné cet édifice, la décoration de plusieurs des parties qui le con-
stitucnt est d'un style bizarre et licencieux; des colonnes sans emploi appliquées contre les murs y sont élevées les unes au-dessus des autres sur des piédestaux de mauvais goût et surmontés d'architraves et de corniches interrompues ; d'autres colonnes s'appuient sur des colonnes, et sont couronnées par des frontons brisés et sans bases. La fig. 111, pl. 3 , représente une partie de cet édifice dans laquelle on peut remarquer la réunion des défauts que je viens d'énumérer.
Les progrès de la décadence devinrent de plus en plus sensibles sous le règne de Constantin et sous ses successeurs. La plupart des monuments élevés sous ce prince se distinguent par les défauts que j'ai signalés sous Dioclétien, et en outre par une grande pesanteur dans les principaux membres des ordres. Ce fut bien pire encore pendant et après les guerres qui dévastèrent l'empire dans le quatrième et le cinquième siècle, et entraînèrent dans sa ruine les sciences et les arts.
Je ne dois pas passer sous silence les basiliques romaines, tant comme monuments civils très-remarquables, que comme ayant servi de type , pour la forme, à nos églises chrétiennes , auxquelles nous donnons aussi le nom de basiliques.
Le mot de basilique , tiré du grec , signifie maison royale, et on les appelait ainsi, soit parce que les basiliques étaient souvent attenantes aux palais des rois, et qu'ils y rendaient eux-mêmes la justice, soit parce qu'elle s'y rendait en leur nom. C'étaient donc de vastes emplacements couverts, dans les-
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quels on plaidait et jugeait les procès , et où Ton se réunissait soit pour entendre lire des pièces de vers et des harangues , soit pour traiter des affaires de commerce les jours de foire et de marché.
Cette enceinte était ordinairement entourée de murailles ; la longueur était double de la largeur. A l'extérieur, les murs , percés de fenêtres semicirculaires régulièrement espacées , n'étaient pas décorés de colonnes comme ceux des temples.
A l'intérieur, deux rangs parallèles de colonnes ou de pilastres soutenaient le toit, et divisaient l'édifice en trois parties inégales dans le sens de la longueur (pl. III, ûg. 4), auxquelles nous donnerions le nom de nefs. La galerie centrale était la plus large et la plus élevée ; elle était occupée en partie parles marchands, les plaideurs , en partie par le peuple. Les plaideurs et les curieux se plaçaient aussi à droite et à gauche dans les deux ailes lalérales.
A l'extrémité des trois galeries il y avait un espace peu profond, séparé du reste de l'édifice par une balustrade, qui, comme dans nos tribunaux actuels, était réservé exclusivement aux avocats, aux greffiers et aux autres officiers de justice. Il se terminait par un enfoncement semi-circulaire appelé abside , placé vis-à-vis de la galerie centrale. C'était au milieu de cet hémicycle que se plaçaient les juges (pl. III, fig. 4).
11 est facile de voir que les basiliques tenaient lieu de nos tribunaux , de nos bourses , et même de nos halles. Il y en eut dans presque toutes les.
villes; mais on ne commença guère à en construire que vers les derniers temps de la république, c'està-dire au moment où Kome prit le goût de la belle architecture et l^mpire se couvrit do monuments.
Les constructions privées, étaient pour la plupart loin de répondre à la magnificence des édifices publics. La matière employée dans ces constructions était ordinairement de la brique seule ou alternée avec de la pierre ; dans quelques endroits où la pierre était rare, et surtout à la campagne, les maisons durent être bâties en torchis et en bois, ainsi que dans certaines parties de la France, où cet usage se pratique encore. Mais, en tout cas, ce n'est guère que pour les édifices publics et pour les maisons de quelques riches particuliers , qu'on a dù employer des matériaux solides et durables. Il est certain aussi que les habitations des villes ont
toujours été plus soignées.
L'Italie, et Rome surtout, ne manque pas de monuments qui attestent la grandeur de l'ancienne Rome, comme nous l'avons vu; mais il serait difficile d'apprécier la manière dont les habitations particulières étaient construites et divisées, malgré ce qu'en dit Vitruve , 6ans les découvertes précieuses et intéressantes des ruines d'Herculannm et de Pompéi, qui transportent leurs visiteurs à près de 2,000 ans de nous, en leur mettant devant les yeux, comme encore vivants, les arts et les mœurs des anciens habitants de ces villes infortunées. Il est impossible de lire sans un grand intérêt l'ouvrage intitulé V Italie antique, publié par
la France littéraire, et auquel j'emprunte quelques détails sur les constructions particulières de Pompéi.
« La ville était fortifiée , compe l'attestent ses murailles et ses portes , dont on admire encore aujourd'hui l'étonnante conservation. Les murs sont de 1 8 pieds environ , fort solidement construits en blocs de travertin à leur partie inférieure, et en tuf à la supérieure. De distance en distance sont des tours carrées, entre lesquelles se trouvent des remparts bordés de chaque côté de parapets.
» La belle conservation des maisons de Pompéi ne laisse que peu de choses à désirer quant aux détails minutieux de l'architecture domestique des Romains. Les maisons des premiers Romains étaient fort petites; mais lorsque le luxe et la richesse s'introduisirent çhez eux, leurs dimensions s'accrurent dans une proportion inconcevable.
» Tacite nous dit qu'un même toit pouvait contenir jusqu'à quatre cents esclaves.
» Il n'y avait pas de cheminées à Pompéi, quelques maisons avaient des fenêtres , qui tantôt n'étaient que de simples ouvertures pratiquées audessus de la porte ou dans la porte même, tantôt des espèces de vitres composées de talc. On a trouvé, quoique fort rarement, quelques vitres de verre. Il suffit , cependant , qu'il y eu ait eu , même une seule, pour réfuter l'erreur généralement accréditée que les anciens ne connaissaient pas les verres de vitre. Les murs des maisons sont bâtis avec des fragments de, briques joints confusément et sans
aucuo ordre; ils ne doivent leur solidité qu'au ciment qui les recouvre. Ce ciment était susceptible d'acquérir, par le frottement, une surface extrêmement dure, unie et polie; en y appliquant des couleurs pendant qu'il était encore humide , elles s'y incorporaient et devenaient plus durables et moins sujettes à se ternir. Toutes les chambres , à Pompéi, sont recouvertes de cette espèce de stuc sur lequel on voit des peintures aux plus éclatantes couleurs, dont l'exécution et le dessin sont quelquefois infiniment remarquables. Ces peintures représentent des sujets d'histoire ou de mythologie, des paysages, des arabesques. H y a beaucoup de tableaux de genre, des fruits, des animaux, des scènes de comédie, des caricatures même.
» Les planchers des chambres étaient ordinairement enduits d'une espèce de ciment dont la composition variait selon les ressources des habitants. Dans les maisons pauvres , c'était de la tuile pulvérisée; dans celles d'un ordre intermédiaire, c'était un ciment analogue à ce qu'on appelle aujourd'hui mosaïque de Venise , et dont on fait actuellement un grand usage dans le midi de la France. Dans les salons riches, ces ciments étaient remplacés par des mosaïques de la plus grande beauté.
» Les portes des maisons étaient en bois; il n'en reste conséquemment plus , mais on trouve dans toutes les maisons des fragments de bois carbonisé. Ces portes avaient des verroux et des serrures en bronze. Au-dessus des portes d'entrée , on lit près- An. A
que toujours le nom du propriétaire, tracé en couleur rouge. »
Pour faire mieux comprendre la division des grandes maisons particulières, je vais faire la description complète d'une des maisons de Pompéi, de celle de l'édile Pansa. Elle forme une insula, île, en : tourée par quatre rues, dont Tune est la grande rue de la ville. Elle est spacieuse, régulièrement bâtie, et peut servir de type d'une maison de luxe. On entre dans la maison par un vestibule nommé prothyrum, étroit, élevé de deux ou trois pieds au-dessus du niveau du trottoir. Il y avait fréquemment, devant la porte des gens riches, une mosaïque portant une inscription avec ces paroles : Ave , salve, cave> canem. Quelquefois, dans les grandes maisons, on trouve près du prothyrum une petite loge desti- , née au servus atriensis ou ostiarius , qui était d'ordinaire un esclave enchaîné , accompagné d'un chien.
Après avoir franchi le vestibule , on arrive dans Vatrium ou cavœdium; c'était une cour en grande partie couverte, plus ou moins ornée de colonnes et de statues. Au milieu de cette cour est un espace quadrangulaire , Yimptuvhim , destiné à recevoir l'eau de pluie, qui tombait d'une ouverture pratiquée dans le toit, nommé compluvium. Sous l'impluvium se trouve d'ordinaire une citerne , ou puteale, où l'eau s'écoulait au moyen de tuyaux ; souvent l'impluvium était surmonté de belles fonfaines en marbre, de statues, etc. La célèbre statuette du Faune fut trouvée au-dessus de l'implu-
vin m de la maison ou de la grande mosaïque. Dans celle de Méléagre, déterrée tout récemment, est une magnifique table en marbre blanc. Le cavaedium est quelquefois pavé de mosaïques, plus souvent enduit de ciment. Il paraîtrait que la cavaedium et les cubicula qui l'entouraient étaient éclairés la nuit par une lampe suspendue au plafond. De chaque côté de la cour sont les chambres à coucher appropriées aux étrangers ; car, chez les anciens, la partie privée de la maison n'était exclusivement accessible que pour les amis intimes. Les cubicula particuliers , les triclinium et les bains étaient surtout interdits aux étrangers.
Deux pièces principales occupent le fond du cavaedium, vis-à-vis le vestibule ; la première est le tablinum, très-grande chambre sans porte sur le devant, où le maître de la maison recevait quiconque venait chez lui pour les affaires. Un aulœum 9 ou rideau, séparait le cavaedium de la cour intérieure. La seconde pièce est le triclinium , ou salle à manger, où Ton exerçait l'hospitalité envers les étrangers. On peut observer souvent de chaque côté du tablinum , une petite chambre appelée ala, ou salle d'attente.
Pénétrons maintenant par un passage ou corridor fort étroit dans les appartements consacrés exclusivement à l'usage de la famille. Ce corridor se nommait fauces, terme qui explique sa destination et son exiguïté. A l'entrée des fauces se trouve ordinairement une cellule où se tenait l'esclave qui les gardait. De là, nou» arrivons dans une cour in-
térieure, beaucoup plus spacieuse et plus belle que le cavaedium, appelé peristyUum , à cause des colonnes qui l'entouraient. Ces colonnes sont souvent disposées en doubles rangées, et forment de cette manière un portique. Le xyste, ou parterre de fleurs, dont on peut voir tracée la forme dans la plupart des maisons de Pompéi, occupait le centre de celle cour. Au milieu du xyste se trouvait assez fréquemment un vase contenant des poissons vivants. Dans les maisons où il n'y avait pas de xyste, on le remplaçait par le viridarium, petit jardin factice, composé d'une cour avec ses murs peinls pour imiter des arbres et des fleurs.
Au fond du péristyle se trouve Ycxàdre ou salon; c'était la plus belle pièce de la maison; elle est communément pavée de belles mosaïques et ses murs sont ornés de peintures. Près deTcxodrese trouve une chambre appelée œcusrjunœcus ou appartement des femmes; elle manque dans quelques maisons; dans ce cas, l'exèdre servait au double usage de salon et de salle de travail.
On remarque aussi dans le péristyle deux frfc.'fnium, l'un d'hiver, l'autre d'été; ce dernier donnait sur le jardin. Les chambres à coucher sont disposées comme dans l'atrium. Quelques-unes on t ^ être d'une élégance extrême, quoique petites : les murs, revêtus de fresques de l'éclat le plus vif; les planchers , pavés des plus brillantes mosaïques formant autant de tableaux , éclairés d'ailleurs par les beaux candélabres qui ornent aujourd'hui le studii, de Naples; tout cela offre à l'imagination un
vrai tableau de féerie. Ces chambres présentent en général un espace réservé pour le lit.
Lesacrarium était une petite chapelle renfermant un autel consacré à la divinité protectrice de la famille, et placée dans le péristyle ou dans le jardin.
La cuisine (culina), la cave à l'huile (olcurium), la cave à vin (vinarium), et autres dépendances, occupaient les coins reculés de l'habitation. Les murs de la cuisine sont ordinairement couverts de fresques grossièrement Ggurées et offrant les emblèmes de l'art culinaire. Entre le péristyle et le jardin se trouve communément une pcrgula ou terrasse très-ornée do statues. Le pinacoihcca était, selon toute probabilité, un cabinet d'étude renfermant une collection choisie de tableaux.
art. t. — Caractères particuliers de C architecture romaine , et ses différences avec le style grec.
Les caractères de l'architecture romaine sout : 1* les grandes dimensions des monuments que les Romains ont entrepris. On ne voit rien dans les beaux jours de la Grèce qui soit comparable aux palais d'Auguste , d'Adrien , de Dioclélien , au Colysée, au grand cloaque, au grand cirque, aux voies romaines, aux aqueducs, etc. 2° Chez les Romains , comme chez les Grecs , les colonnes jouaient un très-grand rôle ; mais les Grecs ne connaissaient qae trois ordres , les Romains en admettaient cinq ,
et ils ajoutèrent aux colonnes des piédestaux , qui paraissent d'abord les rendre plus lourdes et plus massives , mais qui , en leur donnant plus d'élévation avec la môme légèreté, fournissent à l'architecte l'inappréciable avantage de s'élever de terre et de donner à ses monuments cette hardiesse et ce grandiose favorisés encore par le cintre des arcades et des voûtes, et qui ne se trouvent pas dans les monuments grecs. Nous verrons, au moyen âge, que c'est là particulièrement ce qui distingue l'architecture ogivale, et fait son principal mérite. 3* Les Romains chargeaient leurs constructions d ornements et de bas -reliefs avec une espèce de profusion , et c'est pour cela sans doute qu'ils s'étaient attachés, de préférence, au style corinthien, et qu'ils inventèrent le composite, ces deux ordres étant plus propres à satisfaire leurs penchants pour le luxe des sculptures. Les Grecs, au contraire, » employaient le plus ordinairement l'ordre dorique , le plus simple de tous. 4° Les temples des Grecs étaient des carrés longs , qui ne présentaient que des lignes droites; les frontons formaient toujours un triangle dont l'angle supérieur était très-obtus ; leurs entre-colonnes, le dessus des portes et des fenêtres étaient en ligne droite, comme je l'ai déjà dit. Les Romains furent exacts observateurs de ces formes sous Auguste et avant lui ; mais à mesure qu'on s'éloigne du siècle d'Auguste, on voit que les Romains se rapprochaient des formes courbes , qui étaient le plus en usage chez eux avant qu'ils adoptassent le style grec : le Panthéon est rond,
ainsi que les temples de Janus, de Vesta, de Bacchus, de Minerve -Medica; le Colysée est ovale, le dessus des portes et des fenêtres de cet édifice est cintré. On observe la même chose dans beaucoup d'autres bâtiments. Leurs frontons étaient quelquefois ronds , leurs portiques étaient souvent en arcade, et c'est de là que les arcs de triomphe ont pris leur nom.
Nous ne voyons nulle part écrit quel fut le véritable motif qui engagea les Romains à ne pas conserver la ligne droite des Grecs dans leurs constructions; mais plusieurs raisons se présentent naturellement, et nous paraissent assez plausibles. Il est une chose constante, c'est que le cintre est beaucoup plus solide qu'une plate-forme, capable d'une résistance infiniment plus grande, et d'une plus longue durée. Aussi est-ce la forme de construction que les Romains ont employée," et la seule qui pût être mise en usage dans les ponts et les aqueducs si multipliés et si considérables qu'ils ont construits. Une autre raison , qui a pu ajouter encore à ce motif, et qui en est en môme temps une suite, ce sont les tremblements de terre , qui sont fréquents en Italie, et auxquels la construction en arcade offre plus de résistance : c'est même un principe reçu en Italie, qu'au moment des tremblements de terre, il faut se réfugier sous un arc de porte ou de magasin , comme le lieu où l'on a le moins à craindre d'être écrasé.
Outre ces motifs, les Romains ont pu encore trouver dans les formes arquées une plus grande
imitation de la belle nature, qui a peu de lignes droites. Aussi, l'architecture devant être une imitation de la belle nature, on peut croire, sans trop craindre de se tromper, qu'il y a un peu d'exagération dans l'enthousiasme des architectes modernes pour le style grec. Ceci est surtout vrai , quand il s'agit des monuments religieux des chrétiens, dont l'aspect, comme le culte tout spirituel du Dieu qu'on y sert, doit élever l'âme au-dessus des objets terrestres. Aussi, le genre de construction à cintre est-il le plus généralement employé dans l'architecture religieuse : cet usage s'est conservé pendant les onze premiers siècles du christianisme, et les plus grands architectes modernes ont cru devoir s'y conformer, même à l'époque du renouvellement des arts.
art. 3. — Des cinq ordres (farcliilecturc. — pl. i*.
J'ai rapporté l'origine des cinq ordres d'architecture , qui nous viennent des Grecs et des Romains ; je vais entrer ici dans quelques détails pour faire connaître plus exactement leurs proportions, leurs formes, leurs emplois.
Chez les Grecs, un ordre était composé de colonnes et d'un entablement. Les Romains ont ajouté des piédestaux sous les colonnes de la plupart des ordres pour en relever la hauteur.
La colonne est un pilier rond, fait pour soutenir ou pour orner un bâtiment.
Toute colonne , si Ton en excepte la dorique ( à laquelle les Romains ne donnaient pas de base , mais qui en recevait ordinairement chez les Grecs), est composée d'une base, d'un fût et d'un chapiteau (pl.I").
La base (E) est la partie de la colonne qui est audessous du fût , et qui pose sur le piédestal lorsqu'il y en a.
Le fût de la colonne est la partie ronde et unie ou cannelée , qui s'étend depuis la base jusqu'au chapiteau.
Le chapiteau (D) est la partie supérieure de la colonne qui pèse immédiatement sur son fût.
L'entablement est la partie de l'ordre qui est audessus des colonnes. Il comprend l'architrave, la frise et la corniche.
V architrave (C) représente une poutre , et porte immédiatement sur les chapiteaux des colonnes. Les Grecs l'appellent épistyle.
La frise (B) est l'intervalle qui se trouve entre Parchilrave et la corniche. Elle représente le plancher du bâtiment.
La corniche (A) est le couronnement de l'ordre entier. Elle est composée de plusieurs moulures qui, saillant les unes sur les autres, peuvent mettre Tordre à l'abri des eaux du toit.
Le piédestal est la partie la plus basse de l'ordre. C'est un corps carré , qui renferme trois parties : le socle (J), qui porte sur le pavé ; le dé (I), qui est sur le socle; la cymaise (H), qui est la corniche du piédestal, et sur laquelle la colonne est assise.
Chacune de ces parties a ses proportions; la sure qui les compose s'appelle module. Le module est le demi-diamètre du bas du fût de la colonne.
Le module se subdivise en 1 2 parties ou minutes pour le toscan et le dorique , et en 1 8 parties pour les trois autres ordres.
Dans tout ordre, le piédestal a en hauteur le tiers de la colonne : cependant quelquefois il peut être moindre, mais jamais plus haut.
Véritablement a le quart de la colonne.
La colonne, compris le chapiteau et la base, a :
Dans l'ordre toscan 7 diamètres , ou 1 4
modules
Dans Tordre dorique 8 — 16
Dans Tordre ionique 9 — 18
Dans le corinthien et le composite 10, — 20
La base de la colonne, dans tous les ordres, a ordinairement un module de hauteur. Cependant Tionique , le corinthien et le composite dépassent quelquefois cette règle. (Voyez Vignole.)
Le chapiteau , dans le toscan et
le dorique, a.. 1 module.
— dans' Tionique 12 parties, qui
sont les 2/3, et quelquefois les 3/4.
— dans le corinthien
et le composite.. 2 m. 6 parties.
Toutes les colonnes ont sous le chapiteau un sixième de moins que le diamètre du bas. Cette di-
minution peut commencer en ligne droite, depuis la base jusqu'à l'astragale du chapiteau ; le plus ordinairement , elle ne commence qu'à la hauteur du tiers du fût, ce qui est plus gracieux.
Les pilastres ne diminuent pas , ils montent au contraire d'aplomb ; du reste , dans tous les ordres , ils sont assujettis aux mêmes règles que les colonnes.
Pour connaître la hauteur d'un bâtiment à colonnes ou à pilastres, il suffit de mesurer le diamètre du bas d'une colonne , ou , pour le toscan seulement , la hauteur de la base, qui est le demidiamètre, et de multiplier par le nombre de diamètres ou de modules de l'ordre connu. Et pour avoir les proportions d'un ordre quelconque, avec son piédestal , il faut mesurer la hauteur totale que doit occuper cet ordre, et la diviser en 19 parties égales; de ces 19 parties, les 4 premières du bas seront la hauteur du piédestal , les 1 % parties audessus donneront la hauteur de la colonne , et enfin les 3 parties supérieures resteront pour l'entablement.
Le6 espacements des colonnes entre elles sont en raison de leur hauteur : plus elles sont massives , plus cet espacement peut être considérable ; plus au contraire elles sont élégantes et sveltes , plus elles doivent être serrées. Ainsi l'entre-colonnement toscan est de 8 modules ou 4 diamètres d'axe en axe des colonnes, ce qui laisse 3 diamètres de vide entre chacune d élies. Pour l'ordre dorique , 7 modules 1/2 d'axe en axe, ou 2 diamètres 3/4 de vide ;
pour l'ordre ionique, 7 modules d'axe en axe, ou 2 diamètres 4/2 de vide; et enfin , pour le corinthien et le composite, 6 modules toujours d'axe en axe, ce qui ne laisse que 2 diamètres de vide. Ces mesures sont fixées par rapport à la solidité ; quelquefois cependant on peut s'en écarter tant soit peu, selon l'exigence des localités.
Moulures qui composent les ordres.
La colonne toscane n'a à son chapiteau que des moulures en forme d'anneaux ; elle n'a qu'un tore à sa base, et toutes ses moulures sont delà plus grande simplicité. Jamais elle ne reçoit de cannelures, tandis que les autres peuvent en être ornées.
L'ordre dorique , originairement semblable en tout, sauf les proportions, au toscan , a reçu quelques ornements qui établissent une différence sensible entre ces deux ordres, et font le dorique comme l'intermédiaire des autres, qui en diffèrent peu pour certaines parties. Je vais détailler les moulures qui composent cet ordre , et elles pourront servir do points de comparaison pour les autres , dans lesquels elles varient peu. Comme les moulures indiquées par les renvois ne peuvent être assez visibles dans un dessin aussi petit, on fera bien de consulter à mesure les moulures dessinées à côté des ordres.
Le chapiteau de l'ordre dorique est formé d'un talon couronné d'un filet (a), d'une abaque (6), d'un ove (c) , d'un astragale (d) avec son filet , et d'un autre astragale, qui forme le collarin (e).
Le collarin (m) est souvent orné de rosaces ou d'autres petits ornements. L'ove et l'astragale sont aussi quelquefois découpés de manière à former un collier de petits oves.
Toutes ces moulures, en général, sont susceptibles de recevoir des ciselures plus ou moins riches, mais on les emploie plutôt pour l'ionique, le corinthien , et surtout le composite.
La base est composée d'une plinthe (g), ou socle , d'un tore (/i) , d'un astragale (i) avec son filet et son congé.
A l'entablement, la corniche A se compose d'une cymaise ou doucine (a) avec sôn filet, d'un talon (6) avec son filet, d'une couronne (c), qui reçoit ordinairement à son extrémité une moucheite double (</), ou simple (n° 3), d une petite gorge (e), de denticules (g), d'un talon (h). Quelquefois les denlicules sont remplacées par des modillons ou des mutules couronnés d'un talon, comme dans le corinthien. En're les modillons, le soffite ou plafond du larmier, est garni de rosaces enfermées dans un petit cadre.
La frise B est ordinairement ornée de triglyphes (/) placés de distance en distance. L'intervalle reçoit des rosaces, des tètes de victimes, des trophées, et mille autres ornements semblables, selon le goût de l'architecte. Ils sont surmontés d'un filet un peu large. Les triglyphes sont un ornement spécialement affecté au dorique, pour lequel seul on l'emploie.
Vient ensuite l'architrave C, qui forme une large
bande, quelquefois deux , surmontée d'une moulure plate, à laquelle sont suspendues des gouttes (n) vis-à-vis les triglyphes.
Au piédestal, la corniche (H) se compose d'un quart-de-rond surmonté d'une cymaise (a) et accompagné d'un filet, d'une couronne avec son filet et une mouchette simple (6), et d'un talon avec son filet (c).
A la base (J) se trouvent un congé avec son filet (</) , une doucine renversée avec son filet (c) , puis le socle (/).
Le chapiteau ionique (pl. I, n* 6) est aisé à reconnaître par ses quatre volutes, qui sont des enroulements spiraux sortant de dessous le tailloir. Ces volutes sont ornées de guirlandes pendantes ou autres ornements , et séparées par des oves.
La colonne reçoit deux torses à sa base. Cette base s'appelle aussi attique.
Les moulures du piédestal et de l'entablement sont un peu plus riches que dans l'ordre dorique. La frise n'a pas de triglyphes , mais beaucoup d'ornements en fleurs et en bas-reliefs de tout genre.
L'architrave est formé de trois bandes dans la plupart des ordres.
Le chapiteau corinthien est formé de deux étage9 de huit feuilles d'acanthe chacun, qui produisent, parleur dentelure, un effet admirable, et de huit petites volutes qui sortent d'entre les feuilles.
La base de la colonne est ornée ordinairement de # deux tores, et quelquefois de trois; alors celui du milieu est plus petit que les deux autres.
L'entablement et le piédestal diffèrent peu de ceux de l'ordre ionique, et souvent sont absolument semblables.
Cet ordre est susceptible de recevoir beaucoup plus d'ornements que les deux autres. Quelquefois toutes ses parties plates sont ornées de bas-reliefs, et ses moulures rondes de ciselures adaptées à leur forme.
Enfin le chapiteau composite est formé du corinthien et de l'ionique. Il a deux rangs de huit feuilles et quatre grandes volutes qui paraissent sortir de dessous le tailloir. Quelquefois les Romains se sont même écartés de cette règle, et ont remplacé les volutes par des figures en ronde-bosse, comme par exemple des aigles ou d'autres animaux posés sur les feuilles d'acanthe, ou entremêlés avec elles : on y voit aussi quelquefois la figure de Jupiter lançant la foudre. Dans les siècles de décadence , les architectes, abandonnant toute règle, ne suivirent que leur imagination, qui produisit cette multitude de chapiteaux divers, plus ou moins proportionnés qu'on remarque dans l'architecture dite romane. L'ordre composite est aujourd'hui abandonné par les architectes modernes , comme moins pur que les autres.
art. 4. — Portes et fenêtres des cinq ordres.
Portes (pl. H). La proportion des portes dépend de l'expression de l'ordonnance dont elles font
partie. Les anciens et le plus grand nombre des architectes du dix-septième siècle, suivant les traces de Vitruve et de Vignole, ont donné à toutes les hauteurs de leurs ouvertures le double de leur largeur.
Les architectes du dix-huitième siècle ont pensé que cette hauteur commune à toutes les ouvertures, ne pouvait aller aux cinq ordres, qui chacun ont des proportions différentes; en conséquence ils ont conservé la hauteur du double de l'ouverture pour les portes toscanes; ce double et un sixième, aux portes doriques; ce double et un quart, aux ioniques; et ce double et demi, aux corinthiennes et composites.
La forme de ces ouvertures est à remarquer. La porte rustique, qui est un genre du toscan, et surabaissée; la porte toscane et la corinthienne sont à plein-cintre; la dorique est bombée; l'ionique et la composite sont à plates-bandes.
Quant aux ornements , ceux des portes rustiques ne doivent être que des bossages (a); ceux des portes toscanes, des refends (a) ; les portes doriques peuvent avoir des chambranles (a) , et être couronnées d'attiques [b) ; les portes ioniques peuvent avoir des amortissements (a) , être enfermées dans une tour creuse , et recevoir des refends (b) , comme les toscanes. Les portes corinthiennes peuvent être enrichies de pieds-droits (a), d'alètes (b), d'impostes (c), d'archivoltes (n), de claveaux (c), et être surmontées de tables tranchantes (/), ornées de guirlandes. Enfin les portes composites peuvent être ornées de
chambranles (a), d'amortissements (b), et d'un fronton (r) , ainsi que se remarque celle du rez-dechaussée de l'intérieur de la cour du Louvre.
Ces membres d'architecture et d'ornements se varient à l'infini, mais l'application, le relief et l'expression sont puisés dans les ordres , dans les enlrecolonnements desquels ces ouvertures sont ordinairement placées.
Les fenêtres ont les mêmes proportions que les portes : leurs ornements sont à peu près les mômes, mais leur forme esl différente. Les cintres surbaissés et les pleins cintres sont réservés aux. portes, les arcs bombés et les plates-bandes sont plus généralement employés pour les fenêtres. La fenêtre ionique est quelquefois couronnée d'une mézanine. Les ornements des fenêtres, comme ceux des portes, se trouvent variés à l'infini.