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CHAP. VI. MONUMENTS CELTIQUES OU GAULOIS

Une partie considérable de notre pays fut habitée autrefois par les Celles, Galls ou Gaulois, qui ont laissé leur nom à cette contrée. C'est à ces peuples qu'on attribue une grande quantité de monuments, connus sous le nom de pierres druidiques. Elles se rencontrent surtout dans les campagnes de la Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine, du Poitou , de la Saintonge , et particulièrement en Bretagne. On a formé bien des conjectures pour expliquer leur destination , sans pouvoir parvenir à donner une explication satisfaisante; mais on

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pense le plus généralement que c'étaient des mo* numents religieux, servant d'autels pour les sacrifices, de temples ou enceintes sacrés, de tombeaux , d'objets particuliers de superstition. On ne remarque aucun art dans ces monuments produits d'une civilisation barbare, mais ils offrent tous un caractère de spécialité tel, qu'il est très-facile de les distinguer.

Ils se composent en général d'énormes pierres brutes , affectant certaines formes ou certaines dispositions; elles sont tantôt isolées, tantôt réunies en groupes d'après des lois invariables ; d'autres fois ce sont des espèces de tombeaux, de tertres factices, de chemins couverts et mystérieux. La superstition les a élevés , la superstition les a conservés à travers une longue suite de siècles, puisque les Celtes habitaient nos contrées plusieurs siècles avant l'ère chrétienne.

Peulvans (1) ou Men-hirs (2) (pl. II, fig. 14).

Le peulvan, appelé aussi men-hir, pierre fiche, pierre-levée, est le plus simple et le plus inexplicable des monuments celtiques. 11 se compose d'une pierre longue, brute, plantée verticalement en terre, comme une borne. Quelquefois le haut présente un volume beaucoup plus fort que la base, et ressemble à un obélisque renversé. On en rencontre depuis trois pieds de haut jusqu'à quarante et cinquante, et d'un poids de quarante mille kiiogr.

(1) Du celtique peul f pilier, et mai», en construction, ou vau f pierre.

(2) Du celtique men, pierre, et Wr, longue.

On les appelle pavé des géants lorsqu'elles sont en certain nombre et groupées sans ordre, et palet de Gargantua lorsqu'elles se réduisent à un bloc isolé, arrondi et poli comme les cailloux d'un torrent

Quelques peulvans sont ornés de dessins gravés et d'inscriptions, d'autres offrent quelques essais grossiers de représentation humaine; on cile en particulier un men-hir des environs de Loudun, département de la Vienne, et celui deTredion, en basse Bretagne. On remarque aussi la pierre écrite de Saulieu , la pierre Saint-Julien du Mans. On a beaucoup disserté sur la destination de ces peulvans, sans arriver à une solution satisfaisante. On pourrait croire cependant qu'elle se rattachait à une idée religieuse. Des fouilles faites au pied de quelques-uns ont fait découvrir des ossements humains, parfois accompagnés de restes de charbons , ce qui pourrait les faire regarder cooyne des pierres tumulaires. Quelques savants les ont regardés comme des idoles, ou comme des trophées de victoire; et les restes d'ossements humains ne seraient pas une preuve du contraire, puisque les anciens peuples de la Gaule immolaient des victimes humaines à leur dieu Teutatès. Je pourrais donner pour exemple presque certain de monument de victoire, trois pierres de ce genre , de neuf à dix pieds de haut sur un peu moins de large, et de quinze pouces d'épaisseur, qu'on rencontre sur les bords du canal du Loing, prèsMoret et dans les plaines de Dormel, Seine-et-Marne. Comme elles se trouvent seules

dans ces contrées, qu'on y découvre fréquemment des tombeaux bien moins anciens que le peuple celtique, on ne peut guère les regarder comme des men birs. Quelques men-birs sont considérés comme pierres limitantes; mais il est a croire que si elles ont porté ce nom , ce n'est qu'après avoir perdu leur caractère sacré primitif, comme le peulvan appelé haute-borne, dans le département de la Haute- Marne, qui porto une inscription latine indiquant les anciennes limites des Lcuci , habitants du Barrois.

Enceintes druidiques ou Kromlechs (1) (pl. II, fig. 1o).

On appelle kromlechs une réunion de men-hirs, placés à une certaine distance les uns des autres, et formant un cercle, ou un demi-cercle, ou une ellipse. Quelquefois un dolmen occupe le centre , ou comme autel . ou cpmmc simulacre de la Divinité. On en voit qui sont formés par un double rang de pierres, d'autres de pierres moindres entremêlées aux pierres principales, pour donner une clôture plus exacte. Le nombre des pierres formant ces enceintes est sacré : le moindre est de douze, et il varie ensuite entre dix-neuf, trente ou soixante. Quelques kromlechs sont assez petits pour qu'ils puissent étro couverts par des pierres, en forme de toit. On peut les regarder comme des imitations des enceintes sacices, ou temenus, qui environnaient ou précé*

(1) Du celtique cromm, courbe , et tec'A, pierre.

daient autrefois les temples des anciens Orientaux. Les Celtes , originaires de F Asie , en auront conservé en partie les usages.

Ces monuments servaient, h ce qu'on croit, do temples, de lieu d'assemblées pour les élections des chefs de la nation ou de l'armée, de cours de justice, peut-être même de lieu de sépulture. Des fouilles pourraient sans doute , en certains endroils , donner des résultats très -intéressants. Quelques-uns très-rares, se repliant sur eux-mêmes en forme (îo labyrinthe, deviennent impropres aux réunions, no peuvent pas même recevoir un men-hir dans leur enceinte, et forment un monument assez compacte, dont on n'a pu encore deviner la destination.

On connaît en particulier les kroinlcchs de Saint- Hilaire-sur-Rille, près Fontevrault; de Menée, près de Gellainville. On en trouve surtout beaucoup en Bretagne et dans la presqu'île do Kermervan.

Alignements.

Ces monuments sont formés de men-hirs , ou simplement do blocs posés à terre, non pas en cercle comme les kromlechs , mais en ligne droite. Quelquefois il y a plusieurs lignes parallèles, arrangées avec assez de symétrie , comme à peu près des allées d'arbres.

Le plus curieux de ces monuments est celui de Karnac (Morbihan). Selon M. de Cambry , il reste encore quatre mille de ces pierres, malgré le grand nombre qui ont été cassées pour la construction des villages voisins, et de beaucoup de maisons de

Brest. Elles sont isolées dans une plaine immense, où on ne rencontre pas même un caillou, rangées sur onze lignes parallèles, dans un espace de plu*

sieurs lieues.

Comme sur les autres monuments, on a fait beaucoup de dissertations sur la destination de c?ux-ci, surtout sur celui de Karnac. On les regarde comme des temples , n'ayant d'autres voûtes que le ciel, à la manière de ceux des Perses adorateurs des astres ; comme des camps , et ce qui porterait à le croire, c'est que quelques-uns sont accompagnes de fossés et de terrasses; comme des tombe) les érigées sur un champ de bataille en l'honneur de ceux qui avaient perdu la vie. On pourrai! peut-être regarder celui de Karnae comme les premiers préparatifs d'une eonstrucliou défensive du pays, qui n>ura pas eu d'exécution, à l'occasion

de quelque guerre.

Pierres branlantes, (pl, II, fig. 16).

tes pierres branlantes, auxquelles, on donne aussi le nom de pierres tournante* ou croulantes t pierres qui (Ln\sent x pierres folles , pierres qui vivent, sont composées d'une roche énorme superposée à mie. autre, de manière, que la supérieure, soutenue par un seul point, se trouve en équilibre, et peut recevoir un mouvement d'oscillation très-distinct, par le moindreattouchement, môme par lèvent. U y en a qui tournent comme sur un pivot. Ces pierres, que le moindre choc semblerait devoir renverser, ont résisté depuis des milliers d'années aux forces

puissantes qui auraient dû les détruire, sans les lois de l'équilibre, sur lesquelles repose tout ce phénomène.

Les plus remarquables de notre pays sont celles de Livernon , dans le Quercy, de Lithaire auprès de Thiers, de Fermanville, non loin de Cherbourg. Cette dernière n'a pas moins de cent pieds cubes.

On a assigné à ces pierres divers usages, qui sont tous probables. Elles ont été regardées comme moyen probatoire de reconnaître la culpabilité des accusés : dans ce cas, on était jugé coupable lorsqu'on ne pouvait les faire remuer , et innocent lorsqu'elles obéissaient au mouvement qu'on voulait leur donner. Elles ont du aussi être regardées comme monuments religieux, servant à transmettre la volonté des dieux par leur mouvement oscillatoire, dont les druides donnaient ensuite l'explication. D'Haucarville (1) prétend qu'il y en aen Phénicie, en Grèce et en Espagne. Ces pierres, fort rares d'ailleurs, doivent raisonnablement être regardées simplement comme des curiosités de la nature, auxquelles les hommes n'ont eu d'autre part que de les consacrer à un culte superstitieux. On rencontre assez souvent dans les pays de roches, des pierres auxquelles il manquerait peu de chose pour obtenir les mêmes conditions que celles dont je viens de parler , et la forêt de Fontainebleau en offre des exemples. Il y en a une assez remarquable très- près de la ville , connue sous le nom de pierre

(1) Recherches sur l'origine des arts , préface,

branlante, et que les enfants font mouvoir très-facilement.

TrilUhesou Lichaven8{\) (pl. II, fig. 17).

Le trilithe, comme l'indique son nom , est formé de trois pierres, deux posées verticalement à une petite distance , et une troisième posée dessus en forme de linteau de porte. On les regarde comme des autels d'oblation. On en trouve plusieurs en Bretagne. On citesurlout celui de Sainte Radegonde, dans le Rouergue.

Dolmens (Z) (pl. II, fig. 18).

Les dolmens , beaucoup plus nombreux que les précédents, étaient composés d'une pierre brute , aplatie en forme de table, posée horizontalement 6ur plusieurs autres placées verticalement en terre. Quelquefois la table est soutenue à une extrémité par deux pierres, tandis que l'autre pose à terre; alors on l'appelle demi-dolmen. La table est grossièrement creusée de rigoles peu profondes , destinées probablement l'écoulement du sang des victimes. 11 y en a qui sont percées d'un trou , de sorte que le sang des victimes ou les libations pouvaient arroser ceux qui se plaçaient dessous , moyen de purification usiléchez quelques peuples anciens.

11 est de toute vraisemblance que les dolmens

(1) Du celtique lech, table, et t?a», pierre.

(2ï Du celtique dol , table ♦ et maen , me n , pierre. •

étaient des autels sur lesquels on offrait les sacrifices. Des ossements humains calcinés, mêlés à des ossements d'animauxet accompagnés d'instruments en bronze et en silex, qu'on trouva dans des fouilles pratiquées au pied de quelques-uns, seraient une preuve convaincante de leur destination, puisquo les anciens Gaulois faisaient des sacrifices humains. Il ne serait cependant pas sans vraisemblance do les regarder comme des pierres sépulcrales , sur lesquelles on offrait des sacrifices en l'honneur du défunt.

Allées couvertes ou grottes aux fées (pl. II, fig. 49).

Les allées couvertes sont formées de deux rangs de pierres verticales et contigùes , recouvertes par d'autres roches, en forme de toit de terrasse, ou d'un comble. Elles ressemblent à des galeries ou des corridors. Elles sont ordinairement dirigées d'occident en orient, fermées à une de leurs extrémités, et divisées à l'intérieur en compartiments par d'autres pierres.

Il est inutile de dire que ces grottes aux fées sont encore l'objet des superstitions des peuples de la campagne. Les plus remarquables de France sont : T la roche aux fées d'Essé, à sept lieues de Rennes, qui a dix-neuf mètres de long sur plus de cinq de large : elle est composée de pierres de grandeur prodigieuse, puisque neuf suffisent pour former le toit; 2° celle de Bagneux, à laportede Saumur,qui i vingt mètres de longueur, sept de largeur ettrow

de hauteur; 3* une autre en Bretagne, qui a vingt et un mètres de longueur. Il a fallu assurément, pour leur construction, des forces locomotives très-considérables, puisées sans doute dans le grand nombre d'ouvriers et dans la puissance du levier : il n'est pas probable que ces peuples ignorants connussent d'autres moyens mécaniques.

On a toujours ignoré la véritable destination de ces monuments singuliers ; cependant je ne crois pas qu'on puisse être taxé d'imprudence en lés regardant comme de véritables monuments funèbres, d'autant plus considérables que les personnages qu'ils recouvraient étaient plus importants dans la nation. Ceci ne peut paraître plus extraordinaire que les nombreux tombeaux d'Egypte taillés dans le roc, ou les pyramides sans nombre qui nous étonnent. Des fouilles exécutées avec intelligence donneraient probablement des preuves certaines de ce que je viens d'avancer.

Çarrowset Galgals ou Tumulus (pl. II, fig. 20).

Les tumulus sont des monticules élevés au-dessus de la dépouille des morts ; leur forme est ordinairement conique. Ils sont faits de cailloux et de terre et recouverts do gazon. On les appelle alors tumulus ou (ombelles; quand ils sont composés d'un amas de pierres, ils prennent le nom de galgals. Les petits tumulus ont environ quatre pieds d'élévation, et quinze à vingt de diamètre à leur base. Il y en a de toutes dimensions, jusqu'à la hauteur de soixante

et même cent pieds : celui de Cumiac a cette élévation. Ceux d'une grande étendue ont ordinairement la forme elliptique, et servent de sépulture à une famille entière , ou à un grand nombre de guerriers morts glorieusement dans une bataille, sur lesquels on les a élevés par honneur. Dans ce cas l'intérieur présente plusieurs chambres sépulcrales, communiquant entre elles , formées , comme les allées couvertes, de grosses pierres plantées verticalement, et couvertes de larges quartiers de roches en forme de plafond. Ces chambres renferment des squelettes , de6 urnes funéraires, des arme3 et des ornements guerriers. Quand un seul corps a été inhumé dans un tumulus, il en occupe ordinairement le centre. On rencontre des tumulus dans les environs d'Abbeville, àCourcel près Montereau, et dans plusieurs endroits de la France; mais les plus intéressants sont ceux qu'on voit à Tirlemont. Lorsqu'on rencontre dans le tumulus une maçonnerie faite avec du ciment, on peut l'attribuer à l'époque romaine.

Il est à remarquer que ce mode d'inhumation n'était pas particulier aux Gaulois, mais était en usage ches tous les peuples de l'antiquité. Ces dis- . positions des tumulus, cette construction intérieure semblable aux allées couvertes, est un fort appui à l'opinion que j'ai émise, et porterait à faire regarder les allées couvertes comme des mausolées qu'on voulait laisser à découvert , ou comme des tumulus commencés par des individus qui n'ont pu y être inhumés pour quelque cause forcée, comme une émigration après une guerre. 1

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