No^ara, Mosaici, pi. x.v.wi
lii IV. RKl'ERTOIRE DE LA PEINTURE ET DE LA MOSAÏQUE
ex-voto, OU des statues flanquées de trépieds ou d'hermès, devant lesquelles des adorants s'arrêtent, en g^roupe ou isolés, et font une libation sur un autel ; de petits sanctuaires à perron, dont un dévot gravit les marches ; des tours carrées, aveugles dans le bas et dans le haut percées de fenêtres : des vélums épandussous lesquels une société flâne et devise ; des troupeaux paissant autour du berger, au milieu des aboiements des chiens ; des bêtes de somme, mulets, chameaux, marchant à vive allure ; enfin des rivières aux berges estompées, que des piétons traversent sur des passerelles à l'arcature légère, et que des barques sillonnent, tandis que les pêcheurs, debout sur la rive, tirent vigoureusement leurs filets -chargés.
Une sensation analogue nous vient des fresques du vestibule de la Farnésine (R., pi. iv), où cependant Tarchiteclure est moins envahissante : dans une sorte de grand parc broutent ou reposent paresseusement gros et petit bétail ; un autre fragment déploie sur la gauche Textrémité d'une crique, au pied d'un monument de Neptune ; tout contre se dresse un corps de bâtiment derrière lequel s'ouvre un jardin.
L'apparence de décor de rêve, ici et là, tiendrait-elle à l'état de la peinture? Non, car la dégradation est moins prononcée dans une fresque de la villa Albani (fig. 416), où des barques ont l'air de voguer à flanc de colline et où l'on passe insensiblement du ciel à la terre et de la terre à l'eau. le sol est inondé ; des bœufs y enfoncent à mi-jambe ; d'autres, au sommet d'un pont, s'arrêtent pour regarder au-dessus du parapet; sur la droite, un îlot semble avoir surnagé; sous un arbre sacré couvert de bandelettes, des bergers approchent d'un autel.
Quelques exemples provenant de Pompéi font voir que, dans le paysage, les décorateurs de Rome étaient en avance sur ceux de Campanie. De cette contrée seulement nous arrivent les échantillons du iii^' style ; le paysage y tient moins de place, occupe le milieu d'un tableau ou, dans l'ornementation générale, forme une petite miniature ; les types architectoniques s'alîranchissent des modèles antérieurs ; un nouveau thème redondant est l'entrée monumentale d'un parc ou d'un palais (R., lig". !26-"28\
Avec le iV style se déchaîne l'extravagance des fausses architectures, mais dans les panneaux qu'elles découpent on observe au contraire un effort de réalisme, pour rendre exactement les formes des édilices répandus dans les paysages. Les uns, notamment dans
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les frises à pyg'inées déjà citées, ont un caractère ég^yptien très prononcé : c'est une fontaine enclose de murs, où l'on puise (comme aujourd'hui encore) à Taide d'un appareil à levier ; c'est le pylône ; la tour en tronc de pyramide crénelée dans le haut ; l'humble cabane ronde de roseaux, à toit pointu en paille tressée, et une construction rectangulaire qui revient fréquemment, à deux étages : en bas une chapelle sépulcrale, apparemment, surmontée d'un édicule en forme de temple, qu'enveloppe une terrasse en surplomb, à barrière grillagée.
Le paysage nilotique le plus achevé nous est fourni par la grande et célèbre mosaïque Barberini, de Préneste, dont nous donnons un fragment (fig. 417); vrai tableau g^éog^raphique, ayant eu pour objet une représentation de toute l'Kgypte au moment de la crue du Nil ^ : au fond, les montagnes d'Ethiopie; au centre, Thèbes, capitale de la Moyenne Egypte, et le temple d'Ammon ; en avant, la basse contrée, le Delta ^, et le chef-lieu Memphis avec son Iséum. Mais, à côté de l'architecture, la faune et la flore y prennent une importance capitale, ainsi que les personnages. En comparant ce qu'Elien rapporte des animaux de l'Egypte avec ceux qui sont figurés là et désig^nés par leurs noms, on est arrivé à la conviction que ce sophiste, natif de Préneste, peut-être attaché à son temple de la P'ortune, et qui avait parcouru la région du Nil, aura dirigé lui-même les travaux du dessinateur de cet ouvrage ^ ; d'où la remarquable valeur documentaire qui en fait le prix, plutôt que la composition un peu confuse.
Une mosaïque d'El-Alia/*, dont nous reproduisons une partie (iig. 418), n'a pas tant de prétentions ; elle ne vise quà amuser et y parvient. La scène se passe dans un vaste marécage, où circulent même les barques à voiles ; sur des bancs de sable supposés, plantes et édicules voisinent ; des indigènes nous donnent la chasse aux ibis, aux crocodiles et aux hippopotames. On ne distingue ni l'eau, ni la terre, ni le ciel ; ni le haut, ni le bas, ni le centre du sujet; mais la force comique et le mouvement font oublier cette anarchie dans la pensée.
1. Reproduction complète par O. Marucchi, Dissertazioni délia, Pontif, Accad. rom. di arc/i., sér. ii, X, l (1910), pi. xi-xiv ; cf. p. 147-190.
2. C est peut-être un coin du port d'Alexandrie que nous rend une mosaïque du Palais des Conservateurs (Helbig:, Fù/irer, I, n" 996), mais un peu enjolivé.