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VII. BATEAUX DE GUERRE ET DE COMMERCE

de la guerre dacique les vaisseaux avaient en réalité un rôle de simples transports.

Naturellement, le bois à peu près seul entrait dans la construction navale ^ ; les essences employées dépendaient des ressources locales, mais le chêne seul était jugé assez dur pour la quille, lorsque le vaisseau devait être par moments halé à terre, comme il

Fig, 519. — Navire de guerre romain.

(Cliché du musée de Saint-Germain).

arrivait à tous les navires decombat. On rendait les joints étanches avec de la filasse, ou autres matières compressibles, fixées par de la cire ou du goudron végétal fondus au feu, dont on recouvrait en outre toute la paroi extérieure. Sur cette couche protectrice on étendait le plus souvent des couleurs à l'encaustique; les pirates faisaient choix, pour se rendre moins visibles, des nuances rappelant les tons glauques de la mer ; les bâtiments de plaisance ou appartenant à de riches armateurs étaient en outre ornés, suivant une tradition reçue des Grecs, de véritables dessins et figures.

Le procédé rapide et économique, pour assembler les éléments de la coque, consistait à y enfoncer des chevilles de bois; mais aux

1. Bateau en chantier, relief de Havenne : II. Gummerus, Jahj-b. des Inst., XXVIII (1913), p. 91 etsuiv., lîg. 15.

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«,'ros bàlinienls les clous de métal convenaient mieux, spécialement les rivets de bronze, qui ne rouillaient pas.

La carcasse com{)renait essenliellenienl : l'Mine quille, relevée à l'arrière jusqu'au [)onl, et aussi à l'avant dans les navires de commerce ; '2"^ une série de cûles dressées verlicalemenl, qu'on façonnait à la hache. Les côtes se courbaient dans le haut, marquant une concavité intérieure; on les reliait entre elles, extérieurement, par des bordag^es horizontaux ; et ceux-ci étaient eux-mêmes renforcés d'habitude par des préceintes, pièces de bois de plus forte épaisseur, tendues par intervalles de l'avant à l'arrière, et par de ^ro& câbles sur les navires de guerre. Les avirons traversaient la carène par des sabords ; les monuments font voir que, par imitation des usages grecs, une poche de cuir, à chaque sabord, enveloppait la rame ; celle-ci évoluait librement et l'eau ne pouvait pénétrer. A l'intérieur, chaque paire de côtes était réunie dans le haut par des traverses de bois, qui en garantissaient la lixité et les maintenaient écartées, malgré la pression des bordages.

Les gaillards surélevés, à l'avant et à l'arrière, sont devenus exceptionnels chez les Romains ; mais en poupe les galères des colonnes Trajane et Aurélienne ont une sorte de cabine pour le capitaine, toute en osier tressé ; ou bien des arceaux de jonc supportent une toile de lente, destinée aussi à l'abriter. Sur le pont, mémedans les navires marchands, exposés à de mauvaisesrencontres, se dressent des tourelles, d'où les matelots peuvent lancer des projectiles sur l'adNersaire ; pour qu'elles ne pussent par leur poids compromettre la stabilité du navire, on les faisait susceptibles de monter ou descendre par une manicuvre rapide; normalement, elles restaient dans la coque.

L'avant du navire de guerre est muni d'un éperon, appelé rostre, car il ressemble à la gueule proéminente d'un animal sauvage ou au bec pointu d'un gros poisson ; on lui donne volontiers la forme d'un groin de sanglier, ou ou le dispose en trident ; parfois d'autres éperons plus petits s'élagent au-dessus du gros, pour agrandir la déchirure causée par le choc. Kn prévision de ce coup, le bas de la carène a des préceintes plus résistantes. Kn général, le vaisseau porte en proue, à l'épaule, une peinture ou un relief symbolique, souvent en rapport avec le nom qui sert à 1 identifier comme une personne * : par exemple, un monstre marin,

1 . Nomenclature deces noms do navires, noms dcilivinilcsoii},'é<)f,'rn|)liiques, noinsdanimaiix, viuis ou fal)uleux, dans De Hugtjicro, Dizionario epigrafico,. au mol Clasxis.

vil. BATEAUX DE GUERRE ET DE COMMERCE

un crocodile, un cygne ; un œil grand ouvert, ou plusieurs superposés, lui assuraient les bienfaits de la magie. Le bateau représenté dans un relief Torlonia ^ porte à la proue l'image en relief de Bacchus, à la poupé une statue de la Victoire couronnant, et au sommet du mât une seconde Victoire à peu près semblable. Un autre, sur le tombeau de Naevoleia Tyché, à Pompéi, présente à Favant un buste de Minerve. Proue et poupe, très relevées, s'achèvent, soit en volute, unique ou bifide, soit en col de cygne, plus ou moins renversé sur la cabine dont nous avons parlé. De ces pièces de charpente, celle de l'arrière prend le nom d'aplustre: elle protège le timonier contre le vent et les embruns. Le vainqueur l'enlevait du bateau dont il s'était rendu maître; aussi figure-t-elle souvent dans les trophées.

Par les yeux ou tout près d'eux passaient les câbles des ancres. Celles-ci, d'après les bas-reliefs (fig. 520) ^, ressemblaient beaucoup à celles d'aujourd'hui, sauf que les pattes triangulaires terminant les bras ne paraissent qu'à la basse époque. Les exemplaires retrouvés en mer n'ont plus que les bras, de fer ou de plomb ; la verge et la barre transversale (jas), toutes deux en bois, ont péri.

Fig. 520. — Ancre, poulie et câbles.

A chaque bout était un anneau, où l'on engageait, d'une part, un chaîne d'attache ; de l'autre, un cordage dont l'extrémité, sou-

1. Saglio, Dict. des Aut.. fig. 521)ô ; S. Rcinach, Reliefs. III, p. 34i. i.

2. Relief de l'arc d'Orange (Saglio, op. cit., lig. 321 : Espérandieu, B&sreliefs, I,p. 202).

BATEAIX 1)K (ilFRRE ET DK COMMERCE

levée par une bouée de liè^a^, marquait la place précise de lancre '. Câbles, chaînes et cordes étaient amoncelés vers les deux pointes du navire: en poupe, ils servaient à l'amener à terre '-.

La direction est donnée de notre temps par le gouvernail, dû à une invention ilu moyen àgre, indispensable en outre comme point d'appui dans la navigation à voiles; les anciens le remplavaient par des paires de grandes et larges rames placées de part et d'autre de la poupe — et de la proue si l'embarcation était faite pour voguer dans les deux sens. l^Ues se iixaientà même hauteur que les avirons du rang supérieur. Il arrivait qu'une barre horizontale reliât les deux manches des gouvernails, permettant de leur imprimer des mouvements simultanés et parallèles ^.

Pour le gréement, l'analogie est grande avec les systèmes modernes : notre mât d'artimon est même directement emprunté à l'ar/emo/i grec, dont le nom passa dans le vocabulaire latin comme celui du dolon ; tous deux désignaient à la fois le mât et la voile. Généralement il n'y avait que deux mâts au plus ; le troisième ne parait que vers 50 avant J.-G. Les monuments attestent la rareté des voiles triangulaires; la plupart étaient carrées, rattachées dans le bas, aux deux angles, par des cordages, le côté supéir étant fixé à une vergue en un ou deux morceaux. Une qua-

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Kig. 521. — Bateau en déchargement.

tneine voiie, triangulaire celle-là, pouvait encore être déployée entre la vergue et le sommet du mât. On abaissait le grand mât des bateaux de guerre avant la bataille, car le choc de l'éperon eût pu le rompre par contre-coup ; la même manfcuvre s'imposait aux bâtiments de transport remontant les rivières, qui avaient à passer

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