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LA MOSAÏQUE SA FABRICATION ET SON DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE

SuMMAiKE. — I. Généralili-s. La lechiiique. — H. Piincipales époques de lo mosaïque romaine.

§ I•-^ — Généralités. La technique.

Contrairement à lu peinture, l'art delà mosaïque clans l'antiquité n"a plus beaucoup de secrets pour les modernes, surtout depuis les savantes études de P. Gauckler ; nous n'avons qu'à suivre fidèlement son exposé *, qui dispense de se reporter aux travaux de ses nombreux devanciers.

La mosaïque n'était point, ainsi que chez nous, considérée comme un art unique ; la preuve en est qu'un terme global pour la désigner, le mot musiviun opus, n'apparaît pas avant Dioctétien. Auparavant, chaque genre avait sa dénomination particulière et aucune ne les embrassait tous. Encore ce mot nouveau ne s'appliquat-il dans le principe qu'à l'ornementation des parois courbes, à l'exclusion des mosaïques de pavement ; mais bientôt il servit à délinir toute décoration en menus fragments de matières dures engagés et juxtaposés dans un lit de ciment. Des anciens noms, qui étaient grecs, quelques-uns subsistèrent, comme lithoslroion pour la mosaïque à sujets fixée sur le sol, et emhlènia pour le tableau confectionné à part, inséré en bloc dans une surface, isolément ou au milieu de tout un ensemble ornemental en petits matériaux. De plus, des termes latins furent créés que nous aurons à expliquer.

On n'a demandé à cet art que des elFets de couleur ; jamais le relief n'a contribué à renforcer l'impression produite '- : sous les pas, il eût gêné la circulation et causé une usure tro[) irrégulière ;

1. Dans Saj^'lio, Dict. des Anl., au mot Musivum opus [1904], *J. Les reliefs en mosaïque sont des faux modernes; cf. R. Enjjelmann, Bhein. Mus., XXL\ '187i), p. 5Gl-j«9, et L.MIII lî>OS), j). i(31-l7l,

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contre les parois, il aurait compromis la solidité de Touvrag^e. Le souci primordial des tons et nuances, franchement accusésetcirconscrits, s'explique aussi par l'origine orientale de cette technique, qui a pour berceau l'I^'g^ypte et la Chaldée. Nous ne savons presque rien des merveilles qui furent sûrement réalisées par elles dans ces très vieux empires, où l'on n'exécuta que des mosaïques murales, et relTondrement (général des constructions en briques a entraîné la dislocation de ces somptueux revêtements ; d'infimes débris retrouvés font connaître seulement les matériaux utilisés à cette fin. L'eng^ouement qu'obtint chez les Ptolémées ce mode de décoration fut décisif pour son avenir : c'est d'Alexandrie que prirent leur essor les deux écoles de spécialistes qui travaillèrent, l'une dans tout l'Orient hellénique, l'autre principalement en Italie, puis, pardelà, un peu partout en Occident. La mosaïque de type byzantin est issue de la première, dont nous ne connaissons que très imparfaitement les œuvres ; à peine en avons-nous conservé de rares échantillons par quelques-uns de ces pavements historiés que vit naître l'époque des Lagides et qui furent très vite appréciés. La seconde eut à Rome son plein développement ; elle s'y introduisit au début du dernier siècle avant notre ère et y attira de multiples commandes.

Cet art était fait pour séduire les Romains : il donne une impression de richesse ; ses produits ont de l'éclat, de la netteté, de la vigueur et couvrent de vastes espaces ; il se prête très bien au plagiat méthodique ; l'exécutant sans idées personnelles, mais habile, soigneux, patient, libre de dépenser, peut réaliser de fort jolis ouvrag-es ; un accident sur un point se répare aisément \ mieux que dans les tapis, dont la mosaïque est souvent une imitation. Elle a trouvé grande faveur en Italie jusqu'à nos jours, plus qu'en toute autre contrée. Mais aucune originalité profonde ne s'y est jamais manifestée ; ce décor y eut toujours quelque chose de factice et de conventionnel, par l'emploi abusif que l'on en fit; à la fin de la période qui nous concerne, l'ancienne école romaine de mosaïstes donnait des signes d'épuisement ; incapable de se renouveler, pour s'être trop complaisamment attardée aux tâches banales et au poncif, elle fut supplantée, à Ravenne d'abord, puis ailleurs, par la mosaïque monacale, hiératique, des Byzantins.

1. Saglio, op. cil., lîg. 5*230: mosaïque cl'El-Alia (Tunisie) réparée dès l'antiquité ;' et Germain de Montauzan, Annales de VUniversilé de Lyon., II. 30 (1915), p. 24 et 34.

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I/ctu(le de cette forme d'art est facilitée par le nombre immense des ouvra^^es conservés — on en compterait des milliers — et par les répertoires en cours ou achevés. Notre Académie des Inscriptions s'est chargée de faire inventorier les exemplaires de Gaule et il'Afrique et d'en reproduire les plus beaux par la gravure. Pour les collections de Home, une publication partielle existe déjà'. Il a fallu cette surabondance pour qu'on reconnût l'évolution de la mosaïque romaine. La date de chaque morceau, pris en lui-même, est en général très peu siire. On a, le cas échéant, unelimitesupérieure — époque de fondation de la ville où il fut retrouvé — , ou inférieure — telle l'éruption du Vésuve en 79 pour les spécimens de (^.ampanie. L'a (cil exercé se fait une moyenne d'après les matériaux, le style, le sujet ; mais ces données chang-ent de valeur d'une région à l'autre ; souvent le décor est purement géométrique - et sans figures ; des cahiers de modèles auront prolongé la survivance de thèmes invariables. Un pavement n'est pas toujours contemporain de l'édifice où il est encastré : usée par le frottement, la mosaïque a pu être restaurée selon un autre prototype ; rapiécée, après dommage limité, de façon plus ou moins conforme au caractère de l'ensemble, pourvue enfin sur le tard d'un embicma auquel ne correspondait point l'encadrement primitif. Une chronologie relative '* résulte parfois de la superposition de plusieurs couches suivant un usage qu'on a relevé en Afrique. L'essentiel n'est pas, en définitive, de dater exactement une réplique sans importance, mais de reconstituer, dans les grandes lignes, l'histoire de cette technique et de ses applications ; on y est parvenu.

Il faut partir des procédés matériels pour se rendre compte de la formation des types artistiques.

A. — Une localité du Latium, Signia, possédait des fabriques de tuiles renommées. (.)n utilisait les déchets, on conservait les pièces cassées, on les pilait soigneusement et, de la poussière ainsi obtenue, mêlée à de la chaux, on faisait un ciment rougeâtre, facile à modeler et imperméable, propre à fournir un excellent pavage intérieur. Il en reste de nombreux vestiges à Pompéi ; il ne paraît pas avoir été connu en Orient ni en Grèce, où les pluies sont plus

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