XV. INSTRUMENTS POUR ÉCRIRE ET POUR CALCULER
Les volumina arrivés entre nos mains proviennent ou d'IIerculanum ou de Tl^^g-ypte ; Timmense majorité d'entre eux contiennent le texte d'ouvrages grecs, même ceux d'époque romaine, qui sont les plus nombreux.
Les rouleaux de papyrus se retrouvent bien rarement en bon état de conservation. Ceux d'Herculanum, enfouis sous la lave incandescente, étaient tellement noircis qu'on les prit quelque temps pour des morceaux de charbon ; mais un examen plus attentif ayant permis de distinguer quelques lettres, on reconnut leur véritable nature. Restait à les développer ; plus d'un fut détruit dans les premiers essais ; enfin le P. Ant. Piaggio imagina et appliqua en 1753 un procédé bien conçu \ que les expériences ultérieures n'ont pas beaucoup modifié ^.
Il posa sur des bobines de cuivre une lamelle qu'il recouvrit d'une couche de coton et, sur le coton, un des papyrus qui lui semblèrent le moins endommagés. Comme le recto seul, en général, porte des lignes d'écriture, on pouvait sans inconvénient masquer le côté extérieur ; l'inventeur ingénieux eut donc l'idée de l'étendre sur une fine pellicule, qui renforçait les fibres comme la toile d'un tableau soutient la couleur; l'adhérence était obtenue à l'aide d'une colle de poisson bien épurée. Suspendu à une extrémité, le volumen tendait à se dérouler par son propre poids et par l'effet des fils de soie attachés à son extrémité, qu'on maintenait tendus en tournant des vis de bois ; l'opérateur y aidait en repoussant délicatement avec la pointe d'une aiguille la partie encore enroulée.
Les colonnes de texte, ou des séries de colonnes, peuvent être séparées les unes des autres ; l'essentiel est de les étendre sur une feuille de gros papier; il est usuel aussi de les placer entre deux plaques de verre. Actuellement on prend comme pellicule de petits morceaux de baudruche à battre l'or. Les mutilations des papyrus sont souvent préexistantes, mais on est exposé à les accroître pendant ce travail, si prudemment qu'on procède : il arrive qu'un fragment de feuille se détache et vienne se coller, soit par son recto sur le verso d'une autre, soit par son verso sur le recto de la voi-
1. D. Bassi, Archivio slorico per le provincie napoletane, XXXII (1907), p. 636-690.
2. Rucsch, Guida di Napoli, n" 1910 ; V. Gardthauscu, Griechische Palàographie, p. lôO. On trouvera une image de l'appareil alors employé dans Fougeroux de Bondaroy, lîecherxhessur les ruines difevculanum, Paris, 1770, 8", pi. Il, fig. 23.
LE I.IVHi: ET L liCHITlRK A L ENCRE
sine ; il devient alors très ardu de les séparer ; on y parvient souvent par des fumij,^ation?.
Les papyrus d'l']«,'"Vj)te se laissent manier habituellement avec beaucoup plus de facilité que ceux d'IIerculanum. Ils ne sont pas carbonisés, mais quelquefois chilTonnés, durcis comme de la pierre ; on s'est avisé de les soumettre à la vapeur d'eau. Une autre méthode consiste à placer le rouleau entre deux forts tissus de flanelle humide. Quand les premiers feuillets sont devenus mous et flexibles, on commence avec précaution à les dérouler, ce qui se fait aisément lorsqu'il n'y a pas d'éléments collés l'un contre l'autre. Les papyrus déjà ouverts, mais ridés et déformés, reprennent aussi leur consistance unie et tendue par l'apposition de morceaux de flanelle humides. Pour les pièces les plus endommagées, l'emploi est recommandé du fin papier non collé en usage dans les ateliers de gravure sur cuivre ; on l'enduit de gomme arabique et le papyrus s'y colle étroitement, la gomme rendant le papier transparent comme du verre.
II. — Un autre genre de papier, qui peu à peu fit tort au papyrus, est le parchemin, pergamena membrana), peau d'animal préparée à cet efTet suivant un procédé, sinon créé, du moins perfectionné dans la capitale des Attalides ; on se servait surtout de la peau de chèvre ou de mouton, desséchée, raclée et polie. Bien plus résistante et durable que les fibres végétales, elle se prêtait beaucoup mieux aux grattages, qu'on pouvait renouveler plusieurs fois. Par suite, quand l'idée prit corps d'utiliser les peaux pour l'écriture, leur donna-t-on spontanément la forme de la tablette de cire, où l'on pouvait presque indéfiniment renouveler le texte. Le progrès qui permit de tirer parti à cet efl'et, aussi bien du côté du poil, convenable- "^^^T ment préparé, que de l'autre, conduisit J j ] à rapprocher un grand nombre de ces jx-aux, à la manière dont on Juxtapose aujourd'hui les feuillets de nos livres. L'usage d'écrire sur peau, limité au polyptyque, avait déjà cours à Rome dans les derniers temps de la République, et le cof/ex de parchemin (fig. oui, dans le haut, à droite), plus précoce que celui de papyrus, prit naissance sûrement à la lin du i*"^ siècle denotre ère. Il fit concurrence au papyrus, puis le supplanta après le
P^ip. 693. — Étui de codex.