Saglio, Dicl. des Ant
LES HÉROS 85
tableaux des combats où interviennent ces femmes guerrières ; la fresque n'ajoute rien à ce que nous en savions par les reliefs ; le sujet fut (lu reste souvent traité en peinture, même hors de l'Italie ; on le suit jusqu en (iermanie *. Thésée avait aimé une reine des Amazones, Antiope ; pour leur lils llippolyte l'épouse du héros avait convu une passion coupable. Les langueurs et les transports de Phèdre ornaient, aussi bien que les sarcophages, les murailles des appartements Ilelbig, 124*2-1 247 ;Sogliano, 540-542). L'emploi des mêmes cartons s'y révèle, notamment dans un des exemplaires les mieux venus, une fresque de la Maison Dorée -.
Par un développement poétique probablement tardif, Thésée fut en rapport avec l'expédition des Argonautes. J^e cycle légendaire que ce nom désigne a dicté quelques représentations typiques que nous devons décrire, sans nous arrêter aux symboles que recouvre cette fable compliquée. Les décorateurs n'en ont retenu que quelques épisodes, et qui n'ont fourni qu'un très petit nombre de tableaux, mais si connus, pour leur valeur artistique et leur état de conservation, qu'ils ont leur place marquée dans notre nomenclature.
L*n roi de Béotie, Athamas, avait eu deux enfants de Néphélé, son épouse divine : Phrixos et Hellé. Sa seconde femme, Ino, une mortelle, lui persuada de les sacrifier. Mais Néphélé dépêche un bélier à la toison d'or, qui les emporte dans les airs; en route, Ilellé glisse de sa monture et périt dans la mer qui gardera son nom (flellespont^ ; Phrixos, lui, parvient en Colchide, immole le bélier et fait hommage de la toison au souverain de l'endroit. Les peintres se sont souvent inspirés de cette course aérienne ; le motif le plus répandu se réfère à l'incident douloureux du voyage : Phrixos, monté sur l'animal, tend à sa sœur échevelée, suppliante, aux trois quarts engloutie, une main qu'elle ne peut plus atteindre "^. Ainsi obtenait-on un de ces paysages marins auxquels le public se complaisait.
Ceci n'est qu'un prologue ; venons aux causes immédiates de l'expédition des Argonautes. A lolcos, en Thessalie, régnait un
1. lionner Jahrbûc/icr, LXII ^1.h78^, p. 0-i-7l. pi. m-vi; IJlanchet, Édif. de 1.1 Guule, p. 36, fig. 7.
2. Roscher, Lexilwn, I, 2. p. 2686; cf. Wcckc, Jnhrh. des Inst., XXVIII (1913). pi. vit, p. 169 et suiv.; Hr. Saiicr. Fer/r.i {Hom. Millh., V[lS90],p. 17-2'i); Herrnijinn, Mulcrci, pi. i-x\ii.
3. Peinture dllerculanum : Hoscher, Lexikon, 1, 2, p. 202T ; mosaïque do Naples : ibid., III, 2, p. 2j66.
86 III. RÉPERTOIRE DE LA l'EINTl^RE ET DE LA MOSAÏQUE
frère d'Athamas, dont la femme eut de lui l'^son, et de Neptune Pélias. Ce dernier, audacieux et perfide, ravit à son demi-frère la royauté d'Iolcos. Mais le fils d']^]son, Jason, échappa à l'usurpateur et fut élevé en secret par le centaure Ghiron. Junon, sa protectrice, le fait à ving^t ans reparaître à lolcos pour revendiquer son héritag-e. Pélias, hanté par un oracle qui annonçait sa perte du fait d'un homme « chaussé d'un seul pied » — car tel se présente à lui Jason, en raison d'un vieux rite qu'expliquait arbitrairement la tradition — , promet de le satisfaire si Jason va d'abord chercher la Toison d'or et rapatrier l'âme de Phrixos. La rencontre des deux hommes est le sujet d'une peinture réputée (fig. 393) *, qui trahit le raccord d'au moins trois ou quatre cartons. Qu'on remarque la discordance des ombres et, malg-ré la perspective, le parallélisme des lignes horizontales, ainsi que la parité de taille des figures réparties sur divers plans. Dans le fond, la sobre silhouette d'un temple g"rec, aux proportions faussées ; par-devant, au faîte d'un escalier qui n'y conduit pas et dérive d'un autre modèle, Pélias lauré se dresse, entouré de ses deux filles ; ses yeux, agrandis par l'efîroi^ ne fixent même pas le jeune homme qui s'avance, et dont une table étourdiment placée lui cache du reste le pied dénudé: c'est une table sacrée, vers laquelle s'incline une troisième fille du roi, pour y poser une patère; elle regarde Jason avec saisissement. Sur la gauche, un serviteur du culte amène la victime désignée pour le sacrifice à Neptune — le même taureau, exactement, qui figurait Jupiter ensorcelant Europe (fig. 383), et copié du même original.
Jason accepta la mission ; le navire Argo prit la mer et connut en voyage toutes les péripéties ; la légende, d'année en année^ s'enflait d'apports nouveaux. Parmi les passagers était Hylas, favori d'Hercule. Descendu à terre en Mysie, le beau garçon fut entraîné par les nymphes du fleuve Ascagne. Peintres et mosaïstes ront pareillem'ent représenté ^ au bord de l'eau ou déjà enfoncé jusqu'au thorax, tenant sa lance et une hydrie ; les femmes l'empoignent par le cou, le dos, les mains ; parfois, derrière un rocher, émerge la face anxieuse d'Hercule. Un beau paysage, des corps juvéniles, une lutte que l'amour provoque, que faudrait-il de plus pour expliquer le choix de cet épisode, si banal en lui même ?
Rien autre n'a intéressé les décorateurs, ni les opérations de