‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 30 sur 426 · Voir ts, pe · texte numérisé non relu

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GÉNÉRALITÉS. LA TECHNIQUE 5 ÿ :

Signinum et sectile rentraient tous deux dans une catégorie plus compréhensive, l’opus tessellatum, dont le nom même, dérivé de récoxoa (quatre), désigne un carrelage. Tous les dés, en effet, exactement de même taille, se juxtaposaient en équerre et le réseau des Joints formait un quadrillé. Jusque vers la fin de la République, la mosaïque romaine se dégagea fort peu de cette élémentaire et monotone régularité, ne rapprochant guère que des tons noirs et blancs, parfois égayés de quelques rehauts, en deux ou trois nuances au plus. On n’en tirait que des décors très simples, sans finesse, où les types vivants, quand on s'y risquait, faisaient l'effet d’ombres portées.

Contre une paroi plane, le travail en sectile pouvait être assez expéditif; mais l'usage des voûtes et des arcs multiphiait les surfaces incurvées et les lamelles ne s'y adaptaient exactement qu’en particules minimes. Dès lors on réduisit de plus en plus leurs dimensions et l'on s’aperçut que l'identité de tous les cubes n'ajoutait rien à la beauté de l'ouvrage, échappait même à l'attention quand les fragments étaient très menus. Elle rendait plus malaisée l’exécution des lignes courbes et restreignait la liberté de l’ornemaniste, Celui-ci travaillait plus à l’aise en vermiculatum.

B.— Dans cette autre méthode, les éléments sont souvent très petits, et leur forme varie au gré de l'artiste, qui les groupe suivant les dispositions les plus capricieuses, leur faisant décrire des sinuosités qui rappellent les anneaux d’un serpent ou d’un ver — d’où l’étymologie probable, quoique discutée, du mot. On peut indiquer ainsi, Comme en peinture, le volume des corps : les dés minuscules et irréguliers fournissent les transitions discrètes, les dégradés, qui seuls permettent de rendre sensible la «troisième dimension », l’épaisseur. Et du même coup le mosaïste va enrichir sa polychromie, non seulement par le clair-obscur dans les corps de premier plan, dont il est nécessaire de faire tourner, d’arrondir les contours, mais par les effets lumineux de profondeur, de perspective. L'ambition croît, en effet, avec la puissance des moyens. Par cette technique, née en Égypte, on n'avait d'abord exécuté que des groupes processionnels de personnages, alignés à la suite selon les habitudes artistiques de ce pays, et comme défilant sur un écran. Or la mosaïque se prête, bien mieux que la sculpture en relief, aux complexités du pittoresque : on ordonne donc les figures en scènes véritables ; aux sujets couramment traités on ajoute des scènes de la vie réelle et des panoramas. Des tableaux de ce genre ont sur les murs leur

place naturelle ; on commit plus d'une fois le non-sens de les étaler sur le sol, mais au meilleur endroit, au centre de la pièce, mis en valeur par une marge nue ou très sobre, encadrés d’un {essellatum à gros grain sur lequel on pouvait marcher.

Ainsi le carrelage régulier et l'assemblage entièrement libre des éléments les plus divers ont associé leurs pouvoirs respectifs et se sont même réciproquement influencés.

La durée d'une mosaïque dépendait à la fois de la discrétion des pas et de la stabilité de son support ; il le fallait étanche, car les infiltrations minent les fondements d’une bâtisse ; une dénivellation pouvait entraîner des glissements, désarticuler l'heureuse régularité ou l’enchevêtrement des cubes de pierre. Aussi trouve-t-on fréquemment au-dessous d’une mosaïque une citerne, une cave, un hypocauste, que surmonte une voûle maçonnée, plus résistante qu’un simple plafonnage. A défaut on donnait au pavement, non pas une horizontalité absolue, mais plutôt une pente insensible vers la bouche d'égout, pour réduire au minimum la stagnation de l'humidité.

Une fois les cubes mis en place, suivant l’un ou l’autre des procédés que nous avons décrits, il ne restait plus qu'à enlever avec une ratissoire les bavures de ciment que la pression avait fait refluer vers le haut; enfin un polissage (/ricalura, levigatio, politura) au sable fin, au grès, à la poudre d’émeri, supprimait les petites inégalités de niveau, lés éraflures, donnait à la surface la netteté et le brillant nécessaires.

L'âge relatif de plusieurs mosaïques ressort parfois d’une particularité de la technique. Ainsi, à Dèlos, la masse de ciment dans laquelle les dés étaient enfoncés participe aux variations de couleurs de la surface ; on a, par suite, toutes raisons de croire ces ouvrages hellénistiques, car les ateliers d'époque romaine, au contraire, préparaient un fond uniformément gris; c'est seulement dans leurs joints que l’on remarque une mince couche de ciment coloré d’après les tons des cubes eux-mêmes. Dans les exemplaires anciens, le niveau des joints est en général un peu plus bas que la face supérieure des cubes ; plus tard cette dépression fait défaut : ou bien le niveau est unique, ou bien les joints sont en léger relief, lorsque l'enduit coloré n'a été ratissé qu'avec négligence f.

Il n'était pas obligatoire de travailler directement sur le sol. Un

1. M. Bieber et G. Rodenwaldt, Jahrb. des Inst., XX VI (1911), p. 9.

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