‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 31 sur 426 · GÉNÉRALITÉS. LA TECHNIQUE · texte numérisé non relu

GÉNÉRALITÉS. LA TECHNIQUE

emblèma, pièce plus fine, d'exécution délicate, pouvait être commandé à un ouvrier spécialiste qui l'achevait à l'atelier. Il choisissait pour fond une dalle de marbre bien aplanie et huilée, ou encore, pour les tableaux de taille très réduite, une plaque de tuf, une tuile ravalée au ciseau en son milieu ; des planches, qui l'entouraient sur les quatre côtés, empêchaient le ciment et les cubes de se déverser. L'ouvrage fini et séché, on l’acheminait à destination ; on retirait les pièces de bois; l'emblèma prenait place dans la cavité réservée. Plus d’un a été inséré, bien postérieurement, dans un premier dallage qui ne le comportait pas, et qu’on a entamé à cet

effet, écornant sans respect une bordure ornementale, ou même un

cartouche !.

Mieux encore, les mosaïques n'étaient pas toujours des décors fixés à demeure ; il est probable qu'on en louait ou empruntait pour embellir momentanément un local. On raconte que César en campagne en avait dans ses bagages et les disposait sous sa tente.

C. — Une troisième variété de mosaïque fut également en usage, mais nous n'en pouvons plus guère juger que par quelques spécimens de Pompéi (fig. 378) *. Le musivum en cubes d’émail appliqués sur les parois, procédé égypto-syrien, fournit une décoration luxueuse surtout aux piscines et aux fontaines, et contre les surfaces courbes, qui concentrent le rayonnement. En effet, les parcelles vitrifiées ont un éclat très supérieur à celui de la pierre; les couleurs en sont brillantes et, quand on les oriente avec discernement, elles produisent, sous les rayons du soleil, des miroitements que prolonge et renforce une eau paisible qui les reflète, que rend innombrables une source bouillonnante surgissant tout auprès et glissant en cascade sur des gradins.

On découpait des pâtes légères aux arêtes vives, aux formes angu-

leuses, qui s’incrustaient mieux dans le revêtement en mastic, lié de gomme, mêlé de résine ou de bitume, couvrant une première

couche en ciment de tuileaux. Il arrivait que l'encadrement fût con-

stitué par des bordures saillantes de coquillages aux tons de nacre.

On ne multipliait pas les nuances des émaux; le bleu sombre et le rouge vif prédominaient, parfois rehaussés d’or ; un nombre excessif

1. Pour les procédés techniques qui permettent l'enlèvement d'une mosaïque d'un champ de fouilles et son transfert dans un musée, voir Germain de Montauzan, Annales de l’Universilé de Lyon, II, 25 (1912), p. 64 et suiv.

2. D'après Gusman, Pompéi, pl. x, 2. Voir aussi Thédenat, Pompéi, I, p. 88-89, fig. 53.

de tons aurait nui à l'effet ; on recherchait moins l'harmonie que Aussi le décor linéaire pouvait suffire et il tenait

l'éblouissement.

Fig. 378. — Fontaine en mosaïque de cubes d'émail.

la plus grande place ; on le complétait cependant par quelques figures de grande taille, du genre qui s’'imposait : un masque de

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