‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 56 sur 426 · HÉROS · texte numérisé non relu

HÉROS

ET ECS

Ulysse et les siens arrivent au pays des Lestrygons ; au-dessus de leurs navires passent les dieux des vents, dont les conques puissantes ont soufflé la tempête. La mer ferme l'horizon ; au premier plan commence un coin de nature sévère, où l’on entre en passant sous. un pont rocheux ; contre le roc de gauche formant pylône, une nymphe étendue, un roseau en mains, évoque la source Artakia ; » elle est encore représentée par un ruisseau d’eau douce, où allait. remplir son amphore la fille du roi Antiphatès, quand elle se trouve en face des compagnons d'Ulysse. Ce paysage tranquille où paissent. des troupeaux, c'est le lieu d'habitation de géants farouches, qui. viennent en nombre, excités par leur roi, assaillir les nouveaux arrivants. C'est la fin du combat qui se déroule ensuite devant nous, auprès d'un petit golfe qu’entourent les mêmes roches dénudées. Sans armes, à la force des bras, à coups de pierres, les Lestrygons ont triomphé de leurs chétifs ennemis ; l’un d'eux emporte un Grec sur son dos ; un autre tire par une corde, dont il lui a lié les Jambes, un malheureux qu'il a maîtrisé ; un troisième poursuit dans l'eau son adversaire. — La flotte s'était embossée dans le port ; sur toutes les hauteurs avoisinantes s'agitent les mêmes colosses, qui couvrent de projectiles, brisent et envoient par le fond les onze. galères, dont la fuite hâtive est retardée par l’étroit goulet de la crique. Les têtes surnagent encore de quelques naufragés qui vont faiblir et couler. Sur la droite, achevant le massacre, un dernier Lestrygon brandit un gros bloc pour écraser un égaré, pauvre Hellène minuscule qui dresse en vain des bras suppliants (fig. 394). — Mais Ulysse avait laissé à l'écart sa nef noire, qui est sauve et s'éloigne. Elle aborde bientôt à l’île de Circé. Paysage analogue, quoique moins rude : un petit golfe bordé de collines sableuses ; sur les plus éloignées trois hommes circulent, sans doute Ulysse et deux marins de sa suite ; sur le devant, trois femmes sont étendues, ‘personmifications du rivage. Entre temps, le héros voyageur a reçu un divin avertissement ; il va donc réclamer à la magicienne ceux de ses compagnons qu’elle a changés en porcs. — C’est elle-même qui lui ouvre et l'introduit dans son palais, figuré en décor de théâtre ; plus loin nous les retrouverons, lui assis, elle prosternée et embrassant ses genoux, tandis qu’elle jure de l’épargner.

Nous n'avons pas la suite, qui épuisait probablement la légende de Circé.

Enfin Ulysse pénètre dans les Enfers par une porte rocheuse, réplique de la précédente ; nombre de détails, dans ce monde

souterrain, rappellent aussi le premier tableau. Ulysse paraît au bord de l’Achéron, avec deux compagnons qui tiennent par les pattes bélier du sacrifice ; il est reçu par le devin Tirésias, que suivent ’hèdre, Ariane, Léda, et d'autres que les inscriptions peintes ne omment plus ; dans le haut Elpénor, la tête dans ses mains.

Nous terminons sur un tableau désordonné et plus étroit : Tityos.

4 Fig. 395. — Ulysse et les Sirènes ; Scylla.

Fa Does et tenaillé parle vautour ; Sisyphe roulant son rocher ; les. Danaïdes poursuivant leur tâche non moins désespérée.

; fr inspiration première de cet ensemble, daté avec certitude de la fin de la République, est sûrement grecque ; mais le copiste a pris. des libertés : certaines répétitions le prouvent, et aussi l’architecture du palais de Circé, avec ses formes courbes et son ordre. “toscan. Cela du moins est de l’art national italien.

…—. Une mosaïque du Vatican, un peu incohérente, mais d'un fermé dessin el très décorative, rappelle le paysage du détroit de

Messine (fig. 395) !. Ulysse est sur le pont de son navire; ses. compagnons rament vigoureusement. Il s'est fait attacher au mât, craignant la séduction des « Muses de la mer », les Sirènes. Une seule ici est figurée — tête de femme et corps d oiseau — jouant d'un instrument malaisé à définir, au sommet d’un écueil où ont poussé quelques arbres rabougris. Devant la proue du bateau, Scylla, de son geste accoutumé, lève un aviron menaçant, et ses tentacules étreignent les infortunés qui l'ont trop approchée. Dans le champ, çà et là, nagent divers poissons et d'autres monstres, l'un monté par Ino, l’autre par Palémon, opposés par la fable aux ennemis des navigateurs et dont ceux-ci escomptaient la protection. Chez Ulysse, l'affection maritale demeure un trait constant, malgré les aventures que le hasard fit naïtre sur sa route ; aussi Pénélope, auprès des artistes, a fait tort à Circé tout comme à Calypso. Aucune œuvre ou réplique d'époque romaine ne rivalise avec l’'admirable peinture de vase montrant l'épouse, muette et pensive, dévantson métier. Voici cependant face à face, à la minute la plus émouvante, qui précède la reconnaissance mutuelle, l'époux de retour et celle qui l'attendait ; chacun a un geste d'hésitation prudente, bien vite arrêté (Helbig, 1331). Ailleurs Ulysse, le bâton à la main, déguisé en mendiant, se repose sur un tambour de colônne ; il lève les yeux vers Pénélope qui médite, un coude dans la main, tenant toujours sa navette(Helbig, 13322; Sogliano, 582). Une certaine analogie de situation est à relever dans un autre cycle. peu exploité par les décorateurs, comme trop sombre sans doute. Ce qu'ils ont, à notre connaissance, particulièrement retenu de l’Orestie, c'est le voyage en Tauride des justiciers et la rencontre des frère et sœur, encore étrangers l’un à l’autre. Il y a divers spécimens ; le plus beau, quoique mutilé, tout grec de sentiment et d'exécution, provient de la maison du Cithariste, à Pompéi (Helbig, 1333) *. Le roi Thoas, richement vêtu, est assis sur un siège de pierre que recouvre une peau de léopard ; ils’appuiesur son sceptre ; un garde du corps, en costume asiatique, est debout derrière lui; tous deux observent Oreste et Pylade, flanqués d’un autre garde. Les

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