‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 142 sur 509 · LE CALDARIUM ET LES SOUS-SOLS · texte numérisé non relu

LE CALDARIUM ET LES SOUS-SOLS

tion en permettant des ablutions à haute température. A ces deux pièces il fallait donc assurer une grande chaleur; et c'est à quoi on arriva par l'établissement de sous-sols chauffés (suspensurae), dont on attribue l'invention à un contemporain de Cicéron nommé C. Sergius Orata. \itruve a nettement indiqué quelle devait être la disposition de ces sous-sols. « Le sol, dit il, devra être carrelé en tuiles d'un pied et demi; et disposé en pente vers la chambre de chauffe de telle sorte qu'une balle qui y serait lancée, ne puisse demeurer en place à l'intérieur, mais qu'elle revienne d'elle-même en arrière jusqu'au foyer. Ainsi la flamme circulera plus facilement sur le radier suspendu. Par-dessus ce carrelage on construira en briques de deux tiers de pied des piliers disposés à telle distance l'un de l'autre que des briques de deux pieds puissent reposer sur quatre de ces piliers. Les dits piliers auront une hauteur de deux pieds. Par-dessus, on posera des briques de deux pieds, destinées à soutenir le pavement de la salle. » C'est ce qu'on a observé dans les ruines de thermes qu'on a rencontrées (^fig. 113); la présence de ces piliers de briques généralement carrés, parfois cylindriques, est même l'indice le plus certain qui permette de reconnaître l'existence de bains romains. Sur les briques supérieures on étendait une couche de plâtre ou de béton plus ou moins épaisse, qui servait de lit à une mosaïque. De la sorte le pavement de la chambre pouvait être amené à une température assez élevée.

Ce n'est pas tout. Min d'envelopper la pièce dune couche de chaleur, on établissait, un peu en avant des murs et sur toute la hauteur, une cloison distante de quelques centimètres; l'espace qui la séparait du mur, et qui était en communication avec le sous-sol permettait à l'air brûlant de se répandre jusqu'à la voûte. C'est aussi au moyen de briques que l'on établissait cette cloison. Les unes ont la forme de morceaux de tuyaux rectangulaires ou même cylindriques de dimensions variables ; elles se plaçaient les unes à côté des autres, de façon à garnir toute la muraille et communiquaient entre elles, dans le sens de la hauteur par les extrémités demeurées ouvertes, à droite et à gauche par des jours ménagés sur les petits côtés du tuyau. D'autres sont simplement des briques plates qu'on appuyait contre la muraille ; mais afin de les maintenir à la distance voulue, elles étaient munies de saillies en formes de crochets ou de mamelons formant pied {ferfiilae manimatae ou hamalae) (fig. 114) ; on les fixait à la muraille au moyen de clous cpii passaient par des trous percés d'avance dans la

brique. On a constaté phisieui-s fois en Afrique un aménagement

Fi^'. ll'i. — Tuiles de rev étemenL pnur distribuliuii de chaleur dans les thermes.

l'ii.'. Il.v - l)is|)i>sition des tuiles de revêtement dans uiieétuve de theime;

LE CALDARIl.M ET LES SOLS-SOLS 221

particulier qui doit être signalé ' (fig. 1 15). Les briques de revêtement n'ont point d'appendice comme les legulae mam mai ae dont il vient d'être question ; mais, au lieu d'être absolument rectangulaires elles sont entaillées à chaque coin en quart de cercle, ce qui réserve entre quatre briques juxtaposées un trou circulaire. Dans ce trou on engageait la gorge d'une poterie, creuse ou même pleine, longue généralement d'une vingtaine de centimètres et affectant la forme dun vase élancé terminé en pointe"-; par celte pointe les maçons enfonçaient le tube dans le mur de la salle, à la façon d'un clou ; de la sorte, la cloison de briques était reliée du haut en bas de la pièce, par une série d'attaches en terre cuite qui offraient une grande résistance.

Ainsi arrivait-on à élever fortement la température des bains chauds. Pour la diminuer, dans le laconicum, qui était établi sur plan circulaire et couvert d'une coupole, on se servait d'un procédé que Vitruve nous fait connaître ^. « Une ouverture circulaire devra être ménagée, dit-il, au centre de la coupole, et de cette ouverture pendra un bouclier d'airain, qu oiî montera et qu'on descendra afin de régler la température de la pièce. » Ce système permettait de laisser échapper plus ou moins de chaleur, comme par une fenêtre ouverte.

Les caldaria étaient munis de vasques \^lahrum) et de baignoires (alveus, piscina), plus ou moins grandes. Les premières fournissaient l'eau nécessaire aux douches et aux ablutions; le pourtour étant assez développé pour qu'on pût y circuler librement ou s'y asseoir, en attendant le moment d'y puiser après d'autres. La baignoire était munie de quelques marches à la partie antérieure ; on s'y accroupissait pour se baigner, quand on ne voulait pas descendre jusqu'au fond.

Nous avons déjà dit que, pour obtenir la chaleur qui, par le soussol se répandait dans le caldarium^ on installait à l'entrée de ce sous-sol un ou plusieurs foyers, qu'on alimentait avec du bois ' ; ils étaient plus ou moins grands, plus ou moins nombreux, suivant la grandeur des salles. Les thermes de Timgad, dont le plan figure à la

1. Par exemple à Teliouda on Alj^érie (Toucliard, liée, de Constani^ne . XXXV, 1901, p. 151 et sui\ ;.

2. Voir un spécimen dans Hallu et Caj^nal, Musée de Tiniqad. pi. .\i. 7.

4. Gi'néral Morin, i\ote sur les appareils de chauffage et de venliUition employée par les liomains pour les thermes à air chaud [Mémoires présentés par divers savants A l'Académie des Inscriptions, VIII, 2' partie), p. 3'i7 et siiiv.

page 2l5,ne possédaient pas moins de dix foyers (b), dont deux très importants ; on les aperçoit sur le plan que nous donnons (fig. 116).

AU SOUB-SOI^ «^ ffTFOCA U£fT£A

h aaui,aip j?»

Vi'^. lit). — Sous-sol des Iheimosde Timjrad, dont le plan est reproduit à la fifTure 111.

On y distingue aussi à Tangle sud-est(i), le magasin où Ton entassait les provisions de chauirage. Il est à noter que quelqiies-uns de ces foyers sont situés directement sous les baignoires à eau chaude. Kn outre, dans deux des chambres de chaulFe. les plus grandes, on a signalé l'empreinte d'une chaudière de forme cylindrique, de I m. 05 de diamètre, qui était destinée à approvisionner dcau chaude rétablissement. Il en de même aux thermes de Pompéi ; mais là ce sont trois chaudières juxtaposées que Ton a retrouvées, lune immédiatement au-dessus du foyer, les autres à côté. (]eci est conforme aux indications de Vilruve qui s'exprime ainsi ' : « Les chaudières doivent être groupées au nombre de trois, unt' pnur l'eau cluiude.

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