‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 306 sur 509 · ALLÉGORIES DIVINISÉES · texte numérisé non relu

ALLÉGORIES DIVINISÉES

fait, ces li};ures allégoriques ne se précisent à nos yeux pour la plupart, et encore assez peu, que grâce à la numismatique, car des légendes accompagnent fréquemment les types monétaires. Nous n'en citerons presque aucun, afin d'abréger ', et nous nous bornerons, dans une énumération rapide, à indiquer le sens général de chaque allégorie et les attributs qui lui sont conférés.

Parmi ces déesses — Honos seul est un dieu — , une première série, la moins nombreuse, comprend celles qui intéressent la vie privée autant que la vie publique.

Copia -, l'Abondance, très facile à confondre entre plusieurs, a la couronne crénelée et, naturellement, la cornucopin. Ops •^, qui représente surtout la prospérité agricole, est assise sur son trône avec le sceptre ou le globe, et des épis en mains. Salus ', qui est un aspect de Forluna, limitée aux circonstances critiques de la vie, fut en rapport sur le tard avec Ilyqie, ce qui lui valut l'attribut duseï*pent. Sur une coupe d'argent trouvée en Espagne ', la Salus Umeritana (de la ville d'Umeri) paraît une source divinisée ; car Salus y est une jeune femme couchée, accoudée sur une urne, d'où s'épanche l'eau salutaire qu'utilisent les personnages dans les autres scènes du vase. Félicitas ^\ déesse des événements heureux, et en particulier de la fertilité, tient la patère et une corne d'abondance, souvent le caducée; quelquefois un rameau s'y ajoute, ou même le capricorne. La Tranquillitas ' est essentiellement celle que Ton désire sur les tlots ; aussi est-elle figurée par une femme debout, avec un dauphin et un sceptre, ou bien un épi et un gouvernail '^.

A côté de ces allégories qui se réfèrent à un avantage obtenu, d'autres expriment des qualités morales. Fides ", la bonne foi dans les conventions publiques ou privées, est généralement debout,

1. Il serait facile d'en trouver dans les répertoires de Grueiier, |)our les monnaies de la République, et de Cohen poiu' les impériales. On en verra de reproduits dans les articles illustrés auxquels nous renvoyons.

2. Pottier, dans Saglio, Dict. des Ant. ; H. licier, dans Rosclier. I.exiUon : -Vust. dans Pauly-Wissowa, Heal-Encycl.

^. Hild, dans Saglio, Dicl. des Ant.: W'issowa, dans Itoscher. Lexikou.

1. Mild, dans Sajjrlio, Dict. des Anl.; Wissowa, dans Rosclier, Lexikon.

.">. Safîlio, op. cil., Vi^. 0089; S. Reinacii, Reliefs, II, p. 195, 3.

6. Adr. Blanclict, dans Sa^lio, Dirt. des Ant. ; Slending, dans Rosclier. Lpxikon; Otto, dans Panly-\\'isso\va, lieul-l'ncycl.

~. Lafaye, dans Sa^lio. Dict. des Ant.

H. Cf. l'autel dAntium, dédié à la Tranquillité : Saglio. i7)ù/.. (ig. 70.38 ; S. licinacli, lieliefs. III. p. 179, 6 ; on y voit un navire voguant.

9. Uild, dans Sagiio, Dict. des .Ant. : Wissowa. dans Hosclier. Lcxibon : Otln, dans Pauly-Wissowa, Real-Encycl.

amplement drapée et voilée; elle tient des épis, une corbeille de fruits, des pavots, une Victoire, le g-lobe surmonté d'un phénix, plus rarement une patère, un gouvernail ou une corne d'abondance ; mais son emblème le plus habituel est l'aig-le des légions ou un étendard, quelquefois double, qui montre que l'allusion à la foi nationale a bientôt prédominé. L'Aequitas ' est symbolisée sous les traits d'une femme en pied, tenant les balances et un lonjj bâton qui doit être la perlica, instrument de mesure. La Pietas - a été 1 objet de représentations très variées; ses attributs sont :1e rameau et le sceptre, la corne d'abondance et le gouvernail, la cigogne, le globe, un autel allumé, des instruments de sacrifice, deux mains jointes, la chèvre allaitant Jupiter ; parfois elle a un enfant dans les bras. La Pudicitia •^, protectrice de la chasteté des matrones et que n'avaient pas droit d'invoquer celles qui avaient eu un second mari, parait debout ou assise, parfois enveloppée d'un voile, mais sans emblèmes. L'Espérance (Spes) ■*, dont le prototype grec, Elpis, n'avait été l'objet d'aucun culte public, est représentée par une femme soutenant sa robe et offrant une fleur. La Libertas ' a pour emblème essentiel un bonnet de forme ronde, auquel peut s'ajouter le sceptre.

Les divinités de la deuxième série se rattachent bien plus étroitement à la chose publique. Plusieurs concernent les faveurs accordées au peuple. La Providentia " a un globe à ses pieds ou à la main, à moins qu'elle ne le montre avec une baguette, et tient dans quelques exemplaires une corne d'abondance ou des épis, symboles de la prévoyance des empere^urs assurant l'approvisionnement de Kome.'LaLiberalitas ", debout, est munie de la corne d'abondance et dune tessère, ou bien elle distribue des pièces de monnaie, du haut

I. Itiisclier, dans son Lexikon; Saglio, dans sou Dict.; .Vust, dans Paiily- Wissowa, Heal-Encycl. Sap^lio estime, on ne sait ponrquoi, que celle intéfrrilé est surtout ocUc qui doit ])i'ésider à la fabrication des monnaies.

'2. .\dr. Blanchct, dans Saj^lio, Dict. des A ni. ; \\'issowa, dans Rosclier, Lcrikon.

3. Peter, dans Rosclier, Lexikon: De Decker, dans Saglio, Dict. dex Ant.

4. Wissowa, dans Rosclier, Lexikon ; llild, dans Saplio, Dict. des Ant. (Celui-ci parle à tort du type " le plus probable », puisqu'on a des types avec légende. J-cs artistes ont exploité, non pas « une représentation archaïque de \'énus ).. mais le type des koriii ioniennes ; cf. P. Perdri/el, li. C. //., XX.W'III

191 1\ p. 9i et fig.2j.

.). Hlanchel, dans Saglio, Dict. des Ant. : W'issova, dans Rosclier, Lexikon.

a. Blaucliet. dans Saplio, Dict. des Ant. : Peler, dans Rosclier, Lexikon. 7. Hlaucliet, dans Sa^dio, Dict. des Ant. : Steudiiif,', dans Rosclier, /.euTfon.

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d'une estrade qu"uu homme gravit pour les recevoir. Mais l'Annona ' elle-même qui, d'après les inscriptions, fut lenue pour une dresse, ligure sur certaines médailles, réunie ou non à Cérès, avec la corne d'abondance, le moclius, des épis, un vase, une ancre, une proue, un g-ouvernail. Quant à la Laetitia et à YHilarilas que signalent les répertoires, il les en faut rayer. L'épigraphie ignore ces divinités, et M. Froehner a montré - que les légendes des pièces où on croyait les retrouver avaient été mal lues : il s'agit de la joie «< de l'empereur » prodiguant ses largesses, et les types sont ceux de lAbondance, de l'Annone, de la Providence ou de riùernité.

Les vieilles allégories de la prospérité semblent avoir été détrônées, au m'' siècle de notre ère, par l'Abundantia ^ qui, de sa cornucopia, laisse choir ses présents, exceptionnellement des pièces de monnaie, et plus rarement tient des épis ; etpar l'Ubertas "',avecla corne d'abondance et une bourse, ou une grappe de raisins et une ■ouronne. Toutes deux indiquent sans doute les heureux effets du -ige gouvernement des empereurs.

De même Juventas "'. dont le culte avait été pourtant ravivé par I influence de celui dllébé, et qui protégeait seulement la jeunesse mâle, ne concerne bientôt plus que \ep?-inceps jurent u fis, l'héritier du trône : on en faisait une femme drapée, patèreenmain et répandant de l'encens sur un turihuhim. La Fecunditas '"' ne fut que la personnification de la fécondité des impératrices romaines : c'était la princesse nommée sur la monnaie qui figurait la déesse, avec des enfants autour d'elle. L'Aeternitas " s'entendait de celle de l'empereur : elle était symbolisée par une femme debout, ou assise sur une sphère parsemée d'étoiles, tenant le sceptre, le globe, ou un phénix, l'oiseau (|ui renait de ses cendres, ou flanquée du Soleil et de la Lune. La Constantia % avec la corne d'abondance et le sceptre,

1. ?af,'Iio, dans son Dicl.des Ant.: U'issowa. dans Uosclior, /.e.r/A'on : ( KliK-r, dans Pauly-Wissmva. Uenl-Enciicl.

•J. Revue nuniismnlique. 1907, p. .3jj-.$t'>l.

3. Wissowa. dans Hoscher, Lexilion : Ausl, dans Pauly-Wissowa. Healhnvifcl.

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