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On s'est demandé si les reliefs n'avaient jamais traduit l'idée du dernier voyage que sous une forme impersonnelle, si aucun ne renfermait une allusion au genre de mort subi. Cette dernière hypothèse s'est présentée naturellement devant un marbre du British Muséum *, dont le sujet demeure aussi énigmatique qu'indéchiffrable son inscription. Trois hommes, en costume sommaire de pécheurs, derrière lesquels quelque génie ailé des vents souffle dans sa conque, tirent avec des signes de désolation un grand filet ouvert, d où émerge à demi un corps d'homme inanimé. Est-ce un noyé, un naufragé, que l'on ramène de celle manière insolite? La difficulté n'est point résolue. Du reste, pour traduire le passage de celte vie à la vie souterraine, l'art de ce temps recourt de préférence au voile de l'alléurorie.
i;; 11. — Allégories mythologiques.
Il n'y avait qu'à puiser dans le réperloire infiniment varié de la mythologie ; déjà les sculpteurs de cippes y ont fait quelques emprunts, mais ces thèmes convenaient moins à des champs aussi réduits et au parli plus simplement décoratif du commencement de l'Empire. Avec le ii^ siècle, et les sarcophages qui dès lors se multiplient, c'est une vraie floraison de reliefs mythologiques ; on les trouvera classés dans le grand répertoire de Cari Robert '-. Nous nous proposons ici de passer en revue les sujets les plus souvent traités, dont la notion est indispensable à l'inlelh'gence des pièces de musées, et dont on peut attendre constamment de nouveaux échantillons.
La plupart se rattachent à cette idée de la fragilité des choses d'ici-bas, et il paraît incontestable que le choix du motif fut quelquefois en rapport avec le défunt, son âge, son sexe, sa condition; sans quoi Ton ne comprendrait point qu'il fût donné à l'un des héros de la scène les traits de la personne ensevelie ; que le mort fût un Endymion, la morte une Penthésilée, coiffée selon la mode du temps. Or on a de cette pratique d'assez nombreux
1. Sculfil. afiir. Mus.. U\. n» 2.i08. pi. .\.\viii; Heinacli, Relie/s. III, p. 238, 1.
2. Die anlikenSarkophiKj-lieUefs, Berlin, f», 3 vol. parus : II. Cycles mythologiques (1800): III, 1 et 2. Mythes séparés (s'arrête A Méléagre), 1897 et 1904. Le tome I" comprendra les scènes de la vie réelle ; les autres tomes concerneront Bacchiis et son thiase.
Manuki. h'akchkologie komaimî. 38
594 VIII. RELIEFS Fr.NÉRAIRES
exemples. Mais, la plupart du temps, la scène est prise au hasard parmi celles qui ont trait à des destinées tragiques.
On pourrait s'attendre à rencontrer parfois, sur les sarcophages romains, le duel fratricide d'Étéocle et de Polynice, sujet cher aux Etrusques. Il n'en est rien ; mais les sculpteurs ont fait de larges emprunts aux autres légendes de la Grèce.
Elles fourmillaient surtout de comparaisons idéales devant les morts prématurées. Pour les enfants en bas âge, il y avait l'histoire d'Archémoros, abandonné un instant par sa nourrice au bord d'une source, où le serpent Tenlaça et létoulla; mais on l'a fort peu exploitée *. Une des plus touchantes était celle du jeune Hippolyte, l'innocente victime. Retenons seulement deux sarcophages où elle se trouve au complet : celui de Girgenti - et. plus remarquable, plus purement grec de tradition artistique, celui que le musée de l'Ermitage acquit de la collection Campana •'. Malgré le caractère tragique de l'épisode, le sculpteur, en bon élève des hellénistiques, n'a pu se tenir d'y mettre une note légère et galante : tandis que les suivantes s'empressent autour de la reine assise, prête à défaillir, mêlé au groupe un petit Eros espiègle — parfois il y en a deux — contrarie leurs efforts et cause tous les désastres; la vieille nourrice, rabougrie, un peu contrefaite, une vraie duègne, reçoit de sa maîtresse le message quelle va transmettre au jeune homme ; elle le rejoint au milieu de ses compagnons armés, de leurs chevaux et de leurs chiens. C'est ensuite la chasse, une ruée éperdue autour du sanglier, frappé à coups de lances, de pierres et de bâtons ; entîn la catastrophe : les coursiers affolés, se cabrant en tous sens, et, au bas du char, le héros embarrassé dans les rênes ou renversé et déjà sans vie.
L'histoire d Adonis fournissait aussi un sujet de choix, préférable même : car ce jeune dieu, qui renaissait après un séjour aux Enfers, rappelait aux survivants les espérances de la vie future. Il V avilit plusieurs traditions ; les sculpteurs d'époque romain»n'en ont traité qu'une, celle qui faisait de lui un chasseur adolescent, aimé d'.Aphrodite. Ses aventures amoureuses ne figurent (\ue sur quelques sarcophages ; d ordinaire ils représentent un
I . .\ulcl dEgnaliiis Nici'pliorus Moutraucdii. L'Antiquité expUifiiée, Paris. i:i9, f', V, pi. xxx).
2. Robert, Sarkophag-Meliefs. III, 2, 4'7-18, 152 ; Reinach, Heliefs. III. p. I •T. Monument i,\\. pi. ii-iii : Hcinacli. op. cit.. III. p. 191.
ALLÉGORIES MVTHOLOGIQDES 59.")
drame en trois actes rapides, sur un même tableau ', La déesse est assise sur son trône qu'ombrage par derrière une draperie ; Adonis, g^rave et respectueux, prend congé d'elle, et ses compagnons lenlraînent à la chasse. Soudain on voit surgir de son antre un farouche sanglier qui, malgré les chiens et les veneurs, fond sur le malheureux et d'un coup de défense lui perce la cuisse. A l'autre extrémité du panneau, on retrouve la déesse assise, cette fois éplorée, soutenant le blessé et recueillant son dernier soupir. Quelques monuments ajoutent une scène intermédiaire - : avant dexpirer dans les bras de son amante, il reçoit des soins empressés et vains ; on panse sa blessure : Eros lui-même prodigue ses attentions. Gomme auprès de Phèdre, le terrible enfant sinsinue encore, prend place aux pieds du trône d'Aphrodite, assiste à lâchasse funeste et entîn. durant l'agonie, caresse avec stupeur le membre traversé.
Un autre mythe encore plus exploité, c est celui de Méléagre . Kaveur étrange en vérité, car l'histoire est banale, sans aucune portée philosophique, embrouillée du reste par des traditions contradictoires, au milieu desquelles les anciens ne se reconnaissaient plus et où ils puisaient sans discernement. Fils d'(3inée, roi de Caljdon, et d'Althaea, lîlle de Thyesle, il apparaît avant tout comme le héros de la fameuse chasse du sanglier de Galydon ; ce monstre, envoyé par Artémis, à qui Œnée avait omis de sacrifier, ravageait les domaines du roi ; on partit à sa recherche, et l'animal tomba sous les coups de Méléagre. La déesse suscita alors une grave querelle, pour la possession des dépouilles, entre Galydoniens et Gurètes. Méléagre, rempart des premiers, tua les frères de sa mère, qui le maudit ; entendant la malédiction, les Érinves enlevèrent le jeune homme. D'autres disaient qu'Atalante était venue à la chasse, Méléagre ayant obtenu son admission, et qu'elleavait infligé au sanglier la première blessure. Méléagre lui ofTrit les dépouilles et tua les fîls de Thestios, qui les lui avaient ravies- Lui-méme périt sous les traits d'Apollon . Une troisième versiou \oulaitque les Moires fussent apparues à Althaea récemment accourhée, disant que l'enfant mourrait sitôt consumé le tison du foyer. Althaea éteignit le brin de bois et le cacha; mais quand Méléagre
1. Cf. S. Keinach. Staliiaire, I. p. â Louvre): Id.. Reliefs. III, p. .IJO, I ( Vatican); p. 241, 2 'galerie Doria-Panfili) : p. 316, 1 et 2 ^palais Rospigliosi:.
2. Elle remplace celle de la mort sur un sarcophage du Lalian (Iloherl, Sarkoph.ig-Reliefx. III. 5. 21 : Reinach. Reliefs. III. p. 272, I .