VIII. RELIEFS FUNERAIRES
de femmes, les Héliades ses sœur-;, qui le pleureront jour et nuit.
Pour la jeune fille dérobée à l'affection des siens, on trouvait également dans la mythologie des comparaisons idéales ; une des plus goûtées s'empruntait à l'histoire de Proserpine ' . Le rapt, par Pluton, de la fille de Déméter, el son retour l'avorisé par un autre dieu, étaient surtout le symbole du renouvellement des saisons. Il semble que l'on n'ait guère retenu, dans les allégories funèbres, que] la première phase de ses aventures, car l'enlèvement est presque] seul représenté. Sur quelques cippes, ce motif paraît adopté auf hasard, vu que l'un d'eux est au nom d'un homme -. La note galante y est particulièrement accentuée : Pluton est tout à sa3 conquête ; un Éros conduit pour lui les chevaux qui s'avancent surj un champ de roses. Quant aux sarcophages, on peut les répartir entre trois séries, en omettant les multiples variantes de détail. Dans la première se classent tous les reliefs où la représentation' est dirigée de gauche à droite, et où Minerve se montre hostile à l'acte de Pluton. L'n des plus remarquables est le sarcophage Barberini ' : Pluton, vieillard à face rébarbative, y est vêtu d'un manteau qui flotte derrière sa tète ; il emporte à pleins bras, sur sonj attelage dont les chevaux s'élancent, conduits par Mercure, Proserpine échevelée, la tète renversée, les bras levés, suppliante. Sous les chevaux, une femme allongée symbolise la Terre : un Eros] porte-flambeau vole au-dessus du quadrige. A gauche de Pluton, Minerve casquée semble vouloir lui disputer sa proie ; mais Diane | et Vénus retiennent la déesse courroucée, en saisissant le bord deson bouclier ; à l'extréniité gauche, Déméter voilée sur son charj attelé de serpents. Une deuxième série ne se distingue de la première que par l'intercalation, comme motif central, de la cueillette] des fleurs, h laquelle Proserpine se livrait avec ses compagnes, quand Pluton vint s'emparer d'elle ; on voit d'ordinaire la jeuneJ déesse agenouillée, la main droite posée sur une corbeille qui remplit un Kros ; Pluton la saisit par le bras. Comme type nousl pouvons retenir un sarcophage du Capitole (fig. 321) '■ . Beau-
1. Cf. Ém. (>ahen, au mol Proserpinn, dans Sa^lio, Dicl. des Anl., p. 700.
■2. Altmann. Grahaltiire, p. lo:. fig. 87, n" !I6 : p. 158, fig. 129, n°195; S. lieinach, Relie/'s. II. p. 474,2.
•3. Sajrlio, ihid., fig. 5824: Koscher. Leiihon. au mot Korè, p. 1375; S. Reinach, Heliefs, III, p. 159, 1. Autres : Ucinach, ibid., p. 25, 1 (Florence' ; p. 318,] 4 ; Baumeisler, Denkmiiler, I, p. 119 (palais Hospigliosi).
4. Voir aussi: S. Rcinach, Reliefs, II, p. 9, 7 (Aix-Ia-Chapellc) ; 19, l (Berlin ; III. p. 105. 2 (Pise) ; 158, 2 ; 25S, 2 : 255. 1 ; 297, 3 (Rome;.
ALLEGORIES MYTHOLOGIQUES
coup plus réduit, enfin, le troisième groupe, oiî le mouvement de la scène est de droite à gauche et où les déesses, ailleurs hostiles, ou incertaines, ici encouragent le ravisseur et barrent la route aux
Fig. 321. — • L'enlèvement de Pi-o?erpine (Cliché Alinari .
poursuivants '. Quelquefois encore on voit, sur un petit côté de la cuve, Mercure debout devant Pluton assis, avec Cerbère à ses côtés, et venant réclamer Proserpine enveloppée dans ses voiles -.
Un autre enlèvement avait inspiré les artistes de l'époque classique, celui d'Europe, qui, comme Ganymède, avait plu à Jupiter : le dieu, métamorphosé en taui'eau, l'emporta à travers les airs. Il est singulier qu'à l'époque romaine ce mythe ait perdu presque toute faveur ^ .
Nous avons au contraire plusieurs représentations du massacre des Niobides, sur des sarcophages dont quelques-uns sont parmi les plus beaux spécimens, pour l'époque d'Hadrien, de ce style « continu » * défini par WickhofT, et que nous étudierons avec les Reliefs historiques. Niobé, reine de Phrygie, avait eu six fils et six filles ; fière de sa fécondité, elle osa se comparer à Latone. Pour châtier un tel orgueil, cette déesse ordonna à -Apollon de percer de ses flèches les fils de Niobé ; celle-ci bravant de nouveau Latone, Diane à son tour transperça les six filles. T>es
1. Sarcopliairc de \icnne : ihid.. Il, p. I.")I. I : Haunieislei-. Uenkmiiler. i. p. 421.