‹ Manuel d'archéologie romaineChapitre 415 sur 509 · VIII. RELIEFS FUNÉRAIRES · texte numérisé non relu

VIII. RELIEFS FUNÉRAIRES

le même sens, à vrai dire accessoire. Enlin on doil tenir compte de la place occupée par le symbole lui-même. La scène où il figure couvre-t-elle la plus grande partie du champ? Est-il à la place d'honneur? Sa signification sera beaucoup plus sensible que s"il est très réduit et relégué dans un registre secondaire.

L'idée fondamentale à rendre était la séparation de l'âme ' d'avec le corps. Le corps est dans la terre, sous l'autel ou dans l'urne cinéraire : l'âme, en vertu dune tradition gréco-asialiquej est conçue sous les apparences d'un gros papillon. La jolie urne de Publilius Severeanus et de son fils Blolo. au \'atican -, montre sur la face principale un Éros tenant en main le papillon ; sur un côté, un autre essaie de le brûler à la flamme de sa torche: on songe au souffle vital que la mort anéantit ^. Sur un sarcophage, ou voit Eros tirant de l'arc vers un papillon '. Sur son tombeau, au musée des Thermes ■', C. Julius Saecularis présente lui-même de la main droite le papillon, son âme. A-t-on voulu compléter l'allusion? Toujours est-il que les ailes des deux Eros qui soutiennent, sous son image, le cartouche à inscription, ne sont pas des ailes à plumes, comme celles des oiseaux, mais des ailes toutes droites, courtes et plates, comme celles d'un papillon au repos.

Parfois aussi l'âme est représentée par un lézard ou par une cigale, une mouche, une abeille, plus encore par un oiseau : le même Julius Saecularis a un oiseau dans la main gauche, tout comme un des Eros du cippe de Severeanus tient une colombe, semblet-il. Oiseaux et papillons sont indiqués butinant dans les (leurs '", mais ce motif est bientôt devenu purement ornemental. In autre, en revanche, a gardé sa valeur d'emblème : c'est celui, d'origine hellénistique, de l'oiseau, généralement une colombe, buvant dans un vase qui symbolise une source, ici la source de Mémoire ; allusion au rafraîchissement, à l'apaisement de l'âme. Quelquefois c'est une llammc qui sort du vase, car l'âme est subtile et impalpable

1. (^f. <i. W'aser. clans Hoscher. Lerikon. cl G. Nicole, clans Sap:lio. Dirl. dzs Anl.. au mot l'ayche.

2. Allmann, GnihallUre. p. *2js etsuiv., cl 11^;. 201 : S. Heinacli, Iteliefs. lii. p. 366, ;5. Cf. deux Éros prenant les ailes d'un papillon : (îusnian. Arl décoralif, pi. xc:v-.\«:vi : Heinacli. op. cit.. III. p. .i.î". I.

.3. Voir TEros brûlant un pa|)illon sur \in aulel ivoire du F.ouvr»'. Saplin. op. cil., rijr. 0810).

4. Robert. Sarkoph-iff-lteliefs. III. I. 2-3. 11 : Hcinacli. /fe//>/>, III. p. ', 3. .1. Hcinacli. ihid., p. \'i. 1 : .\llniann. 'ir.i/).i//,ïre, p. 218. n° 28î.lip. 170. 6 Allmann. op. cil., p. i7, i\g. .36-37: p. 09. n" 81, llj.'. «3.

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comme le feu. Mais ce qui montre chez le sculpteur l'oubli du sens mystique des objets, ce sont tels rapprochements qui aboutissent à u.i non-sens : sur une des faces latérales du bel autel d'Amemptus ^ est figuré un canlhare, sur le bord duquel perchent deux oiseaux : l'un a une larve au bec, l'autre semble se désaltérer dans le vase, d'où une ilamme pourtant jaillit. La même déviation du symbole primitif semble manifeste lorsqu'on voit des oiseaux tenant dans le bec, ou se disputant, un lézard -, une ci^^ale •* ou un papillon ■*. C'est dans le monde entier •' que l'on retrouve cette conception de l'âme des morts sous la forme d'un oiseau ; mais en Grèce, dès l'époque homéric[iie, était née dans l'imaffination populaire une conception, que les Uomains se sont appropriée, bien plus orij^inale et plus parlante : celle de la Sirène '', oiseau à tête de femme, esprit des tléfunts ; on la rencontre sur quelques cippes ", dû elle évoque l'àme apaisée qui participe aux peines des vivants. M. Weicker a d'ailleurs établi qu'un grand nombre de créations secondaires de la mythologie, Sphinx, Harpyies, Érinyes, Nymphes, ne sont que des esprits des morts, de simples variations du type fondamental de l'âme ailée. .Aussi, quand l'art gi'ec conçut le type si gracieux de la l'syché, l'âme par excellence, représentée par une fillette, lui prêta-t-il naturellement des ailes de papillon, qui rappelaient clairement son origine, le souille aérien et fugitif. Ce joli couple de Psyché et d'Kros figurant l'âme humaine unie à l'Amour est devenu très vite un sujet de genre ; pourtant cette image sereine de la félicité d'outre-tombe est restée un des ornements habituels des sarcophages romains^. CeluiduCapitole(fig.3"26), 4>ù le sculpteur s'est inspiré de la légende de Prométhée, ne montre pas Psyché moins de quatre fois sous différents aspects ; on y voit notamment Minerve qui, pour animer l'homme nouvellement créé, pose sur sa tète un papillon, et Hermès psychopompe élevant

I. .Vltinauii, op. cil., |)1. II, 1 : n 111. p. IIi> cl sui\.

•-'. Ibid., p. 72, n" 19; p. 80, n" il.

i. Ihid.. p. 108, n'>99: p. 81, n" 4.5, fij;. (is.

i. //)/(/., ]). S-i, 11" iO : p. 8". n" :>2. (ijr. 72: p. îH, n'Ol, lif.^, 70; p. 96, n" 72. li^. 80.

1. Cf. Waser, Archiv fur lielinionmrissen.ichii/ï. XW (lîtlll), p. .1.36-388.

•i. Weicker, Der .S'ee/enrof/c/. Loipzij::, 190;i, H'\

7. .Mtinann, op. cit., p. loi, ii' 18i, fi;;:. 126 la Sirène est dans une coquillo («•nue par deux Krosi ; p. 118, n" 112 elle joue de la llùte, niolif hellénisliquel.

H. On trouve très rarement Éros et, Psyelié sur le.s cii)pes : viiir cxceplionnollement S. Reinach, Relief.^, III. p. 28. 3 : .\llniann. (irnballiirc, p. 277.

MU. RELIEFS FUNIiRAlRES

une petite fig-urine ailée, drapée dans un long péplos. D'ordinaire Eros et Psyché sont enlacés, se rient ou s'embrassent ^ suivant le type créé parla sculpture hellénistique, et il est tel sarcophage où ce couple reparaît, à la fois dans la grande scène qui couvre l;i cuve, et dans les panneaux à arcades ménagés sur le couvercle ^. L'n autre symbole de la mort, c'est l'Éros dormant, avec la

Fif,'. 326. — Promélhée : symboles divers de Psyché Cliché Alinarij.

nudité héroïque et le calme serein que lui coulerait la tradition italiote. Le voici sur une des faces de Tautei de Severeanus ^ : il repose debout, les jambes croisées, un bras appuyé sur l'autre que soutient un flambeau renversé ; il a déposé derrière lui son arc et son carquois.

Le sphinx, dont nous avons vu le rôle décoratif sur les cippes. étant par ailleurs un symbole funéraire importé de l'Orient, il était indiqué d'arriver par lui à la scène d'Œdipe résolvant i'énig'me '* et même à toute l'histoire de ce roi, assombrie par le meurtre de Laius '.

1. Hcinach, ItéUefs, II, p. 147, .5 : IIl, p. 110. :\: 113. 2; 2ô2, 2:294,2 : 2'.»5. 1.

2. Ibid., II, p. 535; Hobert, Sarhoijhari-Keliefs. lil. I. 24. 83.

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