IX. RELIEFS A SUJETS HISTORIQUES ET MILITAIRES
cette pièce-là vaut comme tête de série. Sans doute le sujet, pour une bonne part, a quelque chose encore de général; l auteur a choisi une scène des plus courantes, d'ordonnance invariable, les suovetaurilia ; mais la partie gauche du relief concerne un épisode donné et Ton ne saurait dire si le sacrificateur dressé en face du taureau n'est pas un personnage qu'une documentation moins pauvre nous permettrait d'identifier.
Notons bien en elfet, après d'autres ', le sens complet de ces mots : relief historique. Aujourd'hui, la peinture d'histoire s'attache à des événements éloignés; son plus grand attrait est dans la reproduction d'un cadre, d'un milieu qui contraste avec les spectacles de chaque jour, où l'architecture, le mobilier et les costumes attirent l'ceil, habitué à en voir de très différents. Il y prend un plaisir analogue à celui que procurent les recherches d'exotisme. ^ Au contraire, l'art historique romain concourt essentiellement à la glorification du présent ; il ne connait aucune curiosité érudite; c'est un art de commémoration immédiate, ou à peu près, qui convient à merveille à un temps d'absolutisme, national dans celle mesure même, et qu'on dirait loyaliste si l'initiative, bien souvent, n'émanait précisément du souverain.
Pour la même raison, il tend à perpétuer le souvenir des événe-i ments qui intéressent l'empire tout entier; les événements historicjues d'ordre local semblent avoir été très rarement consignés de la sorte. Citons pourtant, à titre d'exemple, les reliefs -du laraired L. Caecilius Jucundus à Pompéi, représentant les destructions causées dans divers quartiers de la ville par le tremblement de terre de l'an 63.
Nous ne pouvons pas nous borner ici, comme dans les chapitres précédents, à faire choix de quelques scènes caractéristiques, sans nous trop préoccuper des monuments qui leur ont servi de support; .^ car la nature de ces monuments, leur forme surtout, ont eu uae^ ' inlluence considérable sur l'évolution du genre. Nous le reconnaî-i Irons au mieux en suivant Tordre chronologique.
Pour exposer de grandes scènes en relief, les Grecs utilisaient avant tout leurs temples; cette ressource a manqué aux Romains: la Home impériale a bâti surtout des lem|)les ioniques ou corin-
'. l'iir cxciiiiili', Slroii};, Hoin. Sculpture, p. ;i(-;<S. ^^
■J. 'riirdeiial, f'onipèi. I, p. 18. fij;. 9 et 10; l'un deux (Unis |{.'iuin(;urleii, Uellen. niin. Kullur, p. S.iT, (ifr. 300.
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Ihiens; or à celte époque il e;;t dusag-e constant que les frises de ces édifices ne comportent pas d'autre parure que des motifs de pur ornement : palmeltes, rinceaux, masques, bucranes, animaux allrontés. etc.; quant aux tympans, dans la règle ils restent vides. Nous rechercherons donc les sujets à étudier sur des monuments d'un tout autre g-enre, principalement sur les monuments triomphaux, pour lesquels les Romains ont su créer, dicter tout au moins, des types dune indéniable originalité; mais notre enquête se poursuivra bien au delà, jusqu aux objets de dimensions très restreintes.
s; II. — L'url auc/ustéeii.
Les victoires d.Augusle et de ses légats, la paix et la prospérité qui en résultèrent, avaient produit sur tous les esprits une impression profonde : elle ne tarda pas à se traduire plastiquemenl tout comme dans les n'uvres littéraires. Le relief historique servit aussitôt à l'exaltation des mérites du prince; une idée ingénieuse fut de \ouloir qu'un tableau figuré de ses exploits fît corps avec sa propre image sans l'écraser, d'où les reliefs de la statue de Prima Porta ' '^fig. 328 . Nous possédons bon nombre de cuirasses historiées, une centaine environ - ; mais la plupart ne dépassent pas le niveau médiocre de la production industrielle; il en est autrement de celle-ci qui, trouvée dans la villa préférée de Livie. fut peut-être commandée par l'impératrice, et à un artiste véritable. L'exécution aura suivi de très près les événements représentés; elle doit remonter aux environs de l'an 16 avant J.-G. Au centre, un officier romain pprsonnifiant l'État et un Barbare, un Parthe, qui remet au premier une aigle légionnaire, capturée par cette nation lors de la défaite de Grassus, qu'Auguste a définitivement vengée. De part et d'autre, un homme, une femme, tristement assis, images de deux peuples soumis par ce prince, les Sicambres et les Cantabres, dont les costumes et attributs sont fidèlement rendus. Le reste est allégorie mythologique : dans le haut, un vieillard. le (jcl. déployant
1. (2oiirl)aud. op. cil., p. <).> et siiiv. : Vv. StiHiniczl\a. litim. Mlllh.. WX
l!MO). p. 27-55. I^a statue parait drriver d"iin orij,'inol pci'jrainénicn K. W'iWckc.
Beitriiffe znr Ge.sch. des Tropaious. dans les liniiner Jahrhin lier. 1911. p. 5S :
Ad. .T. Rciiiacli, Rev. des Élinl. rjrerq.. \X\'l M'.tl3j, p. 391 et suiv.); mais on
n'en peut dire autant, vu leurs sujets, des reliefs de la cuirasse.
'J. ("f. von Holuleii. ilans les Bonner Slinlien H. Kolmle (jeiriilim'l. IsOd, S".
1\. RELIEKS A SIJETS HISTORIQIES ET MILITAIRES
son manleau, c'est-à-dire la voûte céleste, pour donner libre carrière au qundrii^e du soleil, précédé de deux fif;ures ailées : lAu-
rij;. 3:'^. — (jiirassf tic l'Anirn^U' île l'iiiiia l'orla Cliflu- Muscioiii
rore, qui élève sa torciie, la Hosée. qui tient le vase d'où va s'épandre l'onde lé^à-re el bienfaisante; tout en bas, la Terre, selon sa physionomie habituelle, et, au-dessus des hanclies de l'empereur,
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Diane montée sur un cerf, Apollon citharède sur un griffon. Ce dernier groupe a peut-être pour objet une commémoration de la bataille d'Actium, à laquelle les Romains croyaient que ces deux divinités avaient pris part; cette participation fut même célébrée dans une frise monumentale du plus beau style, dont il ne reste plus qu'un fragment passé dune collection particulière de Munich au musée de Budapest ' : Apollon lyricine, assis, est appuyé contre un trépied ; derrière, troi^ personnages, dont un tubicc.n, s'avancent processionnellement.
On notera ici l'adroite disposition des plans; la sensation de profondeur serait relativement facile à créer dans une frise avec base d appui, où peut trouver place le haut-relief, presque ronde bosse. Sur une cuirasse il convenait de se borner à une faible saillie; admirons donc, comme ligure de fond, ce chien, au contour finement dessiné, qui se profile derrière son maître. Dans cette oeuvre, mythologie et histoire ne sont plus séparées comme sur l'autel d'Ahenobarbus; elles sont entremêlées et harmonisées.
Le progrès se marque plus encore sur V Ara Pacis, où la mythologie recule en ce quelle couvre une surface infiniment l'éduite. Laissons la répartition des reliefs, sur laquelle les fouilles récentes n'ont point encore réussi à projeter la lumière -, et même la forme générale du grand autel ^ dont l'analogie avec celle de l'autel de Pergame n'est point prouvée. Il reste indubitable que de longues zones ininterrompues faisaient le tour du monument, à l'intérieur et au dehors peut-être, indubitable aussi que la partie purement décorative et mythologique le cédait en importance au sujet essentiel : ce sujet, c'était la procession solennelle qui tous les ans, le 30 janvier, devait amener au pied de cet autel les prêtres et magistrats de la cité et s'achever par des suovetaurilia. Sujet d'ordre général et d'intérêt permanent, remarquons-le ; la fête en question est appelée à se reproduire durant de longues années, avec le cérémonial traditionnel que maintiendra le conservatisme religieux; et, en cela, VAra dédiée au début de l'an 9 avant J.-C. rappelle encore la conception hellénique.
1. Slronj,'. Jinm. Sculpture, pi. vu: S. Hoiiiach, Hclic/'s. II, p. IIJ, 1.
2. Voir la littérature récente dans S. Keinacli, Reliefs, 1, p. 232 (et les additions en tcte de ce vol.); cf. aussi Klienne Michon, Monuments Piot, XVII (1910), p. Iij7-I80. A tilrc de curiosité. sif^iialons la restauration de Dvirni, /J.tukunst der Rômer. fiK. ^<i.