XIII. LES RELIEKS DE CÉRAMIQUE PEINTE
temps, mais négligée après Auguste dans la production courante. Parfois, le moule enlevé, on procédait à une revision du modelé, à des perfectionnements de détail, avant la mise au four. Il y eut certainement aussi quelques morceaux exécutés entièrement à la main et à l'ébauchoir. mais presque tous sont tirés d'un moule ; on voulait des prix modérés, avantage principal de cette céramique ; les vrais ouvrages originaux ont dû être très rares. Moules et moulages, tout s'exécutait probablement dans les mêmes . ateliers. Comme pour les tuiles, on ménageait un premier séchage sur le sol. préalablement à la cuisson. Ces deux opérations entraînaient, suivant les circonstances, un retrait de la matière plus ou moins prononcé; aussi, entre exemplaires extraits du même moule, peutil y avoir une dill'érence. dans les dimensions, de quelques centimètres. La marque de fabrique, c'était un nom, celui du maître de l'atelier, imprimé, peu souvent, il esl vrai, dans l'argile ; la signature de Vales, c'est-à-dire \'alens T' siècle de notre ère, est la plus fréquente.
Sauf pour la basse époque, on peut croire ((ue ces reliefs de céramique ont presque tous reçu de la couleur ; beaucoup en gardent encore quelques vestiges. Tantôt elle était posée directement sur la couverte d'argile fine, tantôt on interposait encore un enduit terreux uniforme, un engobe blanc, surtoutdans les ouvrages de date tardive; l'engobe y est plus épais et par places demeure i-éservé, concourant avec la polychromie à TelTet d'ensemble. Fonds et reliefs s'opposaient par des couleurs distinctes ; en outre, rien que pour les fonds, on adoptait parfois plusieurs tons diirérenls : le bleu, le jaune et le rouge. .Au début, il y eut une préférence marquée pour les nuances som!)res ; les nus étaient rendus en jaune clair à l'époque d'Auguste ou fournis par l'engobe blanc non recouvert. C'est dans la même période que la gamme des couleurs offre le plus de variété ; mais en général elle ne fut jamais très riche. Presque toujours le décoren bordure ou d'encadrement affecte des tons tout autres que le sujet proprement dit et les figures. Pour l'apposition des couleurs, on entrevoit deux procédés concurrents : ou bien, une fois en place, le panneau céramique les recevait; ou bien on les étendait avant la cuisson, qui les incorporait plus solidement à rarf;ilc.
Nous savons assez mal, ayant surtout recueilli des panneaux isolés, comment ils étaient disposés sur un édifice. Il y en avait peu, croit-on voir, aux corniches, excepté dans les frontons: il s'en mettnil aussi au faite des constructions. Il dut arriver qu'on en
HISTOIRE ET TECHNIQUE tVé
recouvrit toute uiie surface ; d'autres s'y espaçaient comme des tableaux. Sans doute est-ce à l'extérieur des bâtiments que, normalement, ils prenaient place : contre les temples, les demeures particulières, les théâtres, les tombeaux ; mais sur le tard on en tixa également à l'intérieur des maisons et dans les thermes publics. Quand on les employait par i^randes séries, on pouvait, ou juxtaposer les mêmes tableaux et produire une frise ininterrompue, ou faire alterner des sujets différents, mais apparentés ou se complétant l'un l'autre. Peut-être y eut-il de grandes scènes développées en un nombre multiple de plaques, mais ce dut être exceptionnel. Ce que nous connaissons de plus compliqué en ce genre, ce sont les trois panneaux du Louvre se raccordant, qui représentent les quatre Saisons, précédées d'Hercule chargé d'un gros porc, aux noces de Pelée et de Thélis ^
C'est vers le milieu du dernier siècle avant J.-C. que commencèrent à se multiplier les recherches, en vue d'orner les constructions avec des reliefs d'argile à figures^. Nous avons de cette époque de rares échantillons, au style rude, énergique : ainsi la plaque de corniche au Palais des Conservateurs ^ (canthare entre deux panthères), ou encore le panneau de l'Antiquarium de Berlin * (Arimaspe à longue barbe, vêtu à l'orientale, le bouclier au bras gauche, renversé par un griffon vers lequel il se tourne à demi). Les ateliers de Caere (Cervetri) furent de ceux où cette technique obtint les meilleurs succès; des ouvriers grecs y travaillaient; ils reproduisaient des motifs grecs. On s'en inspira à Rome, et le goût pour les figures devint prédominant, malgré la tradition étrusque tout opposée. On admit aussi cependant des types décoratifs sans figures : palmettes, spirales, lotus, masques de Gorgone, vases, guirlandes, masques de théâtre disposés sous des arcades, masques bachiques, masques de Pan. On les utilisait de préférence pour les plaques de revêtement, comme le prouvent les trous qui sont ménagés dans la terre cuite, afin de donner passage aux clous qui servaient à les fixer.
Dès le règne d'Auguste, la céramique peinte atteint à l'apogée :
1. Uohden, pi. xi, xlvii : Reinach, II, p. 262, 1. 3. Rohden, p. 5.3».
3. Rohden, pi. i, 2 — le nom du fabricant iir saurait v[ic restitué; cf. Reinach, III, p. 21.3, 1-S.
1. Rohden. pi. v. 1 ; cf.. au Louvre, Reinach, II, p. 298, 3.
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1res prospèi'e pendant loul le i" siècle et au débul du second, elle déclina sous les Antonins. La production comprit parallèlement des reliefs tout classiques de sujet, exécutés sous 1 iniluence hellénique el celle de (^aere, et d'autres, île caractère réaliste, empruntant leurs motifs à la vie romaine. Le modelé, plutôt plat à l'origine, alla saccentuant ; les formes, assez élancées dans le style de (îaere, se llrent plus rondes, et de plus en plus réalisme et mythologie se pénétrèrent.
ij II. — l^es sujets.
Le répertoire de cette céramique est très étendu ; passons rapidement en revue, en nous arrêtant à quelques exemplaires de marque, 'les sujets principaux ; bien peu font défaut dans la série (^ampana du Louvre. La mythologie y lient une place importante, mais plutôt par les mythes secondaires et les ligures de comparses.
On rencontre, il est vrai, une scène de la jeunesse de Jupiter : deux ou trois Curetés dansant et frappant sui' leurs boucliers audessus du dieu enfant, assis par terre près de son foudre, ou aux bras d'une femme qui lui prodigue des soins * : lu dispute du trépied entre Apollon et Hercule; Athéna construisant le navire Argo et inspectant la voile, dont un des ouvriers \a planter le mât, tandis qu'un autre, à lavant, enfonce un clou ou travaille au ciseau -; Déméter assise entre Proserpine el Xéoptolème : Dionysos chez Icarios •', ou dans son char trainé par deux panthères, |)endant (piiine Ménade l'abrite avec une ombrelle, ou bien endormi dans les champs au niilieu des chèvres, sous un arceau de pampres '. (lest encore la série des travaux d'Hercule qui. pour linir, triomphe, canthare en main ; son attelage de lions esl précédé de Pan qui porte la massue '*. C'est lecycledes li-avaux de Thésée : le héros, soulevant une énorme dalle, retrouve au-dessous les armes de son père"; ou celui-ci, sur les conseils perlides de Méilée, donne du poison à Thésée, puis se i-avise, sitôt (pi'aux