‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 10 sur 370 · FORMATION DU STTLB HISTORIQUE ET MONUMENTAL · texte numérisé non relu

FORMATION DU STTLB HISTORIQUE ET MONUMENTAL

qui, dans une église d'Euchaîla, représentaient les épisodes de la légende de saint Théodore. Astérios d'Amasie rapporte que les gens riches de son temps faisaient, par dévotion, broder sur leurs vêtements les miracles du Christ. Mais le texte le plus curieux en ce genre est celui où le même Astérios a décrit une étoffe conservée à Chalcédoine, auprès du tombeau de Sainte Euphémie. On v avait peint sur la toile quatre scènes du martyre de la jeune femme, sa comparution devant le juge, les tortures qui lui furent infligées, sa captivité et sa mort. Ce qui frappe surtout dans cette description, c'est le réalisme brutal avec lequel les épisodes étaient représentés. « Les bourreaux, dit Astérios, vêtus seulement d'une tunique, accomplissent leur tâche. L'un d'eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en arrière : il la maintient ainsi immobile, exposée aux tortures ; l'autre lui arrache les dents. On voit les instruments du supplice, un maillet, un foret. Le peintre a si distinctement rendu les gouttes de sang qu'il semble qu'on les voie réellement couler. » La même recherche des effets violents se retrouve dans les épisodes de la légende de saint Théodore décrits par Grégoire de Nysse. Ce qui frappe également les écrivains qui nous ont transmis le souvenir de ces peintures, c'est la vérité des attitudes et des expressions que les peintres avaient su donner à leurs personnages, la façon dont ils avaient traduit leurs sentiments, pudeur, courage ou colère. « L'art, dit Astérios, sait en effet, quand il veut, peindre la colère, même au moyen d'une matière inanimée. »

De telles tendances, s'exprimant par un tel choix des sujets, devaient naturellement donner à l'art chrétien un aspect tout nouveau. Un des traits les plus caractéristiques est la grande place qui y est faite au portrait. Les figures prennent désormais un caractère plus précis, plus historique ; les types des principaux acteurs sacrés tendent à s'individualiser et à se fixer. Les compositions et les personnages s'ordonnent d'autre part en une symétrie plus solennelle. « Il faut, dit fort bien M. Bayet, établir une proportion exacte entre la décoration et l'étendue de l'édifice. Or tous ces héros de l'art antérieur, avec leurs allures modestes et familières, leurs vêtements aux couleurs peu éclatantes, seraient ici dépaysés ; on ne sentirait plus peut-être tout ce qu'il y a de noblesse et de charme dans leur simplicité. On cherchera donc à leur donner une dignité plus compassée, on modifiera leur attitude, leur démarche, jusqu'à leur costume ^. »

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