THEORIE ET METHODE DE KONDAROF
intime, c'est-à-dire d'après les matières qui y sont traitées et les sujets qu'ils représentent. On aura ainsi le groupe des Bibles illustrées, celui du Psautier, celui de rOctateuque, celui du Ménologe, etc. Dans chacun d'eux, on étudiera les manuscrits en s'efforçant de remonter au prototype dont ils dérivent, de caractériser ce prototype, d'en suivre le développement progressif et les ramifications successives, de reconnaître ce que chaque manuscrit a conservé de l'original ou dans quelle mesure cet original a été transformé au cours des étapes intermédiaires. Ainsi on comprendra vraiment le sens intime de ces miniatures et l'état qu'on en doit faire pour l'histoire de l'art.
Dans cette théorie du prototype, aujourd'hui fort à la mode, il y a assurément une part incontestable de vérité, et dans cette méthode, dont Kondakof a été l'initiateur, on aperçoit aisément tout ce qu'il y a de vraiment scientifique et de fécond. Pourtant on ne saurait dissimuler les réelles difficultés qui l'accompagnent, les dangers certains qu'entraînerait son application exagérée. Il n'est point aisé, d'une part, d'après des répliques de date souvent assez difTérente, d'apprécier exactement ce que fut le prototype, de déterminer à quelle époque il fut constitué, de reconnaître le degré de fidélité avec lequel les copies reproduisent l'original. A affirmer d'autre part trop absolument Tidentité entre les copies et l'original, on courrait grand risque de simplifier arbitrairement et de fausser la réalité des choses. Si presque tous les manuscrits grecs illustrés n'étaient vraiment, comme on l'a dit, « que des répliques de prototypes plus anciens * », si l'artiste avait toujours borné son rôle à n'être qu'un copiste servile, il faudrait conclure du même coup à la stérilité absolue de l'art byzantin, répétant indéfiniment lets créations de quelques artistes de génie.
Kondakof lui-même a mis soigneusement en garde contre ces excès possibles de la méthode. « Toutes les copies de manuscrits illustrés que nous possédons, dit-il, ne ressemblent pas d'une façon absolue à leurs originaux : au contraire, chacune d'elles a un cachet particulier ^. » Chaque siècle imprime à ces répliques d'un prototype lointain quelque chose de ses goûts propres et de ses tendances dominantes. C'est un fait significatif par exemple que de rencontrer, dans certains manuscrits d'un même siècle, une abondance plus grande de souvenirs classiques. C'est là, comme le dit fort bien Kondakof,