LE ROLE DE LA MINIATURE
bibliothèque deux rouleaux écrits en lettres d'or qui contenaient riliade et l*Odyssée et des Evangiles magnifiquement illustrés.
Le rôle de la miniature à Byzance. — Byjcance, amie des livres et du luxe, continua volontiers ces traditions alexandrines el demanda fréquemment des modèles à Fart de la grande cité hellénistique. C'est, comme Aînalof Ta remarqué, un fait tout à fait significatif que Constantin ait appelé à Constantinople de nombreux savants alexandrins et fondé une bibliothèque dans TOciogone où ils donnaient leur enseignement. Avec les hommes, les livres aussi vinrent' naturellement d'Alexandrie dans la capitale, et Fart byzantin, on le verra, copia plus d'une fois les brillantes créations dont l'art hellénistique avait paré les ouvrages profanes, ou y chercha des inspirations pour Pillustration des manuscrits religieux. Ainsi, la miniature ne tint pas moins de place dans le monde byzantin que dans le monde antique ; le moyen âge grec nous a laissé par centaines les beaux manuscrits enluminés, dont Tétude a une importance capitale pour Thistoire de Fart byzantin.
En nous offrant en effet une série presque ininterrompue de productions depuis la période la plus ancienne de cet art jusqu'aux derniers jours de l'empire grec, les miniatures présentent ce premier avantage, de combler les lacunes de notre information pour les périodes trop fréquentes où les œuvres monumentales manquent à peu près complètement. En outre, les renseignements qu'elles fournissent sont singulièrement instructifs. Ainsi que Kondakof Fa justement observé, cette branche de Fart eut toujours à Byzance un caractère populaire très accentué, et l'indépendance de Fartisle y fut toujours plus grande que dans les productions de l'art officiel. Non sans doute qu'on doive considérer l'illustration d'un manuscrit comme une œuvre de hasard, passe-temps frivole d'un artiste et produit d'une fantaisie individuelle : un lien étroit rattache toujours le texte et la miniature, el plus d'une fois le sujet a dû être indiqué à l'artiste par un théologien. Pourtant le dogme imposa toujours moins de sévérité à la miniature qu'à la décoration des édifices sacrés : elle put, sans inquiéter l'orthodoxie, interpréter plus librement les idées théologiques du jour, exprimer plus pleinement les tendances diverses, les caractères multiples d'une époque, conserver plus aisément la tradition pittoresque qu'écartait de plus en plus Fart monumental.
Ainsi, la miniature nous apparaît « comme l'expression normale d'un certain milieu ». C'est là, par exemple, à l'époque des icono-
ciastes, que se réfugie Torthodoxie persécutée ; c'est là que Tenthousiasmç religieux éclate dans toute sa force individuelle et créatrice *. Plus tard, « au milieu de Tart élégant et brillant, mais pauvre d'idées, que cultiva la cour de Byzance, » la miniature fut de nouveau « le seul asile peut-être pour un homme libre », et ses productions, bien mieux que les mosaïques ou les peintures contemporaines, « nous représentent la vie publique ou monacale de l'époque ^. >» Ainsi, grâce à la tolérance plus large dont elle jouit, la miniature a pu garder plus de variété, plus de souplesse, plus de puissance créatrice : et par là, elle est tout particulièrement instructive pour rhistoire de l'évolution de l'art byzantin.
La théorie du prototype et la méthode de Kondakof. — Pourtant, quand on compare les manuscrits illustrés d'un même ouvrage, on constate aisément que, malgré les dilTcrences de dates, ils offrent souvent des ressemblances frappantes. Or, ces ressemblances ne peuvent s'expliquer que si Ton admet que ces manuscrits se rattachent à un original commun. 11 n'y a là, au reste, rien qui doive nous surprendre. C'est, en effet, un fait indéniable que les miniatures d'un manuscrit sont souvent plus anciennes que ne le donneraient à croire la paléographie ou la signature du manuscrit. L'artiste qui était chargé de l'illustration s'est borné bien des fois à reproduire une œuvre antérieure, copiant les images du prototype comme le calligraphe copiait les mots. Ce serait donc se tromper grossièrement que de vouloir juger l'art byzantin de telle ou telle époque d'après les signes purement extérieurs qui attribuent tel manuscrit à cette époque. Mais la conséquence de ces observations, c'est qu'une autre méthode s'impose, si l'on veut étudier scientifiquement les manuscrits illustrés et en dégager la véritable signifia cation historique et iconographique.
S'il est vrai, selon l'expression de Kondakof, que tous les manuscrits illustrés « sont comme la ramification de certains manuscrits types •* », il serait puéril d'étudier un de ces manuscrits isolément, comme quelque chose qui se suffit à soi-même. Tout manuscrit fait partie d'un groupe naturel constitué par toutes les illustrations du même texte. Il faut donc, en histoire de l'art comme en philologie, former des familles de manuscrits en les groupant, non d'après la date ou le caractère de l'exécution, mais d'après leur parenté