DIOSCORIDE T2 I
Vatican. Tout y est antique, les costumes et les ameublements, les cérémonies religieuses et les attributs des dieux, les personnages et les épisodes. Les scènes idylliques et mythologiques, conformes au goût alexandrin, y tiennent une grande place, en particulier dans les illustrations des Géorgiques. Le dessin et le coloris y ont encore une simpUcité toute classique. Pourtant, Texécution ne vaut point la conception, ce qui semble bien indiquer qu'on est en présence d'une copie d'un original plus ancien. Plusieurs mains, assez inégales, ont travaillée Tillustration^et certains procédés techniques, par exemple Temploi des rehauts d'or, annoncent déjà la facture des miniatures byzantines.
Dioscoride*. — Le Dioscoride de Vienne prête à des remarques semblables. 11 a été exécuté à Byzance pour la princesse Juliana .\nicia, qui mourut en 524: mais il est de toute évidence la copie d'un orignal beaucoup plus ancien. Que cet original vienne d'Alexandrie, comme Aînalof l'a établi avec beaucoup de vraisemblance, ou qu'il ait été exécuté en .\sie Mineure, comme le veut Strzygowski, il n'importe guère : il est l'œuvre évidemment d'un art purement hellénistique. Ce sont des compositions tout antiques que ces deux groupes de médecins célèbres qui figurent aux premiers feuillets du manuscrit, et dont on retrouve déjà le prototype dans une mosaïque de la villa de Garacalla ; plus loin, les épisodes où l'auteur est représenté en conversation avec des figures féminines qui personnilient la découverte (Euresis) et l'attention (Ëpinoia) ne sont pas moins caractéristiques. Ces portraits d'auteur sont un des traits ordinaires de l'illustration des manuscrits alexandrins, et il n'est point impossible qu'ils aient déjà figuré sous cet aspect dans la première édition du traité de Dioscoride. Ailleurs sont représentées des plantes médicinales, dont la connaissance exacte était facile grâce aux jardins botaniques qui existaient à Alexandrie ou à Pergame, ot que pour cette raison les manuscrits alexandrins reproduisaient volontiers. L'une d'elles, « le chêne marin « (une variété de corail <. est curieusement accompagnée d'une figure mythologique représentant Thétis (la mer) couronnée de pattes de homard et accoudée sur un monstre marin.
I. Premerstein, Wesselyet Mantuani, De rodicis Dioscaridei Aniciae Julianx y indobonensU historié, forma, scriplura, picturiê, Leyde, 1906; cf. Premerstein, Anicia Jaliana im Wiener Dioskurides Codex Jahrb. d. Kunslhisl. Samml. d. allerhûchslen KaUerhauses, t. XXIV), Vienne, 1903, et Diez, Die Miniaiuren des Wiener Dioêkurides (Byz. Dcnkm&ler., Iir<, Vienne, 1903.
î LA PEINTURE
Une seule minialure peul être considérée comme l'œuvre propre de l'artiste du vi' siècle : c'est celle qui représente le portrait de la princesse Juliana (fig, 108). Au centre d'un cercle que découpent deux carrés entre-croisés, elle est assise sur un trône.
il de Dioscoridc (Vienne)
vêtue d'un costume somptueux ; à ses côtés se trouvent deux jeunes filles personnifiant la Magnanimité et la Réflexion ; à ses pieds, un génie ailé figure <t le désir de la sagesse créatrice » et une jeune femme agenouillée symbolise « la reconnaissance des arts. » Dans les triangles de l'encadrement, des ouvriers s'occupent aux divers travaux des arts. L'exécution est asscK élégante, les attitudes naturelles et simples, le fond bleu clair, sur lequel se
<lélachent les tîgures, d'un heureux eiïel. 1/œuvre, avec ses personnitications, ses génies ailés, ses scènes de genre, est encore conçue dans le pur goAt alexandrin. Ainsi, an commencement du vi'' siècle,
Kilt. 109. — 1.C sacriflce tl'lsaac. Miniatures du munuicrïl de Cosmaa (Uihlio-
Ihèque VaticaDe). d'après Slomajolo, Lt miniature detU Topogrtfia
crittianx di Cosma Indicopttaiie.
l'art b^'zantin conservait soigneusement les traditionsde l'art hellénislique; il copiait lesmodèlesanti(|uesets'en inspirait dans ses iL-uvrea propres. Toutefois certains éléments nouveaux s'ajoutaient déjà, dans la technique, à ces survivances classiques : l'emploi de l'or et des couleurs vives relève des procédés by/antins.
Î'i4 LBS HOM'UENTS UE
Co3m&i Iiidicoptenstèg '. — Au même groupe d'ouvrages inspirés de la tradilion pittoresque alexandrine, on doiL ratlacher une ccuvre capitale, qui forme en quelque manière la transition de Va miniature profane il la miniature religieuse: c'est ta TopogrApkif cArdtt'ennedeCosnias Indicopleustès. L'auteur était un Alexandrin, qui vécut et écrivit vers le milieu du vi' siècle; l'œuvre nous est
parvenue pai- plusieurs manugcHls, l'un au Vatican (Gr. 699), qui est du vu" siècle, les deux autres, de date postérieure, conservés il la Laurenlienne et au Simi'i*, Tous trois sont des copies d'un original plus ancien, datant du siècle de Justinien et publié à Alexandrie par l'auteur lui-même, et ils nous fournissent ainsi les informations les plus précieuses pour apprécier les goûts et les tendances de l'art de ce temps.
De même que le texte de l'ouvrage, l'illustration, telle que la constitua le VI" siècle, unit les données delà science alexandrine et l'histoire du christianisme. On y trouve d'une pari des cartes, des dessins géométriques semblables à ceux qui illustrent la géographie de Plolémée, des représentations de la Terre sousia forme d'une île
COSMA5 IKDICOPLEUSTÈS 325
quadrangulaire entourée par l'Océan et flanquée de quatre vents qui soufflent dans des conques, ou bien d'une montagne derrière
laquelle se lèvent et se couchent le soleil et la lune, puis des animaui;, souvent dessinés d'après nature, des plantes, des fruits, des monuments, bref tout ce que savaient l'astronomie, la cosmographie, la botanique et la zoologie de l'époque. Et d'autre part l'histoire chrétienne est représentée soit par des figures isolées de prophètes et d'autres personnages bibliques, soit par des scènes Haniifl d'Art hyznntia. '^
empruntées à l'Ancien et au Nouveau Testament. C'est Moïse recevant les tables de la loi, le sacrilice d'Isaac (Bg. 109), l'enlèvement
cl'Elic au ciel, la vision d'lsaïe(iig. 1 10), la vision d'Ezéchiel, Daniel dans la fosse aux lions (lig. 1 1 1) ; c'est la conversion de saint Paul ou la lapidation de saint I^Lienne. Beaucoup de ces scènes sont représentées en plusieurs tableaux marquant le.s dilTérentes phases de l'événement, et qui sont superposés souvent dans le même cadre : c'est, avec l'absence de fonds colorés et la suppression presque générale du sol sur lequel posent les personnages, une des particularités tes plus remarquables du manuscrit de Cosmas.
COSMAS INDIGOPLEUSTÂS 227
Le même mélange d'inspirations diverses se rencontre dans la composition et lestyle: aux souvenirs dupasse se mêle Tesprit particulier de Tart grec nouveau ; à la tradition alexandrine se joint le style monumental. Aînalof a signalé toute une série de détails qui montrent le rapport étroit du Gosmasavec Fart alexandrin. Ce sont les emprunts faits aux monuments et aux mœurs de TEgypte, le •^oût des personnifications (le Jourdain, le Soleil, la Mort), la fréquence des scènes champêtres, Thabileté à traiter le nu. Mais, tandis que certaines compositions, comme le sacrifice dlsaac, s'inspirent de riconographie chère à TÉgypte, d'autres, au contraire, telles que Tépisode de Jonas ou l'enlèvement d'Élie, rappellent l'art des Catacombes, et d'autres semblent vraiment des copies de mosaïques contemporaines. Telle est en particulier la belle miniature en pleine page où cinq personnages, le Christ, la Vierge, saint Jean-Baptiste, Zacharie, sainte Elisabeth sont symétriquement rangés au-dessous des médaillons contenant les images de sainte Anne et de saint Siméon (fig. 112). « L'attitude de ces figures, la sérénité religieuse de leurs visages, l'or qui éclate sur le fond des nimbes et sur les. vêtements, tout concourt à donnera cette miniature un aspect original et saisissant. On retrouve ici le même esprit qui a présidé à l'ordonnance d'un grand nombre de mosaïques et qui s'est perpétué dans Tart byzantin ^ ». C'est le style monumental se substituant à la tradition pittoresque de l'art hellénistique. Ki de même certaines compositions, telles que le Jugement dernier fig. 113), apparaissent déjà, par leur ordonnance en zones superposées, comme le prototype dont s'inspirera, malgré certaines modifications, l'art byzantin des siècles postérieurs. Les costumes en tin sont en général les costumes byzantins.
Dans l'histoire de l'art du vi® siècle, le manuscrit de Cosmas a donc une importance extrême. Par les idées, il est nettement alexandrin, comme le marque le parallélisme des deux Testaments, conforme à Texégèse symbolique de l'art d'Alexandrie. Par le style, il s'écarte déjà des principes de l'art hellénistique, et c'est ce qui fait son intérêt. Grâce à lui, toute une série de compositions nouvelles et de types nouveaux sont entrés pour toujours dans l'iconographie byzantine ; de là viennent en particulier ces types d'hommes solides, aux épaules carrées, aux mains puissantes, aux pieds bien posés, à la musculature robuste, au corps souple se mou-