‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 108 sur 370 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. Les monuments. Vogue des tissus dans le monde byzantin. Étoffes d*Égypte. — IL Les sugets. Sujets antiques. Décor ornemental. Sujets religieux.— IIL L'influence orientale. Motifs d*origine persane. Évolution du slvle .

LES MONCMENTS

A côté des ouvrages de la peinture proprement dite, Tindustrie des tissus historiés atteste non moins fortement, par le développement qu'elle prit au vi*' siècle, les goûts de luxe qui caractérisaient la société byzantine de ce temps '.

Vogue des tissus dans le monde byzantin. — Les écrivains de Tépoque mentionnent fréquemment les belles étoffes qui, sous forme de rideaux, de tentures, de tapis, étaient employées dans la décoration des églises. Paul le Silentiaire a longuement décrit Pun des rideaux qui, au-dessus de Tautel de Sainte-Sophie, pendaient entre les colonnes du ciborium. On y voyait au centre, debout sous une coupole d'or, le Christ, vêtu de pourpre et d*or, tenant de la main gauche le livre des Évangiles ; à ses côtés, les apôtres Pierre et Paul, vêtus de blanc, complétaient la scène bien connue du Sauveur donnant la loi. Dans les bordures étaient retracés les miracles du Christ ; Tartiste y avait joint des architectures, hôpitaux et églises, rappelant les bonnes œuvres accomplies par Justinien et par Théodora. Sur les autres rideaux du ciborium étaient figurées les images des souverains, debout aux côtés de la Vierge ou s'inclinant sous la main bénissante du Christ. Dans ce tissu précieux, « ouvrage d'une technique savante », les fils de soie teints de couleurs variées étaient tissés avec des fils d*or pour produire une merveilleuse harmonie. A Rome, à Ravenne, les églises étaient pareillement remplies de magnifiques étoffes provenant de

1. Pour Tensemble du chapitre, cf. Lessing, Die Gewerbes&mmlung des K. Kunstgeiverbe-Muêeum^ Berlin, 1900 et suiv.; Cox, Vàrt de décorer len lissa», Paris et Lyon, 1900 ; Migeon, Les arts du tissu, Paris, 1909.

l*Orieni el représentant pour la plupart des sujets sacrés. Le Liber pontificalis et Touvrage d'Agnellus nous ont conservé de longues énumérations de ces richesses, étoffes brodées d'or ou tissées d*or, tissus de soie aux couleurs éclatantes, rehaussés d'ornements brochés en or, etc. De tout cela malheureusement il ne nous reste que le souvenir.

Les tissus historiés servaient également au costume. On a cité déjà précédemment le texte fameux d'Astérios d'Amasie, comparant à « des murs peints ambulants » ces riches aux vêtements couverts de scènes profanes ou sacrées. Théodoret de Cyr rapporte pareillement qu'il n'est point rare en son temps de rencontrer l'histoire entière du Christ tissée ou brodée sur la toge d'un sénateur chrétien. Les monuments nous laissent entrevoir la magnificence de ces costumes. Dans l'une des mosaïques de Saint- Vital (fîg. 103), les femmes de la suite de Tbéodora apparaissent vêtues d'étoffes aux couleurs éclatantes, brochées d'or, semées de fleurs ou de grands médaillons; le manteau de l'impératrice a une bordure représentant l'Adoration des Mages, s'enlevant en or sur le fond de pourpre violette. Et le même luxe apparaît dans les costumes masculins.

On conçoit que, pour toutes ces raisons, l'industrie des tissus ait pris dans le monde chrétien un prodigieux développement. De bonne heure, on le sait, l'Egypte avait été renommée pour ses étoffes historiées ; les produits et les procédés de ses fabriques se répandirent largement dans tout l'Orient. Au vi* siècle, l'introduction de la culture de la soie dans l'empire byzantin accrut encore l'essor de cette industrie depuis longtemps florissante. Les manufactures de Syrie en particulier, qui depuis des siècles travaillaient la soie brute importée de Chine par l'intermédiaire des Perses, trouvant maintenant à meilleur compte la matière première, connurent une nouvelle prospérité. Tyr et Béryte étaient les principaux centres de cette fabrication.

Étoffes (T Egypte, — Les fouilles récentes d'Egypte nous ont rendu d'assez nombreux monuments de cet art * . Dans les nécropoles d'Anti-

1. Outre les ouvrages de Gei*spach, Forrer et Strzygowski, mentionnés à la p. 78, cf. Hock, Beschreibung von Gobelinwirkereien,.. a.nfgefundenin KoptUchen Begrëbnisstàtten Oberaegyptens^ Dusseldorf, 1887; Riegl, Die aegyptùchen Textilfunde von K. K. ôsterr. Muséum^ Vienne, 1889 ; Swoboda, Ein nllchristlicher Kirchenvorh&ng aus Aegypten (RQ, VI, 1892) ; Le costume en Egypte du III* au XIII* siècle, Paris, 1902 ; Gayet, Notices relatives aux objets recueillis à Aniinoé, Paris, 1901, 1902, 1903 et 1907 ; L'exploration des nécropoles g réco -byzantines d'Antinoé (Ann. du musée Guimet, t. XXX} ; VArt copie, Paris, 1902; Baillet, Les tapisseries d'Antinoé au musée d'Orléans, Orléans, 1907.

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