Aïnalof, Orig.y 121 suiv
2. Hayet, Mémoire sur une mission au Mont-Athos (Arch. des Missions, 1877}.
SCILPTUHES BE STÏI.E HEI.LÉMSTrQtF. 2fi7
Scalplures de tlyle hellénUtique ' . — En face de celte œuvre caractéristique, d'autres monuments au contraire se rattachent à la tradition hellénistique. Telles sont les deux statuettes du Bon Pasl«ur, que possède le musée de Conslantinopie, et qui représentent le ber- ^rer divin, adossé à un arbre, une houlette à la maiu. entre deux brebis dont îl ne reste que des fragments. Ce sont sans doute des répliques d'un i;roupe célèbre érigé par Constantin pour faire pendant à Daniel entre lea lions : toutes deux datent du vi* siècle. A la même tradition hellénistique appartiennent les tambours de colonne, également au musée de Constantinople, où, parmi des rin-
Fig. 136. — Sircopha^e de Havennc.
ceaui de vif;ne très élégants, se détachent des scènes familières, bergers en costume antique, paysannes tenant des oiseaux de bassecour, animaux divers, et un sujet reliffieux, le Baptûme. L"œuvre date du commencement du vi" siècle, et malf;ré la gaucherie avec laquelle sont traitées les ligures, on y sent encore, dans l'ornement et dans les animaux, une liberté tout antique. La facture grecque caractérise de même un buste de saint Marc, au musée de Constantinople. Mais comparez tous ces monument): aux œuvres vraiment belles de fart chrétien hellénistique du iv« siècle, par exemple à ce Christ du sarcophage de Psamalia (lig. 41), précédemment mentionné déjà, dontl'attitude est celle de l'orateur antique, dont la Lète
rappelle le type praxilélien de l'Eubouleus. On senl d'un seul coup (ouïe l'inrériorUé technique des ouvrages du vi* siècle, la grossièreté de l'exécution, la maladresse à garder aux corps leurs proportions exactes-, on voit combien l'influence del'Orienl raidit déjà les libres créations de rhellénisme. Bientôt ce reste même de liberté antique va s'évanouir (plaque de tuf de Psamatia représentant Isaac agenouillé, bas-relief de Berlin figurant Moïse sur l'Horeb] ; de plus en
plus les influ-
ences de l'art
s'5ro-orienl;il elTacent la tradition hellénistique.
Sarcophages de Bavenne'.
— Ces influences se manifestent surtout de façon frappante dans la tendance croissante qu'a b Fig, 13:. — Sarcophage de Itavcnae. sculpture en
pierre de ce temps à devenir un art purement ornemental. H existe à Ravenne tout un groupe de sarcophages, datant pour la plupart^du v* siècle et de la première moitié du vi'. Par les sujets qui y sont repré- !<enlés,par l'ornemenlation, par le style, ils difl'èrent sensiblement des sarcophages romains, et beaucoup d'entre euxsont d'origine orientale. Ur, si quetques-unsd'entreeux représentent des scènes évangéliques (.\nnonciation, Adoration des Mages, Visi talion) ou bien des épisodes Irailés avec une symétrie assez conventionnelle (fig. 137) (le Christ parmi les apôtres sous des arcades ou entre des palmiers), le plus grand nombre pourtant évi le la représentation de la personne humaine. Ce qu'ony rencontre principalement, ce sont des agneaux, des cerfs, des paons, des colombes, symétriquement afl'rontés, autour de vases d'où s'échappent des rameaux de vigne, autour de monogrammes
OU de croix (fig. J36). Or celte décoration tout < d'une richesse souvent un peu lourde, est chose essentieUemeat orientale : et si, dans ces ouvrages, l'artiste, malgré une facture un peu molle, sans vigueur et sans accent, conserve pourUnt quelque habileté et quelque élégance, ceci aussi correspond bien au caractère général que présente en Orient la sculpture du vi' siècle. Prédominance de l'ornemenl. — Cet art, qui n'excelle plus guère que dans la décoration orne-
complait en effet à couvHr la pierre de fines broderies, qui semblent de l'orfèvrerie ou de la dentelle, à y répandre la luxuriante végétation de ses feuillages, où, parmi les rinceaux, se joue
un peuple d'à- ^'^' '^- "" ï*»v=°"=- Parapet sculpté,
nimaux et'd'oi-
seaux. Au service de cet art luxueux, compliqué et chargé, d'une magnificence un peu lourde, d'une richesse qui va jusqu'à la profusion, le sculpteur met une virtuosité prodigieuse. Il fouille et cisèle le marbre, il le plie aux motifs les plus compliqués, portant partout une élégance et une splendeur sans égales, une variété d'aspects merveilleuse, une grâce dans l'ornementation végétale et animale, (]ui est fondée sur une observation attentive de la nature. C'est ce style, tout plein de réminiscences orientales, tout inspiré de modèles persans, que nous montrent uniformémept les décorations de ces villes syriennes que nous avons analysées déjà, ces linteaux surchargés de sculptures que l'on trouve à Béhio, àBaqouza,etdont le linteau de Dana (fig.lSj, avec ses paon.i affrontés, offre un si remarquable exemple. C'est le même style qui apparaît dans cette curieuse décoration sculptée, signalée par Texier k .Aladja en Lycie, et où, dans une église du temps de Jusiinien,
les symboles religieux et les emblèmes des évaQ^élisies se mêlent aux anges à six ailes et aux figures des saints. C'est cette même richesse qui se montre à Ravenne dans ces balustrades de Saint- Apollinaire-Neuf (fig. t38), où des animaux s'alTrontent parmi des pampres, dans ces ambons couverts d entrelacs ou d'animaux, et dont la décoration rappelle les motifs des portes du gynécée de Sainte-Sophie. C'est le même caractère qui apparaît enfin dans les descriptions qui nous restent de Sainte-Sophie. Pour décorer la fontaine sacrée, on sculpte des léopards, des biches, de» lions qui vomissent l'eau; surTambon, il n'y a d'autres motifs que des arbres et des fleurs. Ainsi la représentation de la figure humaine est de plus en plus négligée, ou, quand ^n s'y essaie encore, de plus en plus médiocre. Et ainsi ces ouvrages, d^ordinaire de dimensions assez restreintes, montrent combien la grande sculpture est étrangement compromise et combien ses jours déjà sont comptés.
l'ivoirk
La place perdue par la sculpture monumentale fut prise par la sculpture sur ivoire. L'artiste byzantin, incapable désormais de tailler le marbre et d'en faire sortir de grandes figures, sut faire preuve au contraire, dans cette sculpture en miniature, d'une prodigieuse virtuosité. Aussi bien cet art industriel, depuis longtemps familier aux Orientaux, correspondait à merveille aux goûts luxueux des Byzantins. Il n'est donc point étonnant qu'on ait employé l'ivoire à une multitude d'usages, pour la décoration des meubles et les objets divers de la vie civile aussi bien que pour les pièces du mobilier liturgique. Diptyques et coffrets, pyxides, couvertures d'évangéliaires, chaires épiscopales furent sculptés en grand nombre par des artistes d'une habileté technique et d'une délicatesse de style souvent surprenantes. Quelques-uns datent de la période qui nous occupe, et plusieurs ne sont pas loin d'être des chefs-d'œuvre*.
1. Stuhlfauth, Die allchristliche Elfenheinplaslik.FrïbouVf;^ 1896; Molinier. Hist. générale des arts appliqués à V industrie^ t. 1, les Ivoires, Paris, 1896; Graeven. Frùhchristliche ujid mittelalterliche Elfenbeinwerke^l, ans England: (Rome, \S9ii),ll^ ans Italien (Rome, 1900), ouvrage malheureusement interrompu par la mort de Tauteur ; Maskell, La sculpture en ivoire au commencement de Vère chrétienne et de Vépoque byzantine (Gaz. des Beaux-arts, 1909).
Pig. 139' — Diptyque du consul Anaslase (Paris, Cabinet àvr
Diptyques consulaires *. — Une série fort instructive de monuments est constituée par les diptyques consulaires. C'était Tusage, pour les consuls nouvellement nommés, d'envoyer, le jour de leur entrée en charge, à leurs amis, aux grands personnages de TEtat et à Tempereur, des diptyques formés de deux feuillets d'ivoire sculpté, souvent somptueusement sertis d'or. Des consuls, l'usage passa à d'autres fonctionnaires et fut adopté même par les particuliers, qui, à Toccasion de certaines fêtes de famille, d'un mariage par exemple, offrirent à leurs parents des diptyques de cette sorte. Ce qui donne à cette suite de monuments une importance particulière, c'est qu'il est facile de les dater avec précision, et qu'ils permettent en conséquence de suivre l'évolution de l'art, depuis le commencement du v^ siècle jusqu'au milieu du vi®. Parmi les plus anciens de la série, il en est de fort beaux. Tels sont le diptyque de Monza, qui représente sans doute Stilicon et sa femme, le diptyque de Probianus, conser\'é au musée de Berlin, ou celui des Symmaques, dont les feuillets sont partagés entre le musée de Cluny et le musée de South-Kensington à Londres. Tous trois datent des premières années du v® siècle, et dans le troisième en particulier subsiste comme un reflet de la grâce et de Télégance antiques. Plus tard, l'exécution devient moins bonne, et les thèmes représentés plus monotones. On y voit d'ordinaire le nouveau consul, revêtu des insignes de sa charge, soit debout à la porte de sa maison et recevant les félicitations de ses amis, soit, à partir de la fin du v* siècle *, présidant aux jeux du cirque et donnant le signal des courses. Parfois, au bas du trône du consul ou surTun des feuillets du diptyque, sont figurés des épisodes des combats de l'hippodrome ; parfois des figures allégoriques, assez heureusement traitées, accompagnent l'effigie du haut dignitaire. Si intéressants pourtant que soient ces monuments au point de vue historique, et par le caractère de portraits fidèles qu'offrent leurs images, ils n'ont en général qu'une médiocre valeur artistique ; le style en est lourd, l'exécution souvent maladroite. On citera parmi les meilleurs ceux d'Anastase (517), [fig. 139] de Magnus(518) [fig. 140J, de Philoxenus (525). Le dernier en date, celui de Basile (541), que possède le Musée National de Florence, est au contraire d'une facture étrangement gauche et sèche.
1. Gori, Thésaurus velerum dipiychorum^ Florence, 1759. Une liste complète de ces monuments se trouve dans Molinier, loc. cit.
2. Le premier exemple connu est le diptyque de Boethius, de Tannée 487.
DiPTvqvBS CONSULAIRES 273
Ivoire Barberini'. — A ces monumenU d'un arl officiel, qui pro-
viennent pour la plupart des ateliers de Constantinople, on peut rattacher une autre œuvre, dont la valeur d'art esl loul autrement
1. ScMuinbcrt^cr, L ivoire Oiirberiiii {}>lna. Piot. Vl[, 1900);Cf.Sliiy)to"ski, HelUniiliirhe and kopliiche Kantt.
Manuel dArl byttnlin. IB
PiR, Hl. — Ivoiri! UarbcriniiMusccdu Louvre;.