IVOIRES DE STYLE HELLENISTIQUE
remarquable. C'esl le fameux ivoire Barberini, aujourd'hui au Musée du Louvre (fig. 141). On a cru souvent, dans ce cavalier victorieux, dont la Terre embrasse les pieds et que supplie un barbare, reconnaître Tempereur Juslinien. Strzygowski au contraire recule au iv« siècle la date de cet ivoire, et v voit Constantin défenseur de la foi. Il semble, quel que soit le personnage représenté, qu'on doive plutôt attribuer Tœuvre au vi® siècle ^ Les anges flottant dans Tair qui, au haut de la plaque, soutiennent le médaillon du Christ, les barbares qui, dans le bas, apportent leurs offrandes exotiques, rappellent des motifs qu'on rencontre dans les ouvrages du vi*^ siècle. L'œuvre, traitée avec souplesse et vigueur, garde encore bien accusée lempreinte hellénistique, et tout porte à croire qu'elle provient d'un atelier alexandrin.
Ivoires de style hellénistique, — Par sa position géographique, Alexandrie s'était trouvée de bonne heure un des centres principaux de l'industrie de Tivoire. Dans les ateliers delà grande cité, de nombreux artistes travaillaient la précieuse matière, et de bonne heure s'était par eux introduit dans la sculpture chrétienne l'élément pittoresque hellénistique. Ceci apparaît de façon fort curieuse dans tout un groupe de sarcophages romains, oii le relief pittoresque, avec ses paysages, ses architectures, se mêle aux traditions du hautrelief classique. Ceci se manifeste davantage encore dans un certain nombre de beaux monuments de l'ivoirerie religieuse, où se conserve puissamment, du iv® au vi^ siècle, la tradition hellénistique. Nous avons déjà rencontré les ouvrages les plus anciens de cet art alexandrin : plaquettes d'ivoire provenajit des nécropoles alexandrines, bas-reliefs à représentations antiques enchâssés dans la chaire d** Aix-la-Chapelle, et surtout cet admirable ivoire de la collection Trivulce, à Milan, qui est le chef-d'cruvre de cette école (fig. 26). Certains détails iconographiques attestent avec certitude l'origine orientale de cet ouvrage. Mais, bien plus encore, la façon dont le paysage est traité, le rapport des proportions entre les personnages et les édifices, les raccourcis hardis avec lesquels sont figurés les soldats endormis devant le Saint-Sépulcre, la richesse élégante des portes sculptées devant lesquelles les Saintes F'enimes sont assises, en dénoncent la provenance alexandrine. Par ailleurs, l'élégance toute classique des figures, l'harmonieux arrangement des draperies, la finesse de l'exécution le rattachent, comme l'observe