Molinier, loc cit
ï. Dallon, CsUlogoe of Ihe earty Christian anliqailiei of the Briliih Musetim. Ijindres, 1901. el le catalogue des ivoires cite plus haul.
3. Strzygowski, D«3 EUchmùidùn-Evmgetiar {Byi. Denkmaler, I), Vienne. 1683. Aïnalof, *lrij. ; Str^ygowski, Die chrialUehen DenkmSUr Atuyptens (RQ. 1S98;.
aprèsuneétudeplusattentiveduatyleetdel'iconographie, àenreconnaflre l'origine syro-^gyp tienne. L'ornementation pittoresque y tient moine de place peut-être que dans le siège de Maximien. Mais les figures présenteni le même type trapu et robuste si caractéristique
Fig. 1 17, — Plaque d'ivoire, dite de Murano Musii- de Havoiinc).
dans la chaire de Ravenne ; un goût sembltibledos personnitiialions n'y manifeste ; enfm, la composition des scènes évan^'éliques y apparaît presque identique. Ce n'est point sans quelque apparence île raison qu'Aïiialof rapporte à la même école l'ivoire Barberini qui rappelle, en elTet, le style des diptyques à cinq compartiments. Il y faut rattacher en outre le diptyque de Tongres, si semblable au\ bas-reliefs de la chaire de Maximien et le beau diptyque de-Berlin représentant la Vierge et le Christ. Peul-êlre les deux curieuses colonnes du ciborium de Saint-Marc, avec leurs scènes livangéliques
inspirées des évangiles apocryphes, leurs représentations parfois toutes pareilles à des ouvrages égyptiens ^, s'inspirent-elles aussi, même si elles sont, comme le pense Venturi, une œuvre occidentale, des ateliers alexandrins. En tout cas, elles datent du vi® siècle et elles achèvent de montrer combien fut puissante alors, dans tout le monde chrétien, Taction de Tart syro-alexandrin.
Diptyque de Ravenne^, — Tandis que ce groupe de monuments se rattache plutôt à TÉgypte, à une Egypte déjà fort pénétrée au reste d'influences syriennes, une autre série de monuments appartient à une autre école, plus purement orientale encore. Le monument le plus remarquable de ce groupe est le diptyque de Ravenne, jadis conservé àMurano (fig. 147), et dont Tautre feuillet, dispersé entre plusieurs collections privées (Stroganof, Grawford, etc.), a été récemment reconstitué. Autour du Christ trônant, de la Vierge accueillant les mages, se disposent des épisodes de Tenfance et des miracles du Christ et des scènes symboliques empruntées à Tart chrétien primitif : audessus, deux anges volants portent un médaillon. La disposition générale rappelle donc celle des diptyques *à cinq compartiments ; mais le style est tout autre. Les figures sont sèches et anguleuses, les têtes petites, les membres grêles ; les yeux levés, les regards aigus rappellent Tart des manuscrits syriaques. Certains traits sont visiblement même empruntés à Tart persan. Les autres monuments de la même série (peigne d'Antinoé ^, pyxide Basilewski, p^Ttides du Vatican, de VVerden, de Rouen, du musée de Gluny ; volet de triptyque de la collection GolenischefT, feuillet de diptyque du British Muséum représentant TAdoration des mages) ^ offrent des caractères semblables. Le choix des sujets, empruntés pour la plupart aux évangiles apocryphes, fait penser à une influence palestinienne ; le caractère monumental de certaines représentations, par exemple la Vierge trônant de la plaque Crawford, rappelle les tendances de Tart syrien. Sans doute, dans l'ornementation, dans le costume, dans la physionomie générale, subsiste quelque chose de la plastique antique : mais l'influence
1 . L'Ascension est toute pareille à celle de Téglise d'Aï Mouallaka, au Vieux- Caire.
» 2. Aïnalof, Un morceau du diptyque de Ravenne dans la collection du comte Stroganof [Viz. Vrem., IV, 1897); Un morceau du diptyque de Ravenne dans la collection du comte Crawford ,Viz. Vrem., V, 1898); Slrzygowski, Ztoci weiiere Siûcke der Marientafel zum Dipiychon von Murano (BZ, VIT!, 1899).
3. Strzygowski, Die christlichen Denkmâler Aegyptens (RQ, 1898).
4. Dalton, Catal. of ihe ivory carvings, n" 14. L'autre feuillet, où sontiif^urés le Christ et les apôtres Pierre et Paul, est dans la collection Martin Le Roy.
DIPTVQUB DE RAVBN\B i285
orientale y est plus fortement accusée que dans les monuments qui se groupent autour de la chaire de Maximien. A la tradition hellénistique pénétrée d'éléments syriens, succède ici un art d'origiiie exclusivement syrienne et palestinienne, et en contact très proche avec l'art persan. Et l'on voit assez mal pourquoi Strzygowsk.! attribue à un atelier de la Haule-Égypte le diptyque de Ravenne.
Fig. lis. Ivoire du Irésor de Trtvet {Phot. communiquée par M. Millet :.
Au total, en face des œuvres où survit la tradition classique, l'art du VI» siècle a produit une série de monuments où apparaît nettement l'influence orientale. D'autres ouvrages encore attestent la puissante action de cet art gyro-alexandrin. li suffira de nommer la plaquette du trésor de Trêves (fig. 148), où S trzygowski a ingénieusement reconnu la représentation d'une translation de reliques qui eut lieu à Constantinople en 552, et où apparaît le lien étroit qui unissait la capitale même à la grande ville égyptienne ' . On citera pareillement les curieuses plaques qui décoraient la chaire dite de Saint-Marc, jadis conservée à Grado, et aujourd'hui à Milan. Le développement des architectures dans le haut de la composllîon y est une preuve remarquable d'origine égyptienne*.
Caracières généraux de Vivoirene byzantine au \'l' siècle. — Si l'on essaie, de l'étude que nous avons faite de ces monuments, de dégager les traits caraclérisques de l'ivoirerie byzantine au vi°
n der ['tntapiitU{nQ. mws -
siècle, un fait frappe tout d'abord, c'est la parenté générale qu'ils offrent tous. Malgré les différences de technique et d'inspiration, tous procèdent plus ou moins de la tradition hellénistique ; tous ont conservé certains traits de Tart alexandrin, le goût du pittoresque, le caractère antique de la plastique. Mais, en dépit de ces survivances classiques, il est visible — et c'est le second point — que ce style hellénistique se modifie profondément sous rinfluence du goût oriental. Les types perdent Taspect antique, les proportions classiques s'altèrent; les mouvements, la démarche rappellent les formes de l'art assyrien et de l'art persan ; les libres allures hellénistiques se raidissent, les formes deviennent plus sèches et plus anguleuses. Enfin, le relief s'aplatit, la science du raccourci se perd, la perspective déformée est appliquée à rebours. Sans doute, dans quelques belles (puvres, subsiste la fraîcheur du style antique ; au total pourtant, des signes de décadence apparaissent, due à l'introduction dans l'art byzantin du style syrien et du style persan. Jusque dans la capitale, ces influences syro-alexandrines se manifestent. Dans les monum^entsqui semblent le plus certainement exécutés à Constantinople, dans ces diptyques de consuls et de fonctionnaires si nombreux au vi® siècle, on sent l'action des éléments orientaux. Le beau diptyque d'Aréobinde offre une décoration toute semblable à celle de la chaire de Maximien* ; le feuillet de Trêves a des origines alexandrines. Sous 'l'influence des artistes syriens et persans, dont Aïnalof signale la présence dans la capitale, Constantinople a adopté et consacré le style nouveau, et, entre les mains des maîtres de génie qu'a produits le vi^ siècle, lui a donné, ici comme partout, sa forme définitive.
1. Héron de Villcfosse, Feuille de diptyque consulaire conservée an musée du Louvre (Gaz. archéol., 188 J>.