LES COMPOSITIONS
de la Passion du Christ étaient fréquemment représentés» comme l'atteste un curieux passage de Léontius de Neapolis: « C'est par amour pour Dieu que nous représentons ses souffrances dans toutes les églises, dans les maisons, sur les vêtements, et partout, pour les avoir sans cesse sous les yeux. » La Crucifixion, d'abord écartée parde pieux scrupules, apparaît*. Tandis que, dans les ampoules de Monza, copie des mosaïques absidiales du martyrium, le Christ est représenté, non point attaché sur la croix, mais planant dans le ciel, entre le soleil et la lune, au-dessus des croix dressées et des personnages du drame, dès la fin du v* siècle et dans tous les monuments du vi*, il est figuré cloué sur la croix, tantôt nu, tantôt vêtu du colobium, mais sans que Tartiste craigne de faire scandale en représentant le Dieu souffrant et mourant. Tel il se rencontre sur les portes de Sainte-Sabine, sur les feuillets de l'évangile de Rabula ; tel il se trouvait dans les fresques de Saint-Serge de Gaza, et sans doute il ne manquait point davantage dans les mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf de Ravenne. Au vi® siècle, la Transfiguration apparaît dans Tabside du couvent du Sinaï et à Saint-Apollinaire in Classe ; dès le iv« siècle, la composition fameuse du Jugement dernier est décrite dans un passage d'Ephrem le Syrien, telle que la réalisera plus tard Tart byzantin. Bien d'autres épisodes évangéliques encore, Annonciation, Adoration des Mages, Baptême du Christ, Ascension, Pentecôte, etc., ont également leur origine dans les mosaïques qui décoraient les sanctuaires palestiniens et ont trouvé là de bonne heure leur forme définitive. Que l'on considère, par exemple, les miniatures de l'évangile de Rossano : on y rencontre, selon la juste remarque d'Aïnalof, le type de toute une série de compositions Rxé dès le vi*^ siècle, et pour toujours. Ija Résurrection de Lazare ou l'Entrée à Jérusalem se retrouveront au xii* siècle dans les mosaïques de la Chapelle Palatine, toutes semblables aux prototypes représentés dans le vieux manuscrit. La Communion sous les deux espèces, la scène du bon Samaritain, la parabole des Vierges sages et des Vierges folles se répéteront, identiques au vieux modèle, dans les ouvrages du xi®, du xii* et du xiii® siècle.
On pourrait multiplier ces exemples. Le cvcle des mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf à Ravenne, la description qu'a laissée Choricius des peintures de Saint-Serge de Gaza montrent qu'au
1. Bréhier, Les origines du crucifix dans Vari religieux, Paris, 1904 ; Rcil» Die frûhchristUchen Darstellungen der Kreuzigung Chrisli, Leipzig, 1904.
304 LA l^ORMATION DE l'iGONOGRAPHIE
VI® siècle, le cycle évangélique, largement développé, avait trouvé en beaucoup de points sa forme définitive, où le symbolisme s'était effacé pour faire place à Télément historique^. Pareillement, les thèmes empruntés à l'histoire de David, tels que les représentent les fresques de Baouit et les plats du trésor de Chypre, permettent de supposer que dès cette date se constituaient les éléments de l'illustration du Psautier dit <f aristocratique » , et donnent quelque vraisemblance à Thypothèse de Strzygowski, relativement aux origines syriennes de Tun des types d'illustration de ce livre fameux. Enfin, si le cycle de la Vierge n'a pris qu'à partir du xi* siècle tout son développement, pourtant, dès le vi® siècle déjà, il tient quelque place dans les ivoires, et lui aussi semble devoir à la Syrie son origine*.
On voit par tout ceci le grand effort créateur qui s'accomplit dans l'art chrétien au v* et au vi* siècle. La trace très visible s'en rencontre dans le manuscrit du Cosmas. C'est ici, par exemple, qu'apparaît pour, la première fois l'esquisse de la célèbre composition du Jugement dernier, avec ce trait, qui ne disparaîtra jamais plus parla suite, de la distribution du sujet en plusieurs zones superposées (fîg. 113). C'est là qu'on trouve la première idée de la Descente du Sai nt- Esprit, telle qu'elle figurera plus tard aux coupoles de Saint-Luc ou de Saint-Marc. De même toute une série de motifs, qu'on retrouvera plus tard dans les psautiers byzantins^ ont ici leur origine : par exemple la représentation des antipodes et surtout celle de la Terre, figurée tantôt comme une montagne derrière laquelle se lèvent le soleil et la lune, tantôt comme un carré aux angles duquel quatre vents souillent dans des cornes. Ce sont là autant de thèmes qui ne changeront plus.
Les types ^. — Le Christ. — De même que les compositions
tendent à s'ordonner en une disposition désormais immuable, ainsi
■ les types des principaux personnages sacrés commencent à se fixer.
L'art chrétien avait jusqu'ici représenté le Christ sous des traits
1. Une autre description, d'origine également syrienne, montre le cycle évangélique (enfance, miracles, passion) absolument fixé dans tous ses détails. Elle date du viii* siècle et se trouve dans le Pseudo-Damascène, Oratio ad Constaniinum Caballinum {Pair, gr.^ t. 95, p. 314-315), mais Torigine est sans doute plus ancienne. On trouve dans le même texte (p. 316 et 325) le thème de l'Anastasis et celui du Jugement dernier fixés dès le viii* siècle sous leur forme traditionnelle.
2. Baumstark, Zu den Miniaturen der Marienfestpredigien des Jakobos von Kokkinôbaphos (OCh, IV, 1905).