LES TYPES
assez divers^. Sous rinfluence de l'art hellénistique et de la littérature qui s*en inspirait, il le figurait volontiers jeune, imberbe, les cheveux tantôt retombant en longues boucles sur les épaules (monuments d'Asie Mineure) (fig. 41), tantôt courts et bouclés sur un visage large et plein (monuments d'Egypte), mais au total sous les traits d'un héros ou d'un dieu antique (fig. 47). En face de ce type^ la Syrie en imagina un autre, moins idéal, conçu dans le visible dessein de créer une figure plus proche de la réalité historique : le Christ y apparut plus âgé, le visage encadré d'une barbe noire plus ou moins longue, les cheveux plats, séparés par une raie, les sourcils joints, le teint comme les blés, sous l'aspect caractéristique d'un homme du peuple d'Israël. Au début, les deux types coexistèrent dans les épisodes du cycle évangélique : dans les mosaïques de Saint-Apollinaire-Neuf, sur les ampoules de Monza, dans les miniatures de l'évangile de 586, ailleurs encore, le Christ, imberbe dans les miracles (fig. 98), apparaît barbu dans les scènes de la Passion (fig. 96). Pourtant, les tendances réalistes et historiques de l'art byzantin consacrèrent promptement le second de ces deux types et en soulignèrent encore le caractère solennel et grave. Si le Christ du cycle évangélique garda dans sa maturité du charme et de la grâce, de plus en plus le Pantocrator, le dieu tout-puissant, maître du monde, prendra un aspect sévère jusqu'à la tristesse et à la dureté. Seul, le Christ Emmanuel conserva le souvenir du type original : l'iconographie byzantine le représenta toujours imberbe et jeune. La Vierge, — La même évolution dans le sens historique fixa les traits de la Madone'. A partir du jour où le concile d'Éphèse l'eut solennellement proclamée la mère d'un dieu {Iheotokos), elle prit le visage allongé, les traits graves, l'attitude imposante que lui attribuent pareillement, dèslevi®siècle,lesmosaïquesde Saint-Apollinaire-Neuf, de Parenzo (fig. 105)etdeSalonique (fig. 91), Tévangéliaire de 586et Tivoire de Crawford, etqui persisteront jusqu'au xn® siècle et même au delà. Sans doute, bien des différences subsistèrent dans l'attitude et le geste attribués à la mère de Dieu ; toute une série de types divers coexistèrent, reproduisant en général certaines icônes célèbres de la Panagia^. Il y eut la Vierge Hodigitria (conductrice),
1. Outre les ouvrages mentionnés p. 11, de N. Mt'iller, DobschiUz, Weiss- Liebersdorf et Strzygowski, cf. Kondakof, Iconographie de Jésus-Christ, Pétersbourg, 1905.
2. Rohault de Fleury, La Sainte Vierge, Paris, 1878; Venturi, La Madonna, Milan, 1900; Munoz, Iconografia délia Madonna^ Florence, 190â.
3. Schlumberger, Sigillographie byzantine ^ Paris, 1884, Introduction ; Kon- Manuel d'Art byzantin. 20
306 LA FORMATION DE l'iCONOGRAPHIE
représentée debout, tenant sur l*un de ses bras Tenfant divin, Tautre main levée dans Tattitude de la prière, et qu'on rencontre de bonne heure dans les monuments chrétiens d'ng^ypte. Il y eut la Vierge Blacherniiissa^ figurée en buste, les deux bras levés dans Fattilude de Torante, ayant d'ordinaire sur la poitrine le médaillon du Christ. Il y eut la Vierge Kyriotissa, représentée debout, serrant de ses deux mains T Enfant Jésus sur sa poitrine. Il y eut la Vierge orante, debout, sans Tenfant, les mains levées, et la Vierge assise sur un trône, bénissant ou tenant son divin fils sur ses genoux. Mais, dans toutes ces représentations, les traits essentiels du visage ne changèrent guère, et le type, de bonne heure fixé, se répéta immuablement.
Prophètes et apôtres. — L'étude des manuscrits montre de même comment, vers le même temps, se précisent les types des autres personnages sacrés ^ Dans le Cosmas, certaines figures de saints, de prophètes, d'anges et de chérubins apparaissent sous des traits qui ne se modifieront plus désormais. C^est de là que vient ce type du vieillard à longs cheveux et à longue barbe, qui sera désormais caractéristique du prophète (Isaïe, Zacharie, etc.). C'est de là que vient le type de saint Jean- Baptiste, avec ses longs cheveux noirs bouclés, sa barbe noire, son visage osseux, sa croix à la main. Comme le dit très bien Aïnalof, (( grâce à la Topographie de Cosmas, toute une série de nouvelles compositions et de nouveaux types sont entrés dans l'iconographie et y ont pris une place d'autant plus importante à remarquer, que ce manuscrit unit aux particularités de l'art alexandrin le génie créateur de l'art chrétien'* ». De même, le type de Tévangéliste se ûxe : il apparaît pour la première fois, assis sous une arcade et écrivant, dans Tévangile syriaque de 586 et dans celui de Rossano : et ce modèle, visiblement inspiré des portraits d'auteurs classiques placés en tête de leurs ouvrages, se répétera désormais sans changement. Enfin, dès le vi** siècle, la typologie de plusieurs des apôtres, tels que Pierre, Paul et André, est arrêtée de façon définitive.
dakof, Monuments de Varl chrétien à VAthos, Pélersbourg, 1902 (russe), p. 141 sqq. ; Strzygowski, Die Maria Orans in der byz. Kunst (RQ, 1892) elEine alex. Wellchronik, p. 158 sqq.
1. Stuhirauth, Die Rngel in der altchristlichen Knnsi^ Fribourg, 1897; Fickcr, Die Darstellung der Apostel in der altchristl. Kunst^ Leipzig, 1887.