‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 134 sur 370 · Aïnalof, Oriff.\p · texte numérisé non relu

Aïnalof, Oriff.\p

l'art byzantin au VI^ SlàCLB 307

CARACTÈBB DE l'iGONOGBAPHIB

Son immobilité. — C'est cette tendance à fixer toutes choses, compositions et types, en formules immuables qui constitue précisémentla faiblesse de cet art byzantin. En inventant au v^ et au vi^ siècle cette magnifique sériede thèmes proposés par lui à la vénération des fidèles, incontestablement l'art chrétien d'Orient avait fait un grand efTort créateur. Mais ces thèmes, ayant pour objet essentiel d'exprimer aux yeux des fidèles les vérités de la foi, en prirent pour ainsi dire une valeur sacrée, et l'iconographie nouvelle, une fois qu'elle les eut fixés en des compositions parfois admirables, naturellement ne se préoccupa plus guère de les renouveler. Sans doute il ne faut point exagérer cette immobilité paresseuse. Beaucoup d'acquisitions nouvelles enrichiront, on le verra, au cours des siècles, l'iconographie byzantine ; les anciens thèmes se transformeront par le changement des attitudes, l'addition de personnages ou de motifs nouveaux ; des variantes nombreuses, en étendant ou en restreignant le développement de la composition, lui donneront comme un aspect jusqu'alors inconnu ; un constant mouvement d'évolution enfin renou* vellera cet art, et, tantôt sous l'influence de l'antiquité, tantôt sou» l'action de la tradition pittoresque et réaliste, le fera capable de création. Pourtant la raison d'être même de cet art, sa destination surtout religieuse, y produiront vite une tendance inévitable à fixer ses trouvailles, et surtout les plus heureuses, en formules définitives ; et la sève créatrice s'en trouvera assez promptement tarie.

Assurément le magnifique développement d'art qui marque le siècle de Justinien permet à peine de pressentir ces faiblesses que révélera l'avenir. Pourtant l'observateur attentif, qui s'efforce d'analyser le véritable caractère de cet art, ne saurait s'y tromper.

L'art byzantin au V/* siècle, — On a vu tout ce que l'art byzantin doit à Tart antique. Quand les artistes du v^ et du VI® siècle créèrent le style nouveau, leur esprit était plein encore des souvenirs du passé, ils vivaient au milieu de ses œuvres. Hntre les influences diverses qu'ils subirent, celle d'Alexandrie fut particulièrement puissante. Ils restèrent donc tout naturellement attachés à quelques-uns des principes essentiels de l'art classique. Comme lui, ils aimèrent la beauté des ordon-

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nances, la noblesse des attitudes, Télégance harmonieuse des draperies ; comme lui, ils eurent le goût du pittoresque cher à Tart hellénistique. Sans doute, sous l'action d'autres influences, ils exagérèrent parfois la symétrie, ils raidirent les libres créations de la Grèce. Un grand souffle d'inspiration antique traverse pourtant et anime Tart byzantin.

A cet élément classique s'ajoutèrent les influences orientales. On a expliqué en détail tout ce que l'art byzantin dut à la Syrie, à la Mésopotamie, à la Perse, soit pour les formes de l'architecture, soit pour le système de l'ornementation. Il leur dut autre chose encore, le goût du luxe, de la magnificence ; et surtout, à leur contact, il s'achemina vers des formes d'art plus voulues, plus conventionnelles, où se glaça trop souvent la fantaisie charmante de Tart antique.

Mais l'art byzantin ne se borna point à combiner les apports de deux grandes civilisations. Il fut vraiment créateur, et il le fut par le christianisme. Il s'est proposé pour tâche en effet, et il a eu le mérite de donner aux conceptions chrétiennes une physionomie originale, d'exprimer magnifiquement les splendeurs de la religion triomphante, la majesté des choses divines, les espérances que la religion offre à Thumanité. Et par là, malgré la place incontestable qu'il faut à Byzance faire à l'art profane, l'art byzantin fut surtout, fut essentiellement un art religieux. De bonne heure il eut un caractère théologique très prononcé, et il le conserva toujours. De bonne heure, l'Eglise, qui l'employa comme moyen d'enseignement et instrument de glorification, le guida et le surveilla assez exactement, et par là il prit vite une certaine uniformité. Et sans doute cette uniformité n'a point abouti à une immobilité stérile. Après le j^rand effort d'activité originale et créatrice qui marque le vi* siècle, plus d'une fois encore une vie nouvelle a pénétré et transformé l'art byzantin. Le ix® et le x® siècle ont été une époque d'éclatante renaissance ; le xiv® siècle a connu une dernière évolution, et non la moins curieuse, de l'art byzantin. Pourtant la fidélité à des types arrêtés, d'autant plus grande qu'à ces types l'esprit populaire attachait un sens sacré, a été de bonne heure, il faut le remarquer,, un des traits caractéristiques de cet art, et toujours des liens étroits l'ont uni à l'Eglise. 11 a dû à cette orientation particulière une réelle et incontestable grandeur; il lui devra aussi quelques-unes de ses faiblesses.

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