L'ART BYZANTIN DE JUSTINIEN AUX ICONOCLASTES
Décadence de l'empire byzantin au vu* siècle. — i. Les monuments de l'architecture à Constantinople. Kalender-hané. Hodja-Moustapha-pacha . — H. L'art byzantin en Orient. Arménie. Églises d'Etschmiadzin. Église de Saint- Grégoire. L'art arménien et l'art byzantin. Byzance et la Syrie. — lll. L'art byzantin en Occident. Rome. L'architecture. Les mosaïques. Sainte-Agnès. Oratoire de Saint- V'enance. Oratoire du pape Jean VU. Fresques des Catacombes. Santa Maria Antica. Saint-Sabas. Ravenne. Mosa'iques du vu* siècle.
Décadence de r empire byzantin au VII^ siècle. — Du iv* au vi»= siècle, Tart chrétien d'Orient s'était, de progrès en progrès, élevé jusqu'au point de perfection qui marque le siècle de Justinien. Ce magnifique essor ne se ralentit point tout de suite. Les premiers successeurs du grand empereur furent, comme lui, de grands bâtisseurs : par leurs soins, de nouvelles églises furent construites à Constantinople, de nouveaux embellissements s'ajoutèrent aux splendeurs du Palais-Sacré. Pourtant, dès ce moment, le puissant effort créateur, par où s'étaient caractérisés les siècles précédents, tend à se ralentir : on répète les formes consacrées, on n'invente l)lus guère. Un temps d'arrêt se marque, que bientôt la décadence suivra.
Aussi bien les circonstances historiques expliquent suffisamment celte atonie de Tart. Le long règne de Justinien avait épuisé les forces vives et les ressources de la monarchie. Dans la détresse des finances et la décomposition de Tarmée, les empereui^ de la fin du VI** siècle eurent une tâche étrangement difficile. L'invasion barbare, longtemps contenue^ débordait toutes les frontières ; les Lombards entraient en Italie, les Avars et les Slaves franchissaient le Danube, les Perses redevenaient menaçants en Asie. Les agitations intérieures, émeutes, révolutions, coups d'état, s'ajoutaient aux embarras du dehors. Ce fut bien pis au vu® siècle. Peu d'époques ont été pour Byzance plus tristes, plus désespérées. La Syrie, la Palestine, l'Egypte tombent aux mains des envahisseurs, l'Asie Mineure est ravagée, les Perses parviennent jusqu'en face de Constantinople ; en Europe, les Avars campent sous les murs de la
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capitale, les Slaves, à plusieurs reprises, menacent Thessalonique, et la détresse est telle qu'Héraclius songe à transporter sa résidence à Carthage. Sans doute, pour un court moment, Ténergique activité de cet empereur repousse Tinvasion et répare les désastres : mais aux Perses succèdent les Arabes plus redoutables. Cette fois, la Syrie, la Palestine, TÉgypte sont perdues pour toujours ; les Musulmans courent TAsie Mineure, les Slaves se répandent dans toute la péninsule des Balkans; bientôt les Bulgares s'installent au sud du Danube. De toutes parts l'empire se rétrécit, et la monarchie semble si bien perdue qu'un souverain, petit-fils d'Héraclius, quitte Constantinople pour aller vivre à Syracuse. Les finances sont ruinées, le commerce languit; pour couronner le tout, une anarchie effroyable agite à l'intérieur et achève de dissoudre la monarchie. Une seule préoccupation s'impose aux esprits, celle de la défense militaire et du salut commun : tout le reste, en face de tels soucis, semble secondaire et méprisable. Et en effet, la littérature est réduite à une condition lamentable : quelques théologiens, quelques hagiographes représentent toute l'activité intellectuelle de ce temps ; on n'y rencontre pas un historien, pas un philosophe, pas un poète. On conçoit que l'art partage la décadence commune. A l'exception de quelques embellissements apportés au palais par Justinien II, les textes ne mentionnent pas, pour tout le vu* siècle, une seule construction nouvelle élevée à Constantinople. Rarement l'art byzantin a connu plus complète déchéance.
On ne s'étonnera donc point qu'il subsiste fort peu de monuments de cette période. Pourtant quelques œuvres intéressantes ont surnagé, qui méritent d'être étudiées. Elles montrent, d'une part, quels fondements solides avait donnés à l'art le grand mouvement du VI® siècle, et comment par là cet art, longtemps encore, rayonna sur le monde ; elles montrent, d'autre part, la décadence assez rapide qui suivit ce grand effort de création et quelle nécessité s'imposait, pour réveiller et transformer l'art, de quelque chose de nouveau et d'original.
LES MONUMENTS DE l'aRCHITECTURE A CONSTANTINOPLE
La mort de Justinien, on l'a dit, n'interrompit point son œuvre. Ses successeurs, comme lui, se plurent aux constructions, et leurs
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inoDumenU s'inspirèpent des mêmes principes qui avaient gouverné i'art durant le précédent régne. Les édifices qui subsistent à Constantinople de ce temps, ou ceux dont les textes nous ont conservé le souvenir, répètent visiblement les types qui nous sont connus déjà, et que les chefs-d'œuvre de l'âge antérieur avaient consacrés.
Kig. I&1. — Conslaiitinoplt. Kalciider-hanO-djami (Phol. EbersoltV
Ainsi le Chrytiotriclinium bâti par Justin II dans l'enceinte du palais impérial reproduis!) le type de l'église des Saints-Serge et Bacehuset de Saint-Vîlal. C'était, d'après les desicriplions qui nous en restent, un bâtiment octogone surmonté d'une coupole, sur les huit faces duquel s'ouvraient autant d'absides, contrebutant la construction centrale ; le tout était inscrit dans un vasle curré. Au-dessus des huit arcs des absides et des pendentifs intercalés entre eux, régnait, comme à Saint-Serge, un riche entablement, au-dessus iluquel une galerie circulaire était ménagée sur le pourtour de la salle ; les murs et les vodtes étaient enrichis de mosaïques.
Kalender-hanê '. — .Ainsi la mosquée de Kalendcr-hané dig. 157
I. Freshneld, Notes on Ihc church noir called the Mosqoe of Ihe Kalender* ■il CP. (ArchaeoloiiriB, t. 55, 1 (1897) ; WiilIT, Die Koimesiskirche in MeHa : et les travaux de Gurlitl cl d'Ebersolt cil^K p. 131.
JUSTINIEN AUÏ ICONOCLASTES
et 158), où quelques savants veulent reconnaître l'église de la Uiaconissa bâtie par l'empereur Maurice, et qui, en tout cas, date au
Fig.lSB. — Constanlinople. Kalendcr-liano-djami. lnli!rieur(Pliot. Ebersolt;.
plus tard du vti'' siècle, semble, au moins dans sa forme primitive, avoir répété le type de la basilique à coupole. Fort remanié à difTérentes époques, cet intére^^sanl édifice ne laisse plus aujourd'hui aisément reconnaître son aspect original. L'abside circulaire qui le terminait a disparu pour faire place à un mur droit; une décoration.