HODJA-MOUSTAPHA-PACHA
d'ailleurs fort remarquable, de revêtements de marbre en a, »ans doute vers le xii® siècle, modifié la physionomie intérieure ; certaines dispositions premières, par où le plan du monument rappelait assez sensiblement celui de Sainte-Sophie de Salonique, paraissent avoir été altérées. La construction toutefois reste fort digne d'attention avec ses belles et vastes proportions, sonélég-ance un peu lourde. L'extérieur en est fort simple ; les lignes de l'édifice n y dessinent point de façon très marquée, comme le feront les monuments de Tâge postérieur, les dispositions intérieures du plan; une coupole, portée sur un tambour assez ample, couronne la construction. Un double narthex précède Téglise, le narthex intérieur étant surmonté d*une galerie qui s'ouvre sur le naos ; mais, ce qui frappe surtout, ce sont les quatre forts piliers qui soutiennent la coupole et qui, du côté de Test, se rattachent directement à Tabside. Le même trait caractéristique se retrouve dans tout un groupe d'églises conslantinopolitaines, à Hodja-Moustapha-pacha, qui semble dater du vu® siècle, à Gul-djami, qui appartient sans doute au ix*", à Atik-Moustapha-pacha, qui paraît du même temps. Toutes ces églises, fort vastes et de belles proportions, semblent former la transition entre le type de la basilique à coupole et le plan en forme de croix, dont elles se rapprochent par des dispositions encore lourdes ou gauches, et insuffisamment caractérisées.
Hodja-Moustapha-pacha * . — Pareillement la mosquée de Hodja- Moustapha-pacha, Tancienne église de Saint-André, qui date probablement du vn« siècle, est visiblement inspirée du plan de Sainte- Sophie (fig. 159). Gomme dans la Grande Église, la coupole centrale est contrebutée par deux demi-coupoles, reposant sur une base à trois pans, avec cette différence seulement qu'au lieu d'être pla-
Fig. 159. — (^onstuntinople.
Modja-Moustapha-dJami. Plan (d'après Pulgher).
1. Wulff, Die Koimesiskirche ; Strayfçowski, Byz. Denkm&ler^ III; Pulgher, Gurlitt, Ebersolt, ouvrages cités, p. 134.
31 4 l'art byzantin de justinien aux iconoclastes
cées à Test et à Touest, ces demi-coupoles sont disposées au nord et au sud. On obtient ainsi un dispositif qui rappelle à la fois Sainte- Sophie par la structure, et, par le plan, les sanctuaires triconqués d'Egypte et de Syrie. Par sa décoration également, le monument fait penser aux constructions du vi® siècle. Les chapiteaux du narthex, à volutes ioniques, surmontés d'un tailloir que décorent des feuilles d'acanthe dressées, ressemblent aux chapiteaux de Saint-Serge et de Sainte-Sophie. De même, aux colonnes placées sous le grand arc occidental, les chapiteaux ornés au centre d'un médaillon saillant ne sont point sans analogie avec ceux du vi^ siècle. Mais ce qui frappe surtout dans ce bel édifice, c'est, après le narthex aux lignes élégantes, les quatre piliers massifs qui, comme à Kalender-hané, soutiennent la coupole. Il faut noter également la façon dont, sous le grand arc occidental, les trois baies du rezde-chaussée pénètrent le berceau, de manière à déterminer des arcades en fer à cheval. Enfin, ici aussi, comme dans les églises du même groupe, on notera un acheminement vers le plan cruciforme, peu apparent encore toutefois; car la branche occidentale de la croix, isolée du naos par un mur droit inscrit sous le grand arc, constitue en fait comme un second narthex, au-dessus duquel, comme à Kalender-hané, régnait sans doute jadis une galerie ouvrant sur l'église.
Enfin, dans un autre édifice aujourd'hui disparu, l'évolution qui de la basilique à coupole a fait sortir l'église à croix grecque semble avoir été, dès ce moment, complètement achevée. Il suffit pour cela, on l'a vu, que les arcades qui soutiennent la coupole au nord et au sud, deviennent des berceaux ouverts coupant les collatéraux et se prolongeant jusqu'aux murs extérieurs. A Sainte-Irène déjà, on le sait, ce parti se préparait; il fut pleinement réalisé, au temps de l'empereur Justin II, dans l'église de Sainte-Marie des Blachernes. Les chroniqueurs racontent en effet que ce souverain ajouta à ce monument, qui avait la forme d'une basilique, deux absides placées au nord et au sud, « de façon que l'église eût la forme d'une croix » ( w; eîvai toCtov TTaîjpoeiof,. Zonaras, 14, 10, 2. Cf. Théophane, a. 6()61s
Ainsi les types d'architecture déjà connus persistent dans l'art byzantin de la fin du vi® siècle, et les formes nouvelles qui s'ébauchaient achèvent leur évolution logique. Et de même, le système de décoration ne change point. Un seul détail est digne de remarque : la peinture profane continue à tenir une grande place dans la décoration des édifices. Dans le portique qu'il fit bâtir aux Blachernes,
l'art byzantin en orient. — l'abménie 315
l'empereur Maurice fît représenter par ses peintres « les épisodes de sa vie, depuis son enfance jusqu'à son avènement au trône ». On ne saurait trop regretter ia perte de ces ouvrages d'un caractère historique et réaliste.
l'art byzantin en orient
Mais si, à partir de la seconde moitié du vi" siècle, Tart byzantin ne se renouvelle plus guère dans son pays d'origine, il garde cependant au dehors, par la supériorité des méthodes qu'il a créées, Tinfluence puissante qu'il exerçait depuis le début du vi* siècle dans tout le inonde chrétien. Rome, pour l'Occident, en fournira tout à rheure d'illustres exemples. Une autre preuve non moins remarquable de cette action se rencontre en Orient, dans l'Arménie. .
Arménie. — Par sa position géographique, l'Arménie se trouva de bonne heure dans une situation particulièrement digne d'attention. Entretenant des relations nombreuses avec la Syrie, la Mésopotamie, avec rOrient perse, elle devait tout naturellement en tirer d'utiles leçons. D'autre part, les rapports politiques étroits qu'elle avait avec Byzance la mettaient sous la dépendance des influences helléniques. Plusieurs des patriarches qui, entre le v* et le vn^ siècle, gouvernèrent l'église arménienne avaient été élevés en pays byzantin. Les architectes de Justinien avaient par ailleurs bâti dans les cantons d'Arménie d'assez nombreux édifices, qui pouvaient servir de modèles. De ce double contact avec la Grèce et avec l'Orient devait naître au vu® siècle, en Arménie, un art" intéressant et original. Assurément cet art est assez mal connu encore, et très insuffisamment étudié ; beaucoup des problèmes qu'il pose sont loin d'être résolus. Pourtant il vaut qu'on l'examine et qu'on tâche d'en déterminer le caractère et les origines. Les constructeurs arméniens, en effet, ont été des techniciens incomparablement habiles. Vivant dans un pays oii la pierre domine, ils ont développé la stéréotomie avec une singulière adresse. Voyageurs infatigables, prompts à se déplacer, ils ont propagé au loin leurs méthodes. Parmi les influences diverses qui au ix* et au x*' siècle agiront sur la Renaissance byzantine, celle de l'Arménie ne sera pas la moins considérable.
Or, dès le vu® siècle, ces constructeurs semblent avoir fait preuve