‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 14 sur 370 · ELEMENTS CONSTITUTIFS DE L*ABT BYZANTIN · texte numérisé non relu

ELEMENTS CONSTITUTIFS DE L*ABT BYZANTIN

Ainsi, par quelque côté qu'on le considère, Tari chrétien du IV* siècle apparaît tout pénétré d'influences orientales, qu'elles soient dues à la floraison persistante de rhellénisme, ou qu'elles proviennent de la renaissance de Tancien Orient. Mais à ces éléments, dont l'action est indéniable, d'autres ne se sont-ils point ajoutés ? et d'autre part, où et comment s'est accomplie la fusion de ces apports divers en un tout homogène et harmonieux ?

Orient ou Borne ? — On a attribué pendant longtemps, on attribue volontiers encore une part prépondérante, souvent même exclusive, à l'influence de Rome dans la formation de l'art chrétien. Certains savants, au premier rang desquels il faut nommer Wickhoff ' et dans une certaine mesure RiegP, pensent que, durant les deux premiers siècles de IVmpire, il se forma en Occident un art spécifiquement romain, qui se répandit uniformément dans tout le monde politiquement sou mis aux Césars. Cet« art d'empire romain » [RômischeReichs- Kunsi) aurait, en Orient, remplacé la vieille culture hellénistique à son déclin et y aurait constitué le fondement sur lequel, au iv* et au V* siècle, s'éleva l'art chrétien. D'autres écrivains, tels que Kraus ', tout en concédant qu'à l'origine Fart chrétien des premiers siècles a dû à l'Orient une part de son inspiration, estiment qu'aprè:» la paix de l'Église, Rome fournit à toute la chrétienté les types et le style qu'adopta l'art nouveau, et que le grand mouvement artistique qui se développa entre le iv« et le vu* siècle en Syrie et en Egypte, en Asie Mineure et à Constantinople, procède uniquement de Rome, et n'est autre chose qu'une forme provinciale de l'art romain de la décadence. Et sans doute, par un certain côlé, ces opinions, qui accordent à Rome une suprématie absolue dans la formation de Tart chrétien, peuvent s'expliquer. Tandis que les grandes capitales de rOrient chrétien, Alexandrie, Antioche, Constantinople même, ou bien ont disparu ou bien ne nous fournissent qu'un nombre fort restreint de monuments, Rome, au contraire, demeurée debout, et toute

1. Harlel et WickhofT, Die Wiener Genesis, Vienne, 1895. 3. Rieg], Die epitrômische Kanelindastrie, Vienne, 1901. Cf. du même auteur, SUlfragen, Berlin, 1893.

3. Kraus, Geschichieder chrUtUchen Kansl, t. I, Fribour^^, 1896.

16 ÉVOLUTION DE l'aRT CHRETIEN ORIGINES DE l'aRT NOUVEAU

pleine des souvenirs illustres de Tari chrétien, s'impose à Tatlention et Tacoapare par le prestige prodigieux dont fut environnée de bonne heure la ville pontificale. Nul ne se demande si ces monuments romains ne doivent point à TOrient les traits les plus caractéristiques qui nous frappent en eux : nul ne se préoccupe de chercher en Orient des points de comparaison qui en éclairent Torigine. Avec beaucoup d'intransigeance et parfois aussi d'assez singulières ignorances, on dogmatise sur des problèmes qui réclament la plus minutieuse étude, et jusqu'en ces dernières années bien peu de savants avaient osé s'inscrire en faux contre ces théories.

Les théories deStrzygowski. — 11 n'est que juste de rappeler que Gôurajod, il y a près de trente ans, avait, dans ses Origines de Varl roman et gothique*, mis en lumière avec insistance la part qui revient à TOrient syrien dans la formation de l'art chrétien, et que plus récemment M. Choisy définissait excellemment l'art byzantin, en écrivant qu'il est « l'esprit grec s'exerçant, au milieu d'une société à demi asiatit]ue, sur des éléments empruntés à la vieille Asie * ». Pourtant, ce n'est qu'en ces derniers temps que la science a réagi sérieusement contre rhypothèse des romanistes. En 1900, dans un beau livre, intitulé On^r me* hellénistiques de l'art byzantin ^ AïnaAoî mon" trait, par des exemples précis, tout ce que cet art devait à la culture hellénistique d'Egypte et de Syrie, et en particulier au style pittoresque qui caractérise l'art alexandrin. Simultanément, dans un ouvrage retentissant, intitulé de façon significative Orient oder Roniy un professeur de Graz, Strzygowski, revendiquait nettement pour l'Orient le rôle jusque là attribué à Rome. Par une série d'exemples bien choisis, il prouvait que, durant les trois premiers siècles deTère chrétienne, il exista en Orient, en Egypte, en Syrie, en Asie Mineure, un art chrétien original, indépendant de toute influence romaine. Que cet art se manifestât, dans le domaine de l'architecture, par des églises telles que celles de la Syrie centrale ou du plateau anatolien, dans le domaine de la peinture, par des ouvrages tels que les fresques d'une catacombe paimyréenne du m® siècle ou les poi^ traits si vivants et si expressifs découverts au Fayoum, dans le domaine de la sculpture enfin, par toute une suite de sarcophages d'Asie Mineure, au relief méplat, creusé à la virole, et qui datent

Origines de l'arl roman el gothique^ Paris, 1899. Cf. de Dartein, Élua^^HKarchiteclure lombarde et sur les origines de V architecture romano-byzantine^ Paris, 1882.

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