Choisy, VArt de bâtir chez les Byzantins^ p
LES THÉOBIES DE STRZYGOWSKI 17
du III* siècle, ou par les fragmenls de sculpture encaslrés dans la façade de Féglise du Saint-Sépulcre et qui proviennent de la basilique de Constantin, de Texamen de tous ces monuments se dégageait une conclusion identique. Ils n'avaient d'une part aucun rapport avec les ouvrages deTart romain, et d'autre part, tous ces produits d'un art local se ressemblaient par certains traits communs^. Dans tous on pouvait observer un singulier goût de réalisme dans la façon de traiter les figures, une place grandissante faite à la décoration, des motifs d'ornement d'une variété, d'une souplesse, d'une fantaisie qui n'avaient rien de la régularité romaine, enfin et surtout des effets obtenus, non plus par le modelé puissant des formait, mais par l'opposition des couleurs sur le fond presque uni du relief. De ces traits, certains étaient nettement hellénistiques, et Strzy- ^owski démontrait sans peine qu'ils procédaient du grand mouvement d'art qui, durant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne, se développa « dans les grandes villes orientales du monde hellénistique, en particulier à Alexandrie, à Antioche et à Ëphèse * ». Mais, d'autres traits venaient d'ailleurs : plus purement orientaux, ils se rattachaient aux plus anciennes traditions des divers pays d'où provenaient ces monuments.
Strzygoi^ski, en effet, a mis en pleine lumière le remarquable phénomène historique, signalé un peu plus haut, qui se produisit en Orient à partir de l'époque chrétienne. Assurément la culture hellénique subsista dans les grandes villes du littoral méditerranéen. Mais tandis qu'autrefois ces grandes cités propageaient puissamment à l'intérieur la civilisation grecque, maintenant cet arrièrepays, au contact de la Perse sassanide, reprit conscience de ses antiques et primitives traditions. Devant le vieil Orient qui se réveille, partout alors l'hellénisme recule. Des vallées du Tigre et de TEuphrate, l'esprit oriental réagit sur les pavs jadis hellénisés. En Egypte, le vieux fond traditionnel, si tenace à travers toutes les révolutions politiques, se ranime. En Syrie, les vieilles traditions sémitiques reprennent le dessus. Il en va de même dans la région de la Mésopotamie septentrionale, dans le pays qui a pour centres Edesse, Amida, Nisibe, et semblablement dans tout Tarrière-pays qui forme le haut plateau anatolien. Partout, à ce contact, naît un art original et vivace, où l'hellénisme se pénètre profondément
!• Orient oder Rom^ p. 8.
Munuel d'Art byiantin. ,2
18 ÉVOLUTION DE l'aRT CHRETIEN ORIGINES DE L*ART NOUVEAU
d'Orient; et jusque dans les grandes villes hellénistiques, se fait sentir Teffet de cette féconde combinaison ^.
Depuis lors, chaque année, avec une inlassable activité, Strzygowski a développé, enrichi, fortifié sa doctrine ; et peut-être même tend'il aujourd'hui à diminuer avec quelque excès, au profit de rOrient, Finfluence de la culture hellénistique. Il était, je pense, plus près de la vérité lorsqu'il écrivait dans son livre Kleinasien, ein Neuland der Kunsigeschichle : « Ce sont les grands centres hellénistiques de TOrient qui ont préparé la naissance du nouvel art mondial. L'arrière-pays égyptien, syrien et anatolien ne joue, en comparaison d'eux, qu'un r(Me secondaire^ ». Mais, quelle que soit la proportion, d'ailleurs considérable, des influences purement orientales dans la combinaison d'où sortit l'art chrétien, ce sera le mérite incontestable de Strzygowski d'avoir montré tout ce qu'il y eut, entre le iv« et le vi® siècle, de vie et d'activité créatrice dans tout cet Orient de Syrie, d'Egypte et d'Asie Mineure, d'avoir établi de façon décisive que, pour connaître les origines de l'art chrétien et byzantin, ce n'est point vers Rome qu'il faut tourner les yeux. Au iv* et au V** siècle, cet art, loin de recevoir quelque chose de Rome, s'est au contraire développé en dehors d'elle, par la combinaison du vieil Orient et de l'hellénisme, et il a exercé dans tout le monde chrétien, et jusqu'à Rome même, une influence prépondérante. • Les théories dont je viens d'exposer à grands traits les lignes générales ont, en ces derniers temps, renouvelé trop complètement la diflicile et délicate question des origines de l'art byzantin pour qu'il ne fût point indispensable d'en marquer ici, au moins brièvement, l'importance. Et aussi bien, si pour quelques points de détail, on peut ne point partager les idées de Strzygowski, il faut reconnaître que, dans l'ensemble, la doctrine qu'il soutient paraît inattaquable. Mais s'il convient donc d'exclure Rome complètement du débat, d'attribuer à l'hellénisme pénétré par l'Orient la place essentielle dans la formation de l'art byzantin, il faut également faire sa part à la capitale de l'empire oriental, à Constantinople.
Rôle de Constanlinople, — Du jour où, par la volonté de Constantin, Byzance devint la résidence du prince et le centre
1. Cf. en particulier sur ces questions le mémoire déjà cité, Hell&s in des Orients Umarmung.