‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 150 sur 370 · LES CONSTRUCTIONS DE THEOPHILE AU PALAIS-SACRE · texte numérisé non relu

LES CONSTRUCTIONS DE THEOPHILE AU PALAIS-SACRE

Les constructions de Théophile au Palais-Sacré*. — Entre le palais de Daphné et le Chrysotriclinium, Théophile fit édifier un vaste ensemble de bâtiments. Ce fut d'abord une salle du trône, le Triconque, ainsi nommée parce qu'elle se terminait par trois absides, disposées à Test, au nord et au sud. Les murs en étaient splendidement revêtus de marbres multicolores ; la voûte était dorée. Vers Touest, la salle s'ouvrait sur une terrasse de forme demi-circulaire, le Sig^ma, semblablement parée de l'éclat des marbres polychromes, et couverte d'un plafond doré que portaient quinze colonnes de marbre phrygien. En avant du Sigma s'étendait un péristyle, d'où l'on descendait sur la place de la Phiale. C'était une cour à ciel ouvert, au milieu de laquelle se dressait une fontaine de bronze, dont la margelle était d'argent, et qui était décorée au centre d'une pomme de pin en or. Sur les côtés de la cour étaient disposés des gradins de marbre, et, sur l'un des paliers qui les coupaient, s'élevait un petit portique de marbre, où deux lions de bronze jetaient de l'eau par leurs gueules ouvertes. C'est dans ce décor magnifique que se donnaient quelques-unes des fêtes qui remplissaient la vie impériale. C'est là que les factions de l'Hippodrome venaient présenter au souverain leurs chevaux caparaçonnés d'or; c'est là que se dansait la lente et solennelle danse aux flambeaux qui, aux fêtes des Broumalia, accompagnait la réception du saj:imodexinion; le basileus présidait à ces cérémonies, assis sur un trône d'or étincelant de pierreries, au-dessus duquel s'élevait un dôme d'or porté par quatre colonnes de marbre vert.

Tout autour de cette partie centrale du nouveau palais se disposait une suite de salles ou de pavillons non moins splendidement décorés. C'était la salle de l'Amour, qui servait de cabinet d'armes, et dont les murs étaient couverts de peintures représentant des boucliers et des trophées. C'était le triclinium de la Perle, soutenu par huit colonnes de marbre rose, et dont les murailles étaient ornées de mosaïques figurant toute sorte d'animaux. C'était la chambre à coucher d'été de l'impératrice, dont quatre colonnes supportaient la coupole dorée, et qui était toute pavée et incrustée de marbres précieux. Ailleurs, au milieu des jardins, s'élevait une série de pavillons somptueux. C'était le Camilas, que couvrait une coupole dorée soutenue par six colonnes de marbre vert, et dont les

1. Labarte, Le palais impérial de Constantinople, Paris, 1861 ; Ebersolt, Le grand palais de Constantinople et le livre des Cérémonies^ Paris, 1910.

murs, incrustés de marbres à la partie inférieure, étaient daos le haut revêtus de mosaïques d'or représentant des statues cueillant des fruits. Une autre pièce lui faisait suite, ég^alement décorée de mosaïques, où des arbres et divers ornements se détachaient ^en vert sur des fonds d'or. C'était encore la salle du Mousikos ou de THarmonie, chambre à coucher de l'impératrice, qui devait son nom à la variété et à l'agencement harmonieux des marbres dont elle était parée, autant qu'à son beau pavé de mosaïque, qui semblait une prairie émaillée de fleurs.

Enfin, dans d'autres parties du palais, dans la salle du Lausiacos et dans la galerie de Justinien, Théophile avait également fait placer des revêtements de mosaïques d'or. Près de là, un dernier pavillon renfermait quatre salons couverts d'une coupole d'or que soutenaient quatre absides ; les murs étaient couverts de peintures.

Toutes ces constructions attestent pour la première moitié du IX* siècle une prodigieuse activité artistique. Ce n'est pas tout. Pour rehausser encore la splendeur du palais qu'il faisait élever^ Théophile le para de merveilleux objets d'orfèvrerie. Dans la grande salle de la Magnaure, où se donnaient les audiences solennelles, ce fut «n vrai décor de féerie. Un platane d'or ombrageait le trône de l'empereur, et sur ses branches étaient perchés des oiseaux d'or ; au pied du trône, des lions d'or étaient couchés; sur les côtés, des griffons d'or semblaient monter la garde ; en face, se dressaient des orgues d'or, ornés d'émaux et de pierreries. Ces chefs-d'œuvre de richesse et de luxe étaient aussi des prodiges de mécanique. Au moment où l'ambassadeur était introduit, les oiseaux posés sur le platane s'agitaient et chantaient ; les griffons se dressaient sur leur socle ; les lions se soulevaient, battaient l'air de leur queue et faisaient entendre de métalliques rugissements. Toutes ces merveilles étaient l'œuvre d'un artiste fort habile, parent du patriarche Antoine, et à qui le basileus Théophile avait confié le service de l'orfèvrerie impériale. C'est lui également qui avait exécuté le Pentapyrgion, grand coffret d'or qui avait la forme d'un château à cuk( tours, et où l'on déposait les insignes impériaux et les joyaux de la couronne. En outre Théophile avait fait renouveler, avec une magnificence inouïe, toute la garde-robe impériale, les vêtements de parade que portaient aux jours de cérémonie le basileus et TAugusta, les robes tissées d'or ou brodées d'or que revêtaient dans les processions solennelles les sénateurs et les grands dignitaires antiques. Et si, dans les récits que les chroniqueurs nous font de

INFLUENCE DE l'oRIENT SUR CET ART 343

ces magnificences, il entre peut-être quelque part d'exagération, si à Byzance comme ailleurs, tout ce qui reluit n'est pas or, l'ensemble toutefois laisse une impression assez forte de splendeur, de goût et de beauté : dans le palais rebâti el tout éclatant d'or, les empereurs iconoclastes avaient su, à une magnificence prodigieuse, unir des formes d'art pleines de nouveauté et d'attrait.

Influence de V Orient sur cet art. - Un trait caractéristique frappe dans ces manifestations artistiques, c'est tout ce qu'elles doivent à l'Orient, surtout à l'Orient musulman. C'est qu'en effet cette première moitié du ix® siècle était l'époque où, sous les Haroun-ar-Raschid et les Mamoun, Bagdud atteignait lapogée de sa splendeur. Les merveilles du palais impérial de Byzance rappellent étrangement les merveilles du palais des Khalifes abbassides. On retrouve dans la capitale arabe le même luxe des salles d'audience, avec le même décorde féerie et les mêmes prodij^es de mécanique, et aussi le même goût des pavillons mystérieux cachés parmi les ombrages et les fleurs. C'est sur ces splendeurs de l'art musulman que visiblement Théophile avait pris modèle. On lit dans un chroniqueur qu'en l'an 835 Jean le Syncelle, l'ancien précepteur de l'empereur, fut envoyé en ambassade à Bagdad : il y fit un assez long séjour, éblouissant les Sarrasins par sa magnificence, plus ébloui lui-même par tout ce qj'il vit autour de lui. La beauté des édifices arabes le séduisit tout particulièrement, et, à son retour, il fit à son maître des descriptions si enthousiastes du palais des Khalifes que Théophile voulut à toute force en posséder un semblable. Ce fut le palais de Bryos, qui, dit un contemporain, « par le plan et la décoration, reproduisait sans changement les palais sarrasins ». Aussi bien, si Ton considère les édifices précédemment décrits, l'influence de l'Orient y est partout manifeste. Au Palais-Sacré on rencontre la disposition en triconquc, que nous avons trouvée jadis en ftgypte, en Syrie, à Mschatta ; et ce plan plaît si fort à l'empereur qu'au palais de Bryos il le fera répéter dans Téglise consacrée à saint Michel. Ailleurs on observe le plan en quatre-feuilles, que nous avons rencontré déjà en Arménie. Enfin, Tun des pavillons de la résidence impériale, probablement construit à cette époque, le Mouchroutas, est arabe par son nom imachrouta en arabe signifie cône) autant que par son architecture. Avec son escalier décoré de dentelures, ses coupoles coniques, ses pendentifs à stalactites, il rappelle les édifices de l'Orient musulman ; et aussi bien l'appel le-t-on « la maison persane », ce qui veut dire « arabe» dans tout le moyen âge byzantin.

Mais plus encore que dans les partis de Tarchitecture, cette influence orientale apparaît dans la grande place qui est faile à Tart décoratif^. Les motifs des mosaïques que nous avons signalées se rattachent tous à Tart ornemental ; à l'imitation des Arabes, la peinture d'histoire, qu'avait conservée Constantin V, est maintenant entièrement écartée. Et il n'y a là rien qui nous doive surprendre. Dans la Constantinople du ix^ siècle, c'est un afflux constant d'éléments orientaux, Asiatiques, Arméniens, qui détiennent les postes les plus élevés de l'administration et de l'armée, en attendant que, avec les princes de la dynastie dite macédonienne, ils se haussent jusqu'au trône même.

C'est de l'Orient enfin qu'est venue à Byzance, vers cette époque, la pratique de l'émail cloisonné. L'origine orientale n'en est point douteuse : c'est la Perse qui en inventa les procédés. Maison ne sait pas très exactement en quel temps Byzance les lui emprunta. Nous avons précédemment signalé plusieurs monuments du vi** et du vu** siècle (reliquaire de Poitiers, croix Hope au musée de South-Kensington, reliquaire Oppenheim), où les émaux se mêlent à la verroterie cloisonnée et qui paraissent indiquer que, dès ce moment, les orfèvres byzantins s'essayaient à cette technique nouvelle. Mais ces pièces sont rares et exceptionnelles, et il semble bien que c'est la période iconoclaste, où l'attention était fort éveillée par TOrient, qui développa les procédés de l'émaillerie cloisonnée et les mit en honneur. A partir de ce moment, en effet, elle occupe dans la décoration une place importante et devient un des éléments essentiels du luxe byzantin.

LES MONUMENTS DE l' EPOQUE ICONOCLASTE .

Ainsi, à l'art religieux les iconoclastes avaient substitué un art nouveau, un art surtout officiel et profane, qui se caractérise par le retour au décor pittoresque antique et par la prédominance des motifs ornementaux empruntés à l'Orient. De cet art très actif, luxueux et magnifique, il ne nous reste malheureusement presque aucun monument : non seulement les grands édifices, avec leurs

1. On peut se faire quelque idée de ces peintures de Té poque iconoclaste par les fresques qui décorent le chàleau ommiade d'Arara (Cf. Strzygow^ski, AmrA nnd seine Malereien, dans Zeitschr. f.biidende Kunst, 1908).

MOSAÏQUES nE SALONiguE 345

riches décorations, n'ont laissé nulle Irace ; mais les ouvrages secondaires mêmes, les produits de l'art industriel manquent presque absolument pour celte période. Et c'est pourquoi, dans l'histoire de l'art byzantin, l'époque de la querelle des iconoclastes est la plus obscure de toutes. On entrevoit par les textes l'importance considérablequ'elle eut sur le développement ultérieurde l'art; les monuments, religieux ou proFanes, font presque complètement défaut tniur l'étudier.

Fi(E. 16», — Salonique. MoMÎques de Saint-D*méLrius(Ph<il. I.c Tournenu).

Moiatques de Sahiliqae'. — Des nuvres de l'ari monumental, il ne subsiste que quelques fragments demosaïques,m3isdalé3 avec précision et par là singulièrement précieux. A Saint-Démélriusde Palonique.au milieu du décordu v'et du vi' siècle dont il a éléprécédemmenl fait mention, trois médaillons ont été insérés au moment de la reslauratlon de l'édifice, avec une inscription qui semble se rapporter au temps de Léon III (lif-. 169). Ils représentent saint Démétrius, flanqué de deux personnages ecclésiastiques, dont l'un est un évèque, Vautre un simple prêtre : ce sont peut-être les portraits des restaurateurs de l'église ; l'exécution en tout cas estasses: remarquable parson caractère de réalisme. A Salonîque, pareillement, dans l'abside de

l- Oiispcnski, Moêaiif ues récemmeiil déronverlei li Saînl-Démélriii» lieSataniqD«(lIR, XIV. 1909i iViehlell-eTouraeuu. Ut iiio»iiUiiies'ilrSni»lr-Soiikie •It Saloniqne Mon, Pîot, XVI. ISM}.

346 LA IjlIERBLLB DES IMAGES

Sainte-Sophie, la décoration date de la fin du viii' siècle, comme l'attestent les monogrammes de l'empereur Constantin VI, de l'impémtrice Irène et le nom de l'évèque Théophile, qui figura en 787 au second concile de Nicée. La Madoney trône sur un fondd'or(tig. 170), asseï

lourde d'aspectet drapée de plis compliqués ; la figure est très modelée, et l"on voit, en comparant l'image telle qu elle est exécutée aveu l'eirel qu'elle produit vue du sol, combien l'artiste savait encore admirablement son métier et s'efforçait de tenir compte de la courbure très accentuée de l'abside. Toutefois on sent quelque décadenve

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dans celle ii'uvre un peu gauche el morne : seul l'enfanl divin, au visage expressif el charmant, dont la robe d'or brille sur le vétemenl sombre de la Madone, est exquis de grâce el de vivacité.

Il esl matheureusement plus diTlicile de daler avec préciï'ion les ouvrages des arts mineurs qui pourraient remonter à l'époque des iconoclastes. Le style ornemental et profane que cette période a remis en honneur n'a point, en eflel, disparu avec elle ; il a persisté

Fig. m. — Colfrel de VeroU (Musie de Soulh-Kemiaglon), Couvercle,

durant les siècles suivants, et au x' siècle encore son action se faisait puissamment sentir dans l'art byzantin. Il n'y a donc point là un élément d'absolue certitude, el c'est avec beaucoup de prudence et de réserves qu'on tentera de proposer quelques conclusions.

Ivoire*' ■ — Certains groupes d'ivoires, qui nous onl été conservés, semblent bien devoir être attribues en partie à la période iconoclaste, Cesonlcescoiïrets, remarquables par l'ornementation à rosettes, tout orientale, qui en couvre les bordures, et par les sujets profanes qui en décorent les panneaux. On y voit des scènes de chasse, d'hippodrome, même de guerre, qui se déroulent en longues frises rappelant les peintures dont les empereur-; iconoehstes parèrent leurs constructions. Ailleurs, ce sont des scènes mythologiques ou pastorales, el encore des reproductions de médailles antiques alternant

t. Uolinier; Hûioire générnle dei a rit appliqués h Hniluslrie. 1. 1, tei Ivoirti, Piris, U96;Gneven, Ein ReliqaieakSilchen aai Pimno (Jahrb.iterKuiiHlhint. Samml. d. alierhôclisten Kaiserhausea, XX), Vienne, tK99 ; Aniike Vorlagen, hyianLElfenbeinretiefi {}FK.\VUI),hcrlin, IH97,

dans la bordure avec les rosettes, bref une décoration où nenlre aucun élément religieux. De ces monuments, d'un art puremenl civil, l'intérél est incontestable : mais on s'est demandé s'il ne fallait point les rattacher tous à la renaissance qui suivit la querelle des images et où l'arl , a^ant rompu avec beaucoup de ses inspiralions coulumicres, cherchait volontiers des modèles dans l'imitation des bas-reliefs antiques. Il semble plus naturel peut-être d'en faire honneur directement à la pure tradition alexandrine qui, persistant jusqu'.'i l'époque iconoclaste, aurait contribué à conserver et à développer en ce tem ps le goût des motifs de l'art hellémstique. Kn tout cas. il V a un rapport étroit entre ces colTrets et l'artd'une période qui encouragea les fêtes païennes et la peinture de genre, et on a puavec vraisemblance attribuer ùcelart icopetits monuments, )e

I moins de

noclaste les plus anciens

coifi'et de Veroli par exemple, aujourd'hui au Soulh-Kensingtt sont représentés le sacrifice d'iphigénie, l'enlèvement d'Kurope (fig. 171), Pégase buvant et diverses scènes bachiques (fig. 17-i}. et le coffret de Pirano, aujourd'hui à \'ienne. où l'on voit des scènes d'hippodrome et des épisodes bachiques. La plupart pourtant de ces coffrets, uù il n'est point rare de rencontrer des détails empruntés aux miniatures chrétiennes, appartient certainement à l'époque de la renaissance macédonienne.

En revanche, deux plaques de dipt\que, conservées à Vienne et au Bargelio de Florence, semblent bien dater de la fin du vin* siècle. Sous un dôme porté par des colonnes, une impératrice est debout, lourdement drapée, assez gauchement modelée (fig. 173). On y a reconnu l'impératrice Irène : et, en e!fel, l'art qui se révèle dans ces deux monuments offre do!

de l'abside de Sainte-Sophie de réelle de la composition, un sei

ration, et dans l'ei

mbie

ictères assez semblables à celui nique. On y observe une entente ntassez remarquable de la déco-

certaine majesté simple.

HWIATURBS 349

Emaux'. — D'après Kondakof, le plus ancien monument daté de l'émaillerie byzantine appartiendrai ta l'époque des iconoclastes. C'est lepaliottû de Saînt-Ambroise à Milan, qui date de 835 environ. Les émaux y servent simplement à encadrer les basreliefs ou les icônes, et le décor purement ornemental y esl d'un coloris encore assez pauvre ; on n'y trouve que trois couleurs, vert émeraude, bleu turquoise et rouge.

Il faut ajouter que l'origine byiantinedece monument est fort contestée, et rappeler qu'avant le II* siècle déjà, l'art byzantin connaissait, semble- t-il, les procédés de l'émailleric cloisonnée. Mais on doit accorder que l'époque iconoclaste en développa vraisemblablement le goût :

en tout cas, le palioUo de Milan n'est que le début modeste d"un art qui sera admirable.

Minitlvr,,: - LU- >> "'■ -.'■"T't"^"", ^''^S' '''■',0/," ivoire du Musée Nalionsl de Florence (Phol. lustration des manu- Alinnri).

scrits, au contraire, est plus caractéristique des tendances del'époque.

Ce qu'on y observe d'abord, c'est le goût qui se manifeste alors

V. Kondakof, Hùtoîrt e( monamtali deiimaax bysaaiini. Francforl-sur-le- Mein, 1892.

1. Kondakol. Uisloirr de l'art byianlin; Aïnalor. Originel, p.. H et suiv.

pour rillusiration des manuscrits scieatiiiques. La bibliothèque du Vatican possède un Ptolémée, illustré entre 813 et820, probablement à Constantinople, à Tintention d'un empereur ou d'un grand personnage. Les miniatures en sont fort curieuses. Sur une sphère d'un bleu sombre des animaux figurent les diverses constellations ; ailleurs est représentée la marche du soleil à travers les signes du zodiaque : sous chaque signe, un dieu est assis ; douze figures deminues, six de teinte claire, six de couleur plus sombre, personnifient les jours et les nuits; au centre, dans un médaillon à fond d'or, le soleil est représenté sous les traits d'un jeune homme, portant une couronne d'or d'où s'échappent des rayons d'or; il est monté sur un char traîné par quatre chevaux. Ailleurs Sélènè est figurée sur un char à deux chevaux, une torche dans chaque main ; aux angles de la miniature sont placés le Jour et la Nuit. H est de toute évidence que cette illustration n'est que la copie d'un prototype beaucoup plus ancien, peut-être même, s'il en faut croire Aïnalof, de Toriginal tel qu'il sortit de la main de Ptolémée. Mais l'exécution est vraiment artistique et prouve bien que, selon la remarque d'Aïnalof, il y eut à ce moment une véritable « renaissance de l'art alexandrin sur le sol byzantin ».

A côté de cette part que l'art iconoclaste faisait à la tradition antique, l'influence orientale se marque dans la tendance décorative, « trait principal, dit Kondakof, de la miniature byzantine pendant cette période ». La Bibliothèque nationale conserve un évangéliaire grec du ix® siècle (Gr. 63, Colbert), qui n'est point à cet égard sans intérêt. L'exécution en est assez médiocre : mais c'est un curieux exemple d'une illustration où la figure humaine est complètement absente. Le décor est purement ornemental ; ce sont de grandes lettres ornées, des médaillons avec des rinceaux, au milieu desquels on voit des fleurs, des fruits, des oiseaux ; des architectures enfin encadrent, selon l'usage, les canons. D'autres manuscrits de même style se rencontrent dans la bibliothèque du Sinaï. On y admire surtout les initiales formées de poissons, d'oiseaux, d'entrelacs, de serpents ; les figures d'oiseaux et d'animaux y sont fort nombreuses. Sans doute cette ornementation caractéristique persistera au x^ siècle, et les initiales des plus beaux manuscrits de l'époque macédonienne montreront dans l'arrangement de ces motifs une prodigieuse virtuosité ; mais tout fait croire que Konda- Ivof a raison, quand il attribue à la période iconoclaste l'origine de ce genre de décoration.

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