‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 151 sur 370 · MINIATURES · texte numérisé non relu

MINIATURES

Ce qui est peut-être plus remarquable encore, c'est que, dans les manuscrite religieux mêmes qui datent du ix^ siècle, se manifeste nettement TinQuence de ces tendances nouvelles.

A Milan, à TAmbrosienne, on conserve un manuscrit grec de Gré- «roire de Nazianze. C'est le n® 49 50, et il date du ix* siècle. L'exécution en est assez hâtive et négligée ; mais le caractère de Tillustralion est fort remarquable. Sans doute on y trouve représentés les événements de l'Ancien Testament ; les prophètes y figurent ; mais les scènes évangéliques y sont presque entièrement absentes, signe évident de Tindiffirence de Tarliste pour les préoccupations Ihéologiques. Ceci apparaît davantage encore dans le tour essentiellement profane de la plus grande partie de Tiliustration. Les allusions mythologiques et poétiques que contient le texte, la traduction littérale des allégories et des métaphores mêmes qu'emploie l'orateur, ont fourni matière à de nombreuses miniatures. Sans doute, ici encore, il n'est guère contestable que nous ayons affaire à une copie d'un original notablement plus ancien : mais il est remarquable que, de ce prototype, l'illustrateur du ix* siècle ait, avec une prédilection marquée, retenu surtout les images profanes. Plus tard, au temps de Basile I, pour illustrer les œuvres de Grégoire de Nazianze, on s'inspirera plus volontiers du modèle constitué sous l'inspiration des théologiens, et que représente si brillamment le Parisinus 510 ; au temps des iconoclastes, ou dans la période qui suit immédiatement leur domination, on va de préférence à l'illustration profane, telle qu'elle s'était formée sous l'influence des commentateurs alexandrins de Grégoire. C'est donc toujours le même retour à la tradition antique, que nous avons plus d'une fois déjà signalé comme caractéristique de cette époque, et qui se manifeste pareillement dans l'exécution. Les tons moelleux des chairs, les draperies largement traitées, le relief bien net, le dessin aisé, l'aspect sculptural des compositions, tout atteste le retour à la manière antique, ramenée à ses principes essentiels.

Le même caractère et le même style se retrouvent dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale (Gr. 923), qui contient des morceaux choisis des Pères de l'Église. C'est le même goût antique, et, dans le choix des sujets, la même prédilection pour les scènes de j^'enre. Parmi les sujets empruntés à l'Ancien Testament, on a retenu de préférence les épisodes anecdotiques : l'histoire de Sanison, la vie de Job, Nabuchodonosor broutant l'herbe comme un ours, l'adultère Thamar, etc. On a développé avec complaisance en

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représentations familières toutes les allusions que contient le texte, et montré ici le médecin charlatan travaillant devant le public, là des athlètes nus ou s'habillant, ailleurs le peintre à son chevalet. Sans doute, comme dans TAmbrosianus, Texécution est médiocre : mais Tesprit tout antique de l'illustration est significatif et digne d'attention.

l'art religieux a l'époque iconoclaste

On répète volontiers que les iconoclastes ont anéanti l'art. Ce qui vient d'être indiqué montre amplement combien ce reproche est peu justifié. Mais il y a plus. On ne saurait même dire avec vérité qu'ils aient anéanti Tart religieux. On vient de citer plusieurs manuscrits de cette période où, sous l'influence des tendances nouvelles, l'illustration religieuse se pénètre curieusement d*éléments profanes. D'autres monuments du même temps attestent par ailleurs que l'art persécuté, loin de périr, dut au contraire à la lutte un regain d'activité.

Les rigueurs des empereurs iconoclastes atteignirent surtout la peinture monumentale. L'orthodoxie proscrite trouva un refuge dans la miniature. Toujours, on le sait, l'ornementation des manuscrit^; avait conservé à Byzance plus d'indépendance : l'opposition religieuse rencontra donc là un terrain où elle put sans peine manifester toute l'énergie de ses sentiments, toute la ferveur de sa foi, toute l'ardeur de ses haines, où l'art religieux put développer assez librement tout ce qu'il avait en lui de force créatrice. De là est sorti un monument tout à fait remarquable, né en pleine période iconoclaste, probablement au monastère du Stoudion, dans la première moitié du ix** siècle : c'est le Psautier à illustrations marginales, qu'on appelle aussi le Psautier « monastique et théologique».

Le Psautier Chloudof*. — On rencontrera plus tard, au x* et au xi« siècle; de beaux psautiers illustrés, exécutés pour des empereurs, et que décorent magnifiquement de spiendides miniatures en pleine page ; ils constituent le groupe qu'on nomme « aristocratique »> . Mais ce n'est point sous cette forme somptueuse que l'époque des

1. Kondakof, Miniatures d'an manascrit grec du psautier de lu collection Chloudof, Moscou, 1878 ; Histoire de Varl; Tikkunen, Die PsalterillnstrAtion im MitteUilter^ Helsingfors, 1893.

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icoDoclasles comprit l'illualration (te ce livre fameux. Il la voulut loute populaire, tout appropriée à l'inslruclion de la [ouïe ignorante. Depuis longtemps le Psautier était pour les masses une lecture édiriante parliculièrement chère ; il répondait bien au goût qu'ataienl les Byzantins pour les spéculations religieuses et théolo- ^jques : saint Basile n'avait-il point dit que les Psaumes contenaient << la théologie tout entière » ? Les moines encouragèrent ce goût, et

Kitf. 171. — Silène. Mininlure du psautier Clitoudof (d'après Kondakof..

dans l'illustration qu'ils créèrent pour le Psautier, ils 'résumèrent " sous une forme vivante et populaire, combinée pour l'édification des masses, toute la science théologiqueet historique du temps ' ». De là vient l'aspect très particulier qu'a pris cette illustration, dont l'un des plus anciens exemplaires n.ius est olTei't par le Psautier Chloudof, conservé à Moscou au monastère de Saint-Nicolas. Il est orné de nombreuses vignettes marginales (plus de 200). vivement exécutées, d'un dessin rapide et aisé, enluminées très simplement avec des couleurs mates fondues très harmonieusement. La composition est nette, élégante, remarquable pur l'animation et l'heureuse disposition des groupes ; les mouvements des figures, un peu rudes, ont du naturel et de la vie. Peu d'emprunts sont faits à l'art antique ; il y a, au contraire, un souci de l'observation, une

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