‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 153 sur 370 · CONSÉQUENCES DE LA CRISE ICONOCLASTE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA CRISE ICONOCLASTE

Le Physiologus *. — Le même esprit et les mêmes allusions se retrouvent dans Tillustration d'un autre ouvrage, le Physiologus, sur lequel on reviendra ultérieurement. Elle doit visiblement son origine au même mouvement Ihéologique et monastique qui suivit immédiatement la défaite des iconoclastes, et où se manifestèrent Tâpreté des haines et la joie du monachisme victorieux. Sans doute, on le verra, un cycle naturaliste plus ancien s'est combiné dans cette illustration avec le cycle religieux, à tendances allégoriques et symboliques, qui rappelle le Psautier Chloudof Mais la place faite dans cette rédaction aux Pères de TÉgiise dont les doctrines avaient été citées au cours de la querelle des images, Técho des polémiques contemporaines, qui apparaît dans la représentation des Ariens et de Simon le magicien, suilîsentà en dénoncer Torigine. Ce sont les moines du ix^ siècle qui, vers le même temps où ils créèrent le psautier illustré, conçurent cette autre illustration populaire destinée, comme celle du Psautier, à l'instruction morale des masses ^.

De tels exemples suffisent à démontrer quelle activité Tart religieux conserva au milieu même de la persécution. Les créations qu'il fit alors devaient avoir une importance essentielle pour le développement ultérieur de l'iconographie byzantine : tout cet ensemble d'idées, en effet, que la miniature exprima d'abord, toutes ces conceptions théologiqaes auxquelles, pour la première fois, elle donna une forme artistique, passèrent de là dans la peinture monumentale ; et ce fait nous mène à une autre conséquence qu'eut pour l'évolution de l'art byzantin la grande crise des iconoclastes.

Conséquences de la crise iconoclaste, — Après la victoire des défenseurs des images, l'art religieux persécuté se développa naturellement en une merveilleuse floraison ; mais il dut aux épreuves qu'il venait de traverser de prendre un caractère particulier.

L'art byzantin, on l'a vu, possédait dès le vi*' et le vn^ siècle certaines traditions fortement établies, qui ne pouvaient manquer

1. Strzygovvski, Der Bilderkreis des griechischen Physiologus, Leipzig,

2. Cf. Strzygowski, loc. cit., p. 95-97, 98-99. Il est remarquable que ce caractère polémique de la miniature persista après l'époque iconoclaste. Nicétas raconte dans sa Vie d'Ignace qu'on trouva chez Photius un manuscrit renfermant les actes du concile qui condamna Ifcnace. Il était illustré de miniatures, qui représentaient ce patriarche battu de verges, insulté, déposé ; dos légendes injurieuses inscrites à côté de sa figure rappelaient « le diable » ou « le ills de perdition » {Vit. Ignatii^ p. 540-5-il^. C'est la môme tendance que l'on observe dans le Psautier Chloudof.

d'engendrer assez vite quelque monotonie dans les compositions et les types. La querelle des images eut pour effet de fortifier davantage encore ces traditions. De la persécution subie, Tart religieux, en effet, reçut comme une consécration : « la vénération populaire, dit très bien M. Bayet, s'attacha à lui avec plus de ferveur ; et ce fut dès lors un acte de piété de reproduire les images telles qu'elles avaient été proscrites ' ». Le concile de 787, en ordonnant de vénérer ces images comme des objets d'une particulière sainteté, en déclarant que « l'honneur témoigné à une image revient à celui qui est représenté sur l'image », acheva de donner aux compositions sacrées un caractère d'immuable uniformité. L'art byzantin avait eu, dès l'époque la plus ancienne, un cardctère théologique très prononcé : à partir du ix^ siècle, la puissance de l'Eglise devint plus absolue encore. La querelle des images avait été surtout une lutte contre les moines. Les moines l'emportaient. Par leur ascétisme, ils avaient depuis longtemps acquis une force invincible dans le monde chrétien ; par la victoire qu*ils remportèrent sur Thérésie. leur prestige devint plus grand encore. Ils marquèrent désormais toutes choses de leur influence, la littérature aussi bien que Tart. Le couvent du Stoudion, qui avait été le centre de la résistance contre les iconoclastes, devint à Constantinople le centre de l'esprit monastique. De là sortit sans doute l'illustration du Psautier, de là sortirent toute une série d'autres ouvrages historiés, évangiles, calendriers, recueils édifiants de toute sorte. De à surtout sortit cette tendance monastique, qui peu à peu se répandit sur tout Tart byzantin. « A partir du x^ siècle, dit Kondakof, les textes des manuscrits illustrés sont tellement imprégnés des tendances de cette immense armée ecclésiastique, qu'on peut donner le nom de claustrale à toute la dernière période de l'histoire des miniatures byzantines *. »

Pourtant, malgré la victoire finale du monachisme, la crise iconoclaste n'avait pas été inutile. On peut même affirmer que, sans elle, l'art byzantin se fût bien vite acheminé vers la décadence. Nous avons vu comment, dès le vii^ siècle, il inclinait déjà à quelque monotonie, comment, sous l'influence de TEglise, il tendait de plus en plus à s'immobiliser dans les traditions d'une iconographie récemment créée. La querelle des images le réveilla de la torpeur où il s'endormait et lui donna une jeunesse nouvelle. D'une part,

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