Kondakof, loc. cit„ I
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pourtant, entre les trois œuvres, nulle différence d'art? Tant de Crucifixions, tant d'Assomptions, qui toutes s'inspirent d'un thème commun, so^nt-elles pour cela identiques les unes aux autres ? Et pourquoi, s'il en est ainsi, les Byzantins n'auraient-ils point de même renouvelé de siècle en siècle les types consacrés ?
On a beau nous dire que, dans Tart byzantin, les intentions, les idées directrices ont plus d'importance et tiennent plus de place que le style, que les œuvres de cet art, étroitement liées à la pensée Ihéologique, ne peuvent être bien comprises qu'à la lumière du texte qu'elles illustrent, que selon les canons du deuxième concile de Nicée, « les images doivent être peintes, non point d'après la fantaisie des artistes, mais d'après les lois et traditions approuvées de l'Église catholique », et que de tels principes excluent toute liberté de conception. Il ne faut point tirer de ces faits des conclusions trop rigoureuses. Non seulement la façon dont l'illustration des textes sacrés a été comprise et exécutée a varié selon les époques et a ainsi introduit dans la copie même une part d'originalité : mais il y a plus. Des éléments nouveaux sont, à l'époque que nou^ étudions, entrés dans cet art, et ils lui donnent, surtout dans les œuvres du grand art, entre le x® siècle et le xii® siècle, un aspect tout différent de celui qu'il offrait au v*' et au vi<^. Ce sont ces éléments nouveaux, caractéristiques du second âge d'or, qu'il importe de déterminer avec précision.
CARACTÈRES NOUVEAUX DE l'aRT BYZANTIN
La crise iconoclaste, on l'a vu, avait eu pour effet d'afîranchir l'art byzantin de la tyrannie monastique, de lui faire chercher des voies nouvelles en dehors des sujets religieux. Ces voies nouvelles, il les avait trouvées soit dans le retour aux traditions de Tari alexandrin, soit dans le développement de l'ornementation pure empruntée à l'Orient arabe, soit dans la substitution aux thèmes ecclésiastiques de motifs historiques et profanes, traités dans un esprit plus réaliste, avec un souci plus attentif de l'observation et de la vie. Ces tendances ne disparurent point avec l'époque qui les avait adoptées : elles inspirèrent, entre le ix® et le xi^' siècle, toute une école d'art.
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Limitation antique, — Les historiens de la littérature byzantioe ont remarqué déjà comment, au temps des Macédoniens et des ComnèneSy l'antique culture grecque marque puissamment les esprits de son empreinte, avec quelle passion on étudie les écrits des anciens, avec quelle ardeur se modèlent sur eux la pensée et le style. L'art semblablement est tout plein des souvenirs classiques. C'est au x^' et au xi** siècle qu'ont été exécutés quelques-uns des plus beaux manuscrits illustrés des écrivains profanes, le Nicandre de la Bibliothèque Nationale, TApoUonius de Citium delà Laurentienne, TOppien de la Marcienne, illustration d'emprunt, je Taccorde, calquée sur des prototypes bien plus anciens, mais qui n'en est pas moins significative des ^oûts de Tépoque. Acôtéde ces monuments, une multitude de témoi- •^mages attestent la prédilection des hommes de ce temps pour les thèmes empruntés à l'antiquité. Dans la description que fait l'épopée de Digénis Akritis des peintures qui décoraient le palais du héros, on voit qu'à côté des épisodes sacrés, il avait fait représenter « les guerres fabuleuses d'Achille, Bellérophon tuant la Chimère qui vomit le feu, la défaite de Darius, les grandes victoires du terrible et courageux Alexandre ». Dans les romans byzantins du xii** siècle, on trouve, parmi les sujets qui décorent les palais, des représentations comme le Triomphe de l'Amour ou les figures allé- ^'oriques des douze mois. Les amplifications de rhétorique appelées ix^pà<T£i;, où sont décrites certaines œuvres d'art fameuses, ne sont pas moins instructives ^ L'une d'elles, qui date du mi® siècle, nous fait connaître une mosaïque représentant Ulysse et le Cyclope. Et clans les coffrets civils d'ivoire, si nombreux au xi*^ siècle, apparaissent les mêmes thèmes mythologiques et profanes, preuve évidente de la grande place qu'avait reconquise, parmi les sources d'inspiration, l'art hellénistique d'Alexandrie.
L'influence orientale. — La connaissance plus intime de l'Orient musulman, avec qui l'empire entretenait des relations politiques et commerciales chaque jour plus actives, eut d'autres conséquences. Au contact des merveilles de Bagdad ou de Damas, les artistes byzantins prirent le goût du luxe oriental et Tamour de l'ornementation pure, qui devient alors d'une merveilleuse richesse. C'est de cette période que datent, dans les manuscrits illustrés, ces magnifiques initiales, où plantes et animaux se combinent avec une fantaisie ingénieuse et char-
1. Cf. rintéressant article de Munoz, Alcuni fonii letterarie per L% sloria deWarle hisantina (NBAC, X, 221).
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mante, ces encadrements où les motifs géométriques, les déçois empruntés au monde vé^lal et animal se mêlent en compositions élégantes, d'une imagination originale et délicate [fig. 180 et 181). Mais
Fig. 180. — fronliepice d'un manuscrit des ï:vaii^ks (Bibl. Nal., x- siècle).
Hurlout, c'est au contact de l'Orient que les artistes byzantins semblent avoir fait leur éducation de coloristes, qu'ils ont appris « à réaliser des uiuvres doiit toute la valeur résidât dans un jeu de couleurs ' ■>. L'aH profane. — Enfin, en créant un art qui ne Tût plus unique-
I. Bisrlaux, Les mosaïques de Daphni (Gai. des Heaui-Arls, 1901. [), p. STï.