CHAPITRE II
IleUènisnic et christianisme en Syrie. — I. Les monuments de l'architecture. Aniioche et les villes mortes de la Syrie centrale. Les basiliques. Les édificesfà plan central. Le problème de la coupole et les solutions syriennes . 1/art syrien et Tarchitecture byzantine. — II. La décoration sculptée. Évolution des motifs. Évolution des procédés. Influence de TOrient dans cette évolution. Mschatta. L'art syrien et la décoration byzantine. Rôle de la Syrie dans la formation de l'iconographie. — III. La décoration polychrome dans les édifices syriens. Ce que Byzance doit à la Syrie.
Hellénisme et christianisme en Syrie. — Entre les diverses régions où Ton doit chercher les origines de l'art chrétien d'Orient, la Syrie présente, entre le iv* et le vi« siècle, une importance et un intérêt tout particuliers. C'était un pays riche, extrêmement peuplé; des industries florissantes y étaient établies; de grandes villes, commerçantes et prospères, s'y rencontraient en foule ; on y entretenait des relations actives, d'une part avec tous les pays méditerranéens, la Sicile et l'Afrique, les rivages de TAdriatique et la Gaule, de l'autre, — et ceci est à retenir — avec rintérieur du continent asiatique, la Perse, l'Asie centrale, l'Inde et la Chine même. Le mouvement intellectuel n'y était pas moins considérable. Les écoles d'Antioche, d'Edesse, de Nisibe, celle de Gaza, où l'on enseignait la rhétorique, celle de Béryte, où Ton étudiait le droit, étaient célèbres dans tout l'Orient ; et la multitude d'écrivains illustres, ecclésiastiques ou profanes, que vit naître la Syrie, atteste suffisamment le goût qu'on y avait des choses de l'esprit. Enfin les gens de cette région avaient une ardeur passionnée pour tout ce qui touchait à la religion. Leur dévotion était f,''rande, leur fanatisme souvent fort intolérant. Nulle part les querelles théologiques n'ont excité plus d'attention, allumé plus de haines; toute l'histoire de la province au v® et au vi<^ siècle tourne autour des luttes du nestorianisme et du monophysismc. Nulle part non plus l'ascétisme n'a trouvé un terrain plus propice. La Palestine, la Syrie, la Mésopotamie septentrionale étaient, dès le IV*' siècle, couvertes de couvents et peuplées de solitaires. Dans un
tel milieu, riche, intelligent et pieux, Tart chrétien aussi devait tout naturellement se développer magnifiquement.
Toutefois, ce puissant mouvement artistique devait prendre en Syrie un caractère original. Malgré la profonde influence exercée par la culture grecque, malgré la longue durée de la domination romaine, ce pays était toujours demeuré fort particulariste. Assurément, les grandes cités telles qu'Antioche étaient devenues assez vite des capitales de Thellénisme, à ce point que, dans cette ville, le christianisme eut bien de la peine à déraciner pleinement tous les vestiges païens. Mais, sous ce vernis d'hellénisme, persistaient, surtout dans les campagnes, les traits caractéristiques de la race sémitique, si profondément empreints sur les âmes que le christianisme syrien en prit un aspect tout spécial. Les grandes hérésies, en effet, pour lesquelles la province se passionna, ne sont pas autre chose que des manifestations de cette humeur séparatiste que les populations syriennes étaient heureuses de montrer en toute occasion, qu'une réaction contre Tesprit hellénique que représentait Constantinople. Or, le triomphe du christianisme, naturellement hostile à la culture classique et païenne, ne fit, en mettant celle-ci en échec, que développer ces tendances nationales. La période qui suit la paix de rÉglise fut marquée par un réveil presque immédiat de la langue et de la littérature syriaques, et dans lart pareillement se manifesta une semblable renaissance des vieilles traditions indigènes. Des formes nouvelles s'y rencontrent alors, qui n'ont plus rien de grec ni de romain, et dont certaines même sont assez étranges. Sous ces influences, tandis que TOccident s'abâtardit, un art nouveau apparaît ici, vivant, savant, capable de trouver des voies originales et fécondes. Le contact incessant de la Syrie avec TOrient de Mésopotamie et de Perse ne pouvait que renforcer ces tendances et faire fructifier ces germes. Et ainsi, dans Tart chrétien de Syrie, se trouvèrent tout naturellement appelées à collaborer les trois forces qui ont produit Tart byzantin : le christianisme, Thellénisme et rOrient.
LES MONUMENTS DE L ARCHITECTl'RE
Antioche et les villes mortes de la Syrie centrale. — Dès le début du IV® siècle, et depuis lors sans interruption jusqu'à la fin