‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 170 sur 370 · LE PALAIS-SACRÉ · texte numérisé non relu

LE PALAIS-SACRÉ

Il semble donc qu'il soit assez difficile de se rendre compte des dispositions du Palais-Sacré, suffisamment pour en apprécier le caractère architectural. Heureusement les écrivains byzantins en ont si souvent parlé, le livre des Cérémonies de Tempereur Constantin Vil en particulier en a décrit pour le x^ siècle les difFérenles parties avec tant de précision, qu'il n'a point semblé impossible à plusieurs savants modernes d'en essayer une restitution. Entre ces recherches, le travail de Labarte surtout est célèbre, et, quoiqu'il date de 1861, il fait encore autorité. Sur plus d'un point toutefois, des réserves pourraient être justement faites; el, pour n'avoir point critiqué assez attentivement le document essentiel sur lequel il s'appuyait, l'auteur est tombé dans plus d'une confusion. Mais, au total, l'œuvre demeure digne d'attention : et aussi bien ne s'agit-il point ici de faire la description minutieuse de la résidence des basileis, mais simplement d'en marquer quelques traits essentiels, ceuv qu'il faut retenir pour l'histoire de l'art au x*' siècle.

Le plan. — Un point est d'abord à noter. Le Palais-Sacré de l'époque macédonienne ne ressemble en aucune manière à la plupart des habitations princières que nous connaissons. Ce n'est point un Louvre, un Versailles construit tout d'une pièce, développant avec une rigoureuse symétrie l'ordonnance pompeuse de ses façades. Si quelque chose en peut donner l'idée, ce serait plutôt le Kremlin, ou mieux encore le Vieux Sérail, avec ses bâtiments divei*s séparés les uns des autres, ses pavillons semés presque au hasard dans l'ombre fraîche des jardins. Rien ne semble à première vue plus dépourvu de plan, plus incohérent même que la demeure des empereurs byzantins. Sur une surface énorme de 400.000 mètres carrés se répartissent sept péristyles, huit cours intérieures, quatre salles des gardes, trois grandes galeries, cinq salles d'audience, dix appartements destinés à l'habitation particulière des souverains, trois salles à manger, une bibliothèque, une galerie d'armes, trois ter-

1. Sur le Palais-Sacré, cf. Labarte, Le palais impérial de Conslantinople et ses abords, Paris, 1861 ; Paspati, Ta puC*vTivà àvaxtopa, Athènes, 1885; Bcljajef, Byzantina, I. Pétersbourfç, 1891 (russe); von Reber, Der Karolingische PaUstbau (Abhandl. d. Bayer. Akad. d. Wiss., t. 19-20 ; 1891 et 1S93) : Ebersolt, Le grand palais de Consiantinople et le livre des Cérémonies,, Paris, 1910.

LA DKCORATION 393

passes, un manège, deux bains, sans compter une multitude d'églises et de chapelles, et huit palais particuliers bâtis dans Tenceinte du Grand Palais. Des cours, des terrasses, des escaliers montant et descendant, des jardins séparent ces différentes constructions, et on voit sans peine que cette résidence ne fut point conçue d'un seul jet. Tout au plus, la partie ancienne, celle qui comprenait la Ghalcé et Daphné, offrait-elle une disposition plus régulière : bâtie par Constantin, elle rappelait assez, ce semble, le plan du palais de Dioclétien à Spalato. Mais, autour de ce noyau primitif, les siècles suivants construisirent un peu au hasard. Le x^ siècle fit de même : il éleva des édifices isolés, il ne se préoccupa point de les subordonner à une ordonnance d'ensemble.

La décoration, — Ce qui frappe ensuite et surtout dans le Palais- Sacr&du x* siècle, c'est le luxe prodigieux qui y était déployé. On peut prendre au hasard la description des édifices élevés par Basile I : la magnificence y est partout absolument éblouissante. Voici par exemple ce que dit Constantin Porphyrogénète de l'oratoire du Sauveur construit par son aïeul : « La splendeur et l'éclat de celte chapelle sont incroyables pour qui ne l'a point vue, tant est grande la quantité d'or, d'argent, de pierres précieuses et de perles qui se trouve amassée dans son enceinte. Le pavé tout entier est d'argent massif, travaillé au marteau et enrichi de nielles. Les murs à droite et à gauche sont aussi revêtus de grosses feuilles d'argent damasquiné d'or, et rehaussé de l'éclat des pierres précieuses et des perles. Quant à la clôture qui ferme le sanctuaire, que de richesses elle réunit! Les colonnes en sont d'argent ainsi que le soubassement qui les porte ; l'architrave qui s'appuie sur leurs chapiteaux est d'or pur, et chargée de toutes parts de ce que l'Inde entière peut offrir de richesses. On y voit en beaucoup d'endroits l'image de Notre-Seigneur exécutée en émail. Pour ce qui est des splendides décorations du sanctuaire, et des vases sacrés qu'il renferme, comme un lieu spécialement affecté à la garde des trésors, la parole se refuse à les décrire : quand les mots ne peuvent que rester au-dessous du sujet, mieux vaut se taire. Telles sont, si je puis dire, les beautés orientales qui, du sein de la foi vive de l'illustre empereur Basile, ont rejailli sur les œuvres élevées par ses mains dans la demeure impériale^. »

C'est qu'aussi bien, dans ce somptueux Palais-Sacré, tout est-cai-

Page 1