Consl. Porph., loc. ci^,p
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culé pour donner aux moindres actes delà vie impériale un caractère de puissance et d'éclat prodigieux. Le basileus est un dieu sur la terre : tout ce qui l'environne doit produire sur les esprits une impression de majesté et de respect comparable à celle qu'on éprouve devant Dieu même. Dans ce but, le spectacle est merveilleusement combiné, la mise en scène féerique, digne vraiment des Mille et une Nuits. Et ceci n'est point indifférent pour l'histoire de l'art ; car c'est Tart qui fournit les éléments essentiels de cette mise en scène. Le luxe des cérémonies. — Il suffit d'ouvrir au hasard le livre des Cérémonies pour trouver le tableau de ce luxe prestigieux. Lorsque, dans le grand triclinium de la Magnaure, l'empereur reçoit quelque ambassadeur étranger, le palais tout entier, dont on s'arrange à faire traverser à l'envoyé les innombrables appartements, est tendu de brocart, de tapisseries et de soie; les pavés de marbre sont couverts de tapis d'Orient ou jonchés de feuilles de roses; dans les galeries s'alignent, en une hiérarchie multicolore, les soldats des gardes cuirassés d'argent, tenunt en main des boucliers d'or, les Varangiens gigantesques, les fonctionnaires palatins et les dignitaires auliques, aux armures dorées, aux tuniques étincelantes de broderies, aux vêlements de pourpre et d'or. Dans la salle d'audience, où s'étalent au regard les joyaux du trésor impérial, où les pièces d'orfèvrerie ancienne, les couronnes étincelantes d'émaux et de pierreries, les lourdes dalmatiques brodées de ligures merveilleuses racontent un long passé de splendeur et de gloire, se dresse au fond d'une abside le trône d'or de l'empereur. Tout auprès s'élève une grande croix couverte de pierreries; au-dessous sont rangés des sièges d'or pour les membres de la famille impériale. Au bas des marches de l'estrade sur laquelle le trône est placé, deux lions d'or sont couchés ; derrière le trône d'or, un platane étend son ombre, et des oiseaux d'or émaillé se reposent sur les branches ; aux côtés du trône, de hauts dignitaires portent les insignes et les bannières de l'empire ; et quaml le basileus apparaît, salué parles acclamations traditionnelles, parmi les hymnes que psalmodient, au son de l'orgue d'or, les chantres des Saints-Apôtres et de Sainte-Sophie; quand, devant la cour prosternée, il prend place sur le trône, si éblouissant d'or et de gemmes qu'à peine on ose le regarder, si chargé de pierreries et de lourdes étoffes d'or qu'à peine entrevoit-on son visage, il semble, dans son impassibilité magnifique, l'émanation vivante de la divinité, une icône sainte bien plus qu'un homme. Pour rehausser cette majesté suprême, surtout pour frapper de stupeur les envoyés
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étrangers, on ajoute à ce splendide appareil des prodiges de mécanique. Au moment où Tambassadeur entrait dans la salle d'audience, les oiseaux perchés sur Tarbre d*or commençaient à voleter et à chanter, les lions accroupis se dressaient et mêlaient à l'harmonie puissante des orgues un sonore et métallique rugissement; et pendant que, prosterné devant le trône d'or, l'ambassadeur rendait au basileus Thommage prescrit par Tétiquette, l'empereur était, avec son trône, enlevé dans les airs, et, par un brusque changement de décor, il apparaissait revêtu d'un costume nouveau et planant comme dans une apothéose, aux yeux du barbare relevé et stupide d'étonnement.
Le Chrysotriclinium, — Le Chrysotriclinium surtout était, au X* siècle, le sanctuaire de ce culte impérial. C'était, on le sait, une salle octogone à coupole, sur les côtés de laquelle huit absides s'ouvraient. Celle qui faisait face à Feutrée était fermée par deux portes d^argent ; c'est là qu'était placé le trône impérial. Dans les autres, on exposait, aux jours de réceptions solennelles, toutes les richesses du palais, couronnes, émaux, vêtements de parade empruntés à la garde-robe impériale, bassins d*argent et d'or, grands plats d'argent ciselé. Pour rehausser la splendeur de la décoration, on empruntait aux églises, aux monastères, aux hôpitaux les pièces rares de leurs trésors, étoffes somptueuses, précieuses orfèvreries, couronnes votives, polycandila d'argent suspendus à des chaînes d'argent. La corporation des orfèvres, d'autre part, prêtait des objets d'or et d'émail, des chefs-d'œuvre d'argent ciselé ; et dans toute la demeure impériale, tendue d'étoffes magnifiques, des candélabres resplendissants mettaient une illumination de fête. Dans la salle d'audience, toute la Cour, toute la ville prenaient place, soldats des gardes, Khazares, Phargans et Russes des trois hétairies, marins, gens des corporations et des dénies^ dignitaires et fonctionnaires du palais, foule bigarrée aux costumes admirables, brodés d'aigles verts et rouges, de lions blancs, de griffons de pourpre violette. Et quand tous étaient entres, lentement deux officiers ouvraient les portes d'argent, et dans une forêt d'étendards l'empereur apparaissait, couronne en tête, assis sur son trône d'or.
Mais, à Pâques surtout, le Chrysotriclinium était décoré avec un luxe merveilleux. Ce jour-là, on y exposait, outre le décor habituel, le penlapyrgi'on où se conservaient les joyaux de la couronne, les trônes d'or des empereurs, la table d'or, les magnifiques étoffes extraites du trésor. Puis c'étaient les festins, uniquement servis dans
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de la vaisselle d'or, et où on poussait si loin la recherche de Tétrange et du colossal que les plats d'or gigantesques, si lourds que dix hommes ne suffisaient pas à les porter, descendaient au moyen d'une poulie du plafond sur la table, et que les vases d'or colossaux qui contenaient les fruits étaient apportés dans la salle sur des chariots drapés de pourpre. Après le dîner, les invités recevaient des cadeaux, de l'argent placé sur des plats d'or émaillé, des parfums, des essences de rose. Et, aux jours ordinaires même, c'étaient sans cesse dans le Palais-Sacré des processions, des pompes, des cortèges, tout un spectacle merveilleux que l'imagination a peine à concevoir.
Assurément, dans les descriptions de ce luxe éclatant, il y a peutêtre une part d'exagération volontaire, et on a justement, à leur propos, rappelé le proverbe, que « tout ce qui brille n'est pas or ». Luitprand, l'évêque de Crémone, dans le récit qu'il a laissé de son ambassade à la cour impériale au x*^ siècle, a souligné avec quelque ironie toutes les tares qui altéraient cette splendeur; et il est certain que plus d'une fois, aux jours de gêne, on fit fondre les richesses du trésor, et que l'argent ou le cuivre dorés remplacèrent l'or dans les cérémonies. Peu d'années avant l'avènement des Macédoniens, l'empereur Michel III avait ainsi fait mettre au creuset les fameuses orfèvreries de son père Théophile, le platane aux oiseaux d'or, les lions et les orgues d'or. Mais la dynastie nouvelle était riche, l'empire au X® siècle singulièrement prospère ; on peut croire que la splendeur qu'étalèrent les empereurs de ce temps était encore de bonaloi. Plus tard, au xiv®, au xv" siècle, dans la détresse de la monarchie, ce luxe suranné pourra montrer la corde; à l'époque où nous sommes, il est réel autant qu'admirable.
Un dernier point doit être remarqué. Parles formes de l'architecture, ces édifices du palais diffèrent peu des églises du même temps. Ce sont les mêmes principes, les mêmes combinaisons, le même emploi perpétuel de l'abside et de la coupole. Et pareillement c'est le même svslème de décoration, les revêtements de marbres et de métaux précieux, les mosaïques étincelantes, toute la polychromie chère à l'art byzantin, avec cette seule différence que. les motifs profanes y tiennent plus de place que les thèmes religieux. Mais, à cela près, l'analogie est complète, et elle a son importance. Cette unité qui s'affirme dans des édifices fort divers prouve, comme on l'a observé, le caractère vraiment original de cet art, et on en peut légitimement « conclure que Tart byzantin n'est pas un accident, le résultat fortuit de fantaisies individuelles et d'éléments étrangers
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mai combinés, mais qu'au contraire, il est un tout organisé, vivant, répondant au génie propre d'un peuple * ».
l/ HABITATION BYZANTINE LA VILLE
Tekfour-Séraï'^. — Gonstantinople a conservé toutefois un monument de Tarchitecture civile, qui semble se rapporter à la période que nous étudions. C'est la construction nommée tour à tour, avec une égale inexactitude, palais de Bélisaire, palais de Constantin Porphyrogénète, palais de THebdomon, et que les Turcs appellent Tekfour-Séraï. Elle faisait probablement partie des dépendances de Fancien palais des Blachernes, et elle semble dater du xi* ou du XII* siècle (fîg. 189).
C'est un bâtiment rectangulaire, à deux étages, enclavé entre les deux enceintes des murs théodosiens. La disposition en est intéressante. En bas, c'est un rez-de-chaussée voûté, grande salle de 17 mètres de longueur, qui prend jour par des arcades ouvertes sur une cour formant atrium, que précédait un propylée soutenu par dix grandes colonnes. Au-dessus, au premier étage, se trouve une salle d'honneur rectangulaire qui ne prend jour que du côté du nord par plusieurs fenêtres cintrées. En haut enRn, on rencontre une vaste pièce de 23 mètres de long sur 10 de large, haute de 6 " 30 ; elle est éclairée par de nombreuses fenêtres. Sur la face est on voit un balcon supporté par deux arceaux faisant saillie ; sur le milieu de la face sud, une échauguette qui, à Tintérieur de la salle, détermine une sorte d'abside. Cet étape supérieur dépassait la hauteur des murailles, il était couvert d'une toiture en bâtière.
Mais ce qui est surtout remarquable, c'est la décoration extérieure du bâtiment. Les briques rouges y alternent avec des marbres blancs ou jaunes, de façon à former des dessins géométriques. Les arcades du rez-de-chaussée et celles des fenêtres sont faites de claveaux de marbre de différentes couleurs ; de magni-