‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 172 sur 370 · MAISONS BYZANTINES · texte numérisé non relu

MAISONS BYZANTINES

fiques incrustalions se détachent sur la façade. Cette application de la polychromie à rornementalion extérieure des édifices n'était point, on le sait, une nouveauté dans Tart byzantin ; mais elle se généralise sous la forme qu'elle prend ici, à partir du x^ siècle, grâce à l'innuence grandissante de TOrient. Pareillement, on le verra, l'architecture religieuse égaiera, à partir de ce moment, la monotonie de ses façades par les jeux de couleur que produit la combinaison des briques, des mortiers et des moellons. Certains édifîces même ajouteront les faïences aux compositions d'ornement obtenues à Taide de la brique.

Maisons byzantines *. — Il serait intéressant de pouvoir étudier d'autres habitations byzantines. Malheureusement, au moins pour la période du x* au xii^ siècle, les monuments nous manquent presque entièrement et les renseignements qui nous viennent d'ailleurs sont assez insuffisants.

Primitivement, on Ta vu, dans la ville fondée par Constantin, les palais patriciens imitèrent le modèle somptueux de la maison romaine. Mais de bonne heure, à côté de ces demeures magnifiques, apparurent les habitations de type oriental, semblables à celles qu'on rencontre dans les villes mortes de Syrie, les maisons à deux ou trois étages à façade décorée de portiques. Il y a lieu de croire que ces traits persistèrent plus tard dans la construction civile, à cela près que l'influence orientale s'y fit sentir toujours davantage. C'est ce que montrent les édifices qu'on voit représentés dans les miniatures des manuscrits (fig. 190). Evidemment il serait tout à fait excessif d'y prétendre retrouver l'image exacte de tel ou tel monument déterminé : mais, du moins, ces illustrations nous rendent assez bien la silhouette générale et les traits essentiels des habitations byzantines. Or, ce que l'on voit dans les manuscrits entre le ix* et le xii* siècle, ce sont des portiques à colonnades précédant les façades, des loggias décorant les étaj^es; parfois des pavillons latéraux ou des tours flanquent le bâtiment principal ; des balcons et des moucharabiés s'accrochent à l'extérieur des murailles ; enfin la construction est couronnée tantôt par de hauts toits en pignon, tantôt par des terrasses, des belvédères ou des coupoles. A l'intérieur, une grande salle d'honneur est la pièce essentielle; elle occupe souvent tout le premier étage et parfois tient toute la hauteur de l'édifice.

1. De Beylié, L'habitation byzantine, Paris, 1902 ; Djelal-Essad, ConstAntinople, Paris, 1909.

400 LES MONUMENTS DE l'aRCUITBCTUBE (

n seigneuriale de Melnic, en Macédoine, qui date du ^*au XI* siècle, confirme ces indications des monuments figurés. Elle a un rez-de-chaussée et deux étages, el esl flanquée d'une tour carrée. Sur la façade, comme à Telifour-Séraï, les moellons et les briques se combinent en dessins géométriques. A l'intérieur, une grande salle tient toute la hauteur du bâtiment, et autour d'elle, aux deux

e de rOclatouque 746

étages, se disposent des pièces latérales, cinq par étage. Il est aisé de reconnaître ici la transformation du type de la maison syrienne. Le patio intérieur esl devenu une pièce centrale couverte d'une toiture, à cause des rigueurs du chmat septentrional.

Quelques rares maisons de Constanlinople, sans être d'époque aussi ancienne, semblent antérieures à la conquête turque, el on en peut dire un mot. Près de la station de Koum-Kapou, on voit une habitation ayant â chaque étage une salle voûtée de 6 mètres sur 4,50, des fenêtres en plein cintre, un balcon comme celui de Tekfour-Seraï, et un toit en pignon. Deux autres maisons au Phanar, dont l'une était anciennement occupée par le baile de Venise, offrent des dispositions assee semblables, avec un escalier intérieur menant ù un corridor qui précède la salle d'honneur.

En résumé, à partir du iï° siècle, les maisons byzantines. ^'énéralement à deux ou Irois étages, sont construites en rangs alternés de pierres blanches et de briques rouges, formant un

CONSTANTINOPLE Al' X* SIECLE 4()1

décor géométrique ; des marbres de couleur s'y mêlent quelquefois. Des corniches saillantes, parfois sculptées, séparent les étages ; des fenêtres .rectangulaires ou cintrées, munies de petits carreaux de verre enclavés dans des châssis de plâtre et fermées par de solides grillages, éclairent Tintérieur : au tympan de ces fenêtres se lisent souvent des dates ou des inscriptions. Des balcons en encorbellement s'accrochent à la façade, permettant à la fois de regarder dans la rue et de défendre la porte. Des toits en terrasse ou à bâtière s'appuient sur des corniches en briques posées en dents de scie : souvent aussi des coupoles couronnent l'édifice. A rintérieur, les pièces se disposent autour d'une grande salle, souvent précédée d'un étroit vestibule transversal. Le sol est dallé de marbre blanc ou de briques rouges ; les portes extérieures et les volets sont en fer, et garnis de grands clous à forte tête ; celles de l'intérieur sont en bois sculpté et incrusté. I^es escaliers ^ont en bois ou en pierre, à plusieurs paliers, et s'appliquent quelquefois, jusqu'au premier étage, à l'extérieur du bâtiment.

Conslantinople an X' siècle^. — On peut, à l'aide de ces indications, se figurer à peu près l'aspect qu'offrait Conslantinople au x** siècle. De grandes rues la traversaient, bordées de portiques, comme on en voit à Bologne ou à Alger; de ces rues, la plus belle était la rue centrale, la Mésè, qui allait de la Porte d'Or à TAugusléon. De grandes places, également entourées de portiques, coupaientces rues de distance en distance : c'étaient le forum du Tauros. le forum de Constantin, l'Augustéon, sur le trajet de la Mésè ; ailleurs, le forum du Bœuf, le forum Amastrianon, le forum d'Arcadius, etc. De somptueux bâtiments encadraient ces places, des colonnes triomphales les décoraient. Elles avaient été élevées par Constantin, par Théodose, par Arcadius, par Juslinien, et ces hauts piliers monumentaux, émergeant entre les maisons, produisaient une grande impression sur les hommes du x" siècle. Dans le poème de Constantin le Rhodien sur « les merveilles » de Constanlinople, parmi les sept chefs-d'œuvre particulièrement remarquables que l'auteur signale à l'admiration, il place cinq colonnes monumentales, dont deux, celles de Théodose et d'Arcadius, étaient décorées d'une spirale de bas-reliefs historiques. En outre, une multitude de

1. Constantin le Hhodien, Description des œuvres d'art et de Véglise des SainlS' Apôtres de Constantinople^ éd. Legrand et Th. Rcinach (llcv. des Et. grecques, t. IX, 1896} ; Mordtmann, Esquisse topogr&phique de (^onstantinople, Lille, 1892.

Page 1