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LES LIGNES EXTERIEURES DE LA CONSTRUCTION

En même temps qu^on modifiait la forme des coupoles, on en accrut le nombre. Au vi® siècle, c'était chose exceptionnelle que de couronner un édifice de plusieurs coupoles: les Saints-Apôtres offrirent un exemple presque unique de ce parti. Ce qui était aloi*8 une innovation devint, sinon la règle, du moins une pratique fréquente dans notre période, surtout à partir delà fin du xi^ siècle. On éleva ces coupoles tantôt sur le narthex (Kazandjilar-djami, Kilissédjami, Kahrié-djami, Saint-Pantéléimon à Salonique, et au xi\'^ siècle, Saints-Apôtres et Yacoub-pacha-djami, à Salonique), tantôt sur la toiture deTéglise même, aux quatre angles du plan carré. 11 se peut que ce dernier parti apparût déjà dans la Nea de Basile I : il se rencontre, les coupoles étant au reste encore réduites à des calottes de faible saillie, à Gul-djami et à Kilissé-djami ; il apparaît plus nettement au xii^ siècle (Pantocrator, église de la Kosmosoteira à Feredjik en Thrace, bâtie en 1152, monastère de Nérès, en Macédoine, 1164 ; Kapnikaréa à Athènes, etc.) ; il est d'usage constant au xiii^ et au xiv^ siècle, où Ton ne s'arrête même plus au nombre de cinq, mais où Ton semble chercher sur quelles parties de Tédifice on pourrait bien encore placer d'autres coupoles (p. ex. la belle église de Gratchanitza, en Vieille-Serbie^.

Les lignes extérieures de la construction, — Enfin une dernière /

innovation consiste à marquer sur les façades et au faite des toitures les lignes essentielles de la construction. On a signalé déjà la surélévation caractéristique des quatre berceaux dessinant la forme de la croix, et la façon dont ils sont couverts tantôt d'une toiture à pignon formant un fronton triangulaire, tantôt de toitures courbes correspondant à la forme réelle des voûtes et s'achevant sur la façade par de grandes arcades. C'est le trait caractéristique de toutes les constructions de ce temps ; chacune des lignes intérieures de la construction s'accuse au dehors par une disposition des toitures. Autour du carré saillant qui enchâsse les grands arcs et sur lequel le tambour se pose, les voûtes s'étagent en série décroissante correspondant aux berceaux des bras, à Tare qui précède l'abside, à Tabside principale, aux absides latérales ; elles « entament, comme on Ta dit, et sculptent le cube de l'église ' », de façon à substituer <( à la lourde masse cubique » des édifices d'autrefois, « une sorte de pyramide», dont la coupole achève le souple profil. Certains édifices, comme Eski-Imaret-djami à Constantinople ou Saint-

l. Millet, Daphni, p. 53.

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Fantéléimon à Saionique (xii° siècle) (lig. 190), sonlàceté^rd toul à fait inUressants à étudier et montrent quel heureux parti les architectes byzantins ont su, pour l'harmonie de leurs édifices, tirer de ces combinaisons.

Fij;. I9S. — Selonique. Église de Saînt-Pantéléinion lavant la reitauration).

L'intérieur. — A l'intérieur, d'autre part, on sent un visible effort pour donner plus d'espace et plus d'air. Pour dégager le vaisseau central, pour ouvrir de plus larges et plus libres perspectives, on diminue l'épaisseur des massifs piliers qui portaient primitivement la coupole ; on les rend moins lourds en les évidant par des niches profondes, on les remplace souvent par des colonnes. On rompt, d'autre part, la monotonie des lignes droites en terminant par des hémicycles les cotés latéraux du narlhex (Boudroun-djami.Eski-lmaretd.jami, la Neamoni de Chics, etc.). en mettant des niches demicirculaires aux côtés de la grande abside (Daphni, Kilissé-djami, Pantocralor, etc.l, en donnant aux absides latérales la forme d'un sanctuaire triconque (Kilissé-djaini, Boudroun-djami, Eski-Imaret-

LES COMBINAISONS d'bQUILIBRB 421

djami, église de la Panachrantos), en multipliant, en un mot, les lignes courbes. C'est dans le même esprit qu'aux branches latérales de la croix on adapte, dans les plus anciennes églises deTAthos (Lavra, Iviron), qui datent de la fin du x*' siècle, et dans certaines églises de Géorgie, les absides latérales des sanctuaires triconques, parti heureux qui donne plus de place et un plus large circuit pour les stalles des moines.

Une autre innovation, dont on parlera plus loin, est la décoration extérieure dés murailles. Mais ce qui vient d'être dit suffit à montrer combien les écrivains du x^ siècle voyaient juste, quand ils parlaient de « la nouveauté des dispositions » qui apparaissait dans les édifices de leur temps.

On peut se demander toutefois si ces raffinements et ces élégances ne nuisaient point à la solidité de la construction. Il semble tout au contraire que plusieurs de ces innovations vinrent du désir même de donner aux édifices plus de résistance.

Les combinaisons (Téquilibre, — L'art byzantin est un art très savant, qui pousse parfois jusqu'à la subtilité Tingénieuse habileté de ses combinaisons. Pour bien comprendre l'architecture du moyen âge grec, rien n'est donc plus utile et plus intéressant que d'étudier le groupement mutuel des diverses parties delà construction. Dans un plan byzantin, en effet, toutes les parties sont étroitement liées. Tandis que, dans un plan occidental, chaque voûte est, pour ainsi dire, isolément maintenue, en Grèce, au contraire, les voûtes sont associées de façon à s'appuyer les unes les autres, et à annuler réciproquementles poussées diffuses qu'elles exercent. C'est la répartition de ces poussées qui est la grande préoccupation des constructeurs byzantins : « leur constante pensée, dit Choisy, est de chercher des associations de voûtes où les efforts s'entredétruisent * » ; la façon dont ils y ont réussi est, dans tout édifice byzantin, le point qui doit particulièrement attirer l'attention.

Dans une église byzantine, la grande affaire est la coupole. Cette coupole exerce sur tout son pourtour des poussées divergentes. Le tambour polygonal en reçoit une partie : ce qui explique, au moins autant que le désir de la légèreté des lignes, la grande place qui lui est faite dans les constructions de notre période. Parfois, par surcroît de précautions, des arcs-boutants extérieurs forment contrefort autour de ce tambour (Eski-Séraï), conformément à la pratique

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