REVÊTEMENTS DE MARBRE ET PAVEMENTS
BerétemenU de marbre et pavements. — Pourtant, dans la plupart des églises byzantines de ce temps, la sculpture ne lient qu'une place secondaire dans la décoration de l'édilice. L'architecte s'est borné à marquer, par des cnrnichea de marbre blanc disposées au pourtour de t'église, les grandes lignes de la structure. L'une est posée à la base des murailles, une autre sépare l'étage inférieur de t-clui du gvnécée ; une autre court à la naissance de-^ quatre grands arcs de tête ; » la base de la coupole enlîn, une corniche de marbre
. forme un anneau d'un protil îissez accenlué. De haulea
' feuilles d'acanthe dressées et dont le sommet se recourbe en saillie, des rinceaux de vigne, des rangs ^.^^ ^^^ d'oves ou de perles décorent pachn-djami è"^ Cor ces corniches où,de place en PulKhcr), place, se détachent en relief
des cabochons curieusementajourés. Mais il arrive parfois que surces corniches l'ornemenl sculpté s'efface presque entièrement . A Saint- Luc, à Daphni, à Saint-Marc de Venise, certaines d'entre elles montrent un décor de feuilles d'acanthe et d'arabesques se détachant en blanc, sans relief, sur un fond noir. Autour des ornements, le marbi-e a été légèrement évjdé, et les creux, ont été remplis avec de la cire durcie au moyen de marbre pilé'. Kt ceci déjà indique la place prépondérante que la polychromie tient dans la décoration.
Dans les églises des Macédoniens et des Comnènes, les revêtements de marbre, comme dans les églises du vi" siècle, couvrent les murailles avec une fastueuse prodigalité. Paint-Luc a conservé intacte celte décoration, où les marbres gris, rouges et noirs, se combinent enun èlégantet harmonieux arrangement'. Aucune note trop éclatante ne rompt la gamme des tons discrets et sobres ; aucun contraste trop vif ne choque l'œil dans le rapprochement des cou-
1. Millet, Le monoilère de Daphni, Paria, 1899 ; Kègulc, /.«> îneriiflatianx décoralivea, Lyon, i90&.
2. Diehl, L'églâe et Ut motalqaet du couvent île Saint-Lue. Parin, ISKt>; ScliulU! et Bariisley. The mon»ilery of Saint Luhe of Sliris in Plioka. I-ondren.
432 LES MONUMENTS DE l' ARCHITECTURE RELIGIEUSE
leurs. Tout est régulier, bien disposé, et pourtant sans monotonie. Le décor des arcades, aux claveaux alternés de rouge et de noir, rompt agréablement l'uniformité des lignes ; la disposition plus riche et moins régulière des marbres de Tabside tranche heureusement sur le reste de la décoration. D'autres églises du xi® et du xii* siècle, Saint-Marc de Venise, Téglise du Pantocrator et Kalender-hané^ à Constantinople, conservent également de beaux revêtements de marbre : Nea Moni, Daphni étaient semblablement décorés, et les textes relatifs à la Nouvelle-Eglise, la description que Clavijo fait de la Peribleptos, montrent que c'était le procédé habituel de Tépoque. A Daphni, on retrouve en outre dans l'abside un exemple intéressant d'un autre système de décoration. Ce sont des incrustations de marbre, formées de petits triangles ou de petits carrés de diverses couleurs, disposés en damiers, en losanges, en étoiles ou en croix. Le même procédé se retrouve dans les incrustations de Tltalie du sud et de la Sicile, au commencement du xii® siècle.
Enfin le sol est couvert de pavements faits de dalles de marbre multicolores qu'encadrent des bandes de mosaïque. Saint- Luc en conserve un exemple intéressant, bien qu'assez simple, dont la disposition rappelle les appliques des murailles. Ailleurs, on trouve des décors plus compliqués et plus riches, montrant des entrelacs en incrustations (Iviron), des motifs géométriques ou des figures d'animaux (Pantocrator), parfois même, comme au Pantocrator, des sujets mythologiques (travaux d'Hercule). Les textes relatifs à la Nouvelle-Eglise attestent ici encore que la pratique des pavements de marbre était générale dans les édifices de ce temps, et les témoignages relatifs au Cénourgion prouvent que l'architecture civile les employait aussi bien que l'architecture religieuse. L'Orient a gardé malheureusement bien peu de restes de ce genre de décoration ; mais on en trouve en Italie quelques beaux exemplaires, inspirés par l'art byzantin, et où le décor animal se mêle aux combinaisons géométriques (mosaïque de l'ancienne église du Mont- Câssin, fin du xi*' siècle^, pavements de Santa-Maria-del-Patir en Calabre, de l'abbaye de'Tremiti et de Saint- Marc de Venise, tous trois du commencement du xii® siècle *).
1. Il semble en efTct probable que le revêtement de marbre de cette église date de l'époque des Comnënes.
2. Cf. Bertaux, Larl dans V Italie méridionale^ p. 174-177. Frothingham, Notes on byzantine art and culture in Italy (American Journal of archaeology, X, 1895).