‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 185 sur 370 · ESSAI DE CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ESSAI DE CLASSEMENT CHRONOLOGIQUE

Il serait peu utile de décrire longuement les églises assez nombreuses qui subsistent de Tépoque des Macédoniens et des Comnènes. Mais il importe du moins d'essayer de les classer chronologiquement, en insistant avec quelque détail sur ceux de ces édifices dont la date, exactement connue, fournit des points de repère et de comparaison instructifs.

Églises du 7X® et X* siècle. — On a décrit précédemment Téglise de Skripou, datée de 874, et marqué les caractères qui en font une sorte de transition entre l'ancien plan basilical et le type nouveau de l'église à croix grecque. On en peut rapprocher, parce qu'elle offre le même aspect de lourdeur un peu massive, la métropole d'Eregli (Héraclée), bâtie en briques, et qui, en particulier par la forme surbaissée de sa coupole, ne saurait être postérieure au ix^ siècle ',et la mosquée d'Atik-Mustapha-pacha à Constantinople, où le plan cruciforme est de même réalisé de façon assez lourde encore. Avec la Gul-Djami, à laquelle le monument cité en dernier lieu est fort apparenté, il y a là tout un groupe d'édifices de transition, où se prépare, durant la seconde moitié du ix^ siècle, le type nouveau qui caractérisera le second âge d'or ^.

Il ne nous est resté malheureusement aucune église qui soit documentairement datée du x*' siècle, et l'on a vu les raisons qui, à mon sens, empêchent d'attribuer à cette époque la Kilissé-djami. Deux constructions plutôt, à raison des ressemblances qu'elles offrent avec la Kazandjilar-djami, pourraient être attribuées à la fin du \^ ou au commencement du xi^ siècle. L'une est la Boudroun-

1. Kalinka et Strzygowski, Die C&thedrale von Heraklea (Jahreshefte d. ôslerr. archaeol. Instituts, I, 1898. Beiblatt).

2. On a signalé récemment, à Triglia en Bithynie, une église de Saint- Étienne, que Ton date des environs de Tan 800/ et où Ton voit un des plus anciens exemples du plan en croix grecque (Hasluck, Bithynica^ dans The Annual of the British School at Athens, XIII, 1906-07). Cette date semble fort douteuse, Tidentification dupatrice Nicétas, sur laquelle elle se fonde, demeurant fort sujette à caution ; et la ressemblance du plan avec la Kilissé-djami indiquerait plutôt une époque plus récente. Sans doute Texistence d'un atrium est un trait archaïque, et le style des chapiteaux du portique semble assez ancien. Mais sont-ils contemporains de Tédificc? Ccuxde Tintérieur sont d'une tout autre facture.

434 LES MONUMENTS DE l' ARCHITECTURE RELIGIEUSE

djami à Constantinople < (fig. 201), renforcée à Texlérieur, comme Kazandjilar, de demi-colonnes en briques, dessinant, comme elle, nettement au dehors les lignes de sa structure, et comme elle couronnée d'une coupole à tambour octogonal assez trapu. Peu d'ornementation à Textérieur : seuls, des cordons en dents de scie courent sous la toiture et suivent la courbedes arcades. A l'intérieur, quatre piliers portent une coupole à nervures ; les berceaux des grands arcs sont voûtés en arête. L'aspect d'ensemble est élégant, un peu lourd, malgré la hauteur des voûtes. Pourtant un efTort visible apparaît pour produire plus de légèreté et de grâce : mais, pas plus qu*à Kazandjilar, d'ailleurs inférieure comme exécution, cette recherche n'a donné les résultats qu'on observe à Kilissé-Djami. Du même groupe je rapprocherais volontiers la Tschanli-Klissé*, près de Tcheltek en Cappadoce : bâtie en pierre, elle présente, dans les arcades aveugles qui encadrent les ouvertures des façades et les étroites fenêtres du tambour, des combinaisons de briques et de mortier ; le tambour de la coupole, assez haut, est cependant lourd ; l'ensemble a quelque chose de massif. A l'intérieur, quatre piliers portent les arcs outrepassés qui soutiennent la coupole. Kazandjilar, daté de 1028, étant le point fixe, Boudroun-Djami semble un peu antérieur, Tschanli-Klissé un peu postérieur.

Le groupe de VAthos^. — Les églises de l'Athos, I^vra, Iviron, Vatopédi, qui remontent à la fin du x^ ou au commencement du XI® siècle, forment, avec leurs absides demi-circulaires terminant les bras latéraux de la croix, un groupe à part. Parmi elles, le catholicon de Lavra mérite une attention particulière. Il se distingue, en effet, de toutes les autres églises de l'Athos par ses proportions ramassées, ses voûtes larges et lourdes étroitement liées à la coupole, qui est la plus vaste de toutes celles de la Sainte- Montagne. Il est surtout remarquable par la ressemblance qu'il offre encore avec le type ancien de la basilique à coupole : il en a les tribunes au-dessus du narthex, les deux ailes débordant la nef; sur sa façade extérieure, une série d'arcades reproduit la division en trois nefs de l'intérieur. Il ne s'en écarte que par les hémicycles appliqués sur les bas-côtés nord et sud. Tel qu'il est, il semble le

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