SAINT-LUC EN PHOCIDE
L'ordonnance générale de la décoration est conforme aux règles que nous avons exposées.
A la coupole trône le Pantocrator, autour duquel, dans une bande concentrique, se groupent les archanges, parmi lesquels ont pris place la Vierge et le Prodrome. Une deuxième zone comprend seize prophètes, debout entre les fenêtres du tambour. De cette partie de la décoration, que Didron vit encore en 1839, il ne reste presque plus rien aujourd'hui.
A la conque de la grande abside, la Madone, assise sur un trône, présente à Tadoration des fidèles le Christ enfant, en tunique d'or (fî^. 221). Au-dessus de Tautel, dans la petite coupole surbaissée qui couvre le sanctuaire, les apôtres, rangés en cercle, reçoivent Tinspiration du Saint-Esprit, symbolisé par une colombe posée sur le trône de THétimasie ; dans les pendentifs, des hommes en costume bariolé, représentant les tribus (^uXai) et les langues (yXwffda'.), complètent le mystère de la Pentecôte. A la courbe de la grande arcade, veillent les archanges Michel et Gabriel. Aux niches latérales et aux arcades de Tabside, se rangent les évêques et les docteurs qui, pour la plupart, ont quitté le monde sensible de Téglise pour passer dans le monde intelligible du sanctuaire. Dans la petite abside latérale de gauche, sont figurés les deux épisodes bibliques de Daniel entre les lions et des trois enfants dans la fournaise.
Dans l'église enfin, sur tout le pourtour de TédiBce, s'aligne la foule des saints, martyrs et ascètes, héros de l'Eglise et du cloître, proposés comme des exemples à Tadmiration et au respect de leurs successeurs. Parmi ces calmes et immobiles figures, à l'altitude recueillie et grave, aux traits sévères et durs, qui ne diffèrent guère que par Tâge, la forme et la couleur de la barbe ou des cheveux, quelques personnages pourtant frappent par un accent plus individuel. Voici saint Jean le Galybite, visage maigre et ascétique, aux cheveux roux coupés court, dont l'expression respire une singulière énergie ; voici, aux quatre niches creusées au rentrant des maîtres piliers, les grands évêques de l'Église orientale, Basile et Jean Ghrysostome, Grégoire de Nazianze et Nicolas, figures rayonnantes de personnalité et de vie intense. Ailleurs, c'est un saint imberbe, d'une fière et juvénile beauté, d'une grâce encore tout antique (fig. 186). Mais c'est surtout dans quelques saints de date plus moderne, presque contemporains de l'artiste qui exécuta ces mosaïques, que se manifeste Telfort pour retrouver le détail pittoresque et réel, pour tracer une image individuelle et caractéristique.
Les fig'ures de saint Nikon le pénitenl, qui vivait à Sparte vers la Hn (lu X* siècle, et de saint Luc !e Gournlkiote(fig, 187}, sont de véritables portraits que l'artiste a traités avec un souci évident de l'observation naturaliste; il en est de même de la belle mosaïque qui représente le patron du monastère, la tcte encapuchonnée d'une cagoule
Fig. Î32. — L'AnaBlasis. Mosaïque de Saint-Luc (Coll. Hautes Éludes, B. SSB).
bleue à bande d'or, appelant d'un geste de prière la bénédiction divine sur son œuvre.
Parmi ces saints, un groupe occupe une place d'honneur : ce sont les saints guerriers (fig. 242] qui, avec les archanges,- mon lenl une garde d'honneur à la courbe des grands arcs. Mais, outre les sainls. de plus grands personnages, le Christ, la Vierge, les archanges. occupent la voûte dt^s bras latéraux de la croix ; et de même, dani: le narlhex, aux bustes de saints et de saintes décorant la courbe des voûtes et le (j'mpan des arcades se joignent les calmes figures des douze apôtres debout, cl parmi eux, au tympan de la porte royale, apparaît, comme à Sainte-Sophie, le buste colossal du