Strzygowski, iVca Moni auf C/w*oa(BZ., V
dans un médaillon, est entourée de huit saints guerriers, placés sous des arcades. Sur le mur occidental enfin, les prophètes Daniel et Isaïe et quatre saints stylites occupent les côtés de la porte et des deux fenêtres.
Les mosaïques de la Nea Moni manifestent plus nettement encore que les précédentes le style nouveau dont nous avons signalé déjà les innovations caractéristiques ; par le caractère plus élégant du * dessin, la recherche de TefTet pittoresque, la richesse plus éclatante du coloris, elles annoncent le chef-d'œuvre que réaliseront les mosaïstes de Daphni à la fin du xi" siècle. Mais, avant d'analyser ce dernier ensemble, le plus remarquable assurément par Toriginàlité de rinvention et la réelle beauté de Texécution qu'ait produit le moyen âge byzantin, il faut passer brièvement en revue quelques décorations du même temps, conçues dans le même esprit, mais dont il ne subsiste que des fragments.
Grotla-Ferrala *. — L'abbaye basilienne de Grotta-Ferrata, près de Rome, conserve deux morceaux décoratifs qui datent du xi® siècle. Sur l'arc triomphal de Téglise, consacrée en 1025, estrepré- i sentée la Pentecôte, où déjà les draperies blanches des apôtres se ^ colorent de quelques notes plus foncées. Au tympan de la porte d'entrée, d'autre part, une autre mosaïque figure la Déisis, où un higoumène du monastère apparaît aux pieds des personnages divins ; ce panneau date probablement de la fin du xi^ siècle, comme semblent l'indiquer la variété et la recherche du coloris. Les deux œuvres, en tout cas, quoique perdues dans une région assez incomplètement soumise, on le verra, à l'influence byzantine, sont, comme il est naturel au reste dans ce couvent tout oriental, de style purement grec.
Nicée *. — A Nicée, la petite église de la Dormition possède également une double série de mosaïques. A l'abside, sur un fond d'or, (a madone est debout, enveloppée tout entière d'un grand manteau bleu sombre et serrant à deux mains, sur sa poitrine, le Christ enfant en tunique dorée. A la courbe du grand arc qui précède l'abside, le trône de l'Hétimasie figure au sommet de la voûte, et de chaque côté, sur les retombées de l'arcade, deux anges aux
1. Frothingham, Les mosaïques de Grotta fer ruta {Gaz. archéol., 1883); Ber> taux, Lart dans Vltalie méridionale, Paris, 1904, p. 304 suiv. ; Baumstark, // musaico degli apostoU nella chiesadi Grottaferraia (OGh. IV, 1904).
2 Diehl, Mosaïques byzantines de Nicée (BZ., I, 1892) ; Wulff, Die Koimesiskirche in Nicha und ihre Mosaiken, Strasbourg, 1903 ; Diehl, Études byzantines. Cf. Strzygowski, Maria orans (RQ., I893j.
NicÉE 487
grandes ailes blanches, tout resplendissants de pourpre et d'or, tiennent le globe d'une main et de l'autre élèvent une haste d'or, au haut de laquelle une tablette porte l'acclamation du Trisagion. Des inscriptions les désignent comme quatre des puissances
Fig. 337. — Midune crante. Mosaïque de Nic^c [Phol. WulIT).
célestes, que la liturgie met en étroit rapport avec le mystère de l'Eucharistie. Ainsi, comme toujoura, cette décoration a son intention symbolique et sa forte unité. La date malheureusement en reste assez incertaine. La construction de l'église semble remonter au milieu du ix" siècle, et il se peut bien que les mosaïques soient contemporaines de la construction. Une inscription assez obscure parait désigner comme l'auteur de cette décoration un certain Naucratios, d'ailleurs inconnu : en tout cas, malgré l'allon- ;;ementdéjà caractéristique des figures, l'œuvre est belle el produit une assez forte impression.
Les mosaïques qui décorent le narthex appartiennent au contraire certainement au milieu du xi® siècle, et le ^rand hétériarque Nicéphore, qui les fit exécuter, vivait sans doute sous Constantin X (1059-1067). A la coupole surbaissée qui précède la porte d'entrée, autour d'une croix d'or à huit branches, les quatre évangélistes sont assis dans les pendentifs, séparés par quatre médaillons représentant le Christ, la Vierge et deux saints. Au tympan de la porte, la Vierge orante est figurée à mi-corps, harmonieusement drapée d'un manteau violet liséré d'or; le morceau, d'un beau style simple et grave, d'une exécution sobre et ferme, rappelle de façon frappante la madone de Torcello et la Panagia qui décore la pierre gravée de Nicéphore Botaniate (fîg. 237).
Sainle-Sophîe de Salonique, — C'est de la même époque environ (milieu du xi® siècle) que date la belle décoration de la coupole de Sainte-Sophie de Salonique, où est représentée TAscension * (fig. 238). Au centre, le Pantocrator, assis sur Tarc-en-ciel, trône dans un médaillon circulaire soutenu par deux anges. Dans la bande circulaire s'enlève, sur un fond d'or, la Vierge orante, flanquée de deux anges et accompagnée des douze apôtres ; des arbres séparent ces divers personnages. La gamme des couleurs n'est point fort variée ; seule, la Madone, en robe violette, tranche en vigueur sur les draperies d'un blanc grisâtre, dont les apôtres sont uniformément vêtus. Mais l'exécution est d'un art très savant. Les figures sont construites avec une habileté merveilleuse pour que, vues du sol, elles aient les proportions exactes de la vie ; l'étude des formes atteste de réelles connaissances anatomiques; le modelé, obtenu au moyen d'ombres vertes, est d'une délicatesse, le dessin d'une rectitude, les mouvements d'une hardiesse et d'une variété, les visages d'une expression tout à fait remarquables. Sans doute, quelques attitudes sont d'un art un peu tourmenté et maniéré : mais le travail est partout d'une finesse étonnante et Ten- . semble extrêmement harmonieux. Seul le Pantocrator est d'un art tout différent, et si visiblement inférieur qu'il ne saurait être du même temps que le reste de l'œuvre. Tout porte à croire qu'il faisait partie de la décoration la plus ancienne de la coupole, à la-
1. Sur ce monument, dont la date a été fort discutée en ces dernières années, cf. Diehl et Le Toumeau, Les mosaïques de Sainte-Sophie de Salonique (Monuments Piot, t. XVI, 1909). On y trouvera l'indication bibliographique des articles de Kurth, Rjedin, Smirnof, Stnygowski et Wulff relatifs à la question.
i DE SALONtQUE
quelle se rapporte aussi l'inscription fragmenlaire et tant discutée où se lit le nom de l'archevêque Paul'-. Comme elle, il date probablement du vil» siècle, tandis que la Madone, les anges et les
Fïg. 33tt. — Saloiiique. Sainte-Sophie. Mosaïques de la coupole (Phot. Le Toumcau).
apôtres, fort étroitement apparentés du reste aux figures qu'on trouve, dans la même scène de l'Ascension, à l'une des coupoles de
1. Cf. sur cette question de date mon mi^moirc c'iti plus haut, où j'ai signalé les constatations Taitetsurplaco qui justifient mon opinion. Je dois noter toutefois que, contrairement i ce que j'ai arûrmé, le visai^e du PantocraUir, comme celui des autres personnages, est modela au tnoyen d'ombres vertes. Il y a li quelque chosede troublant, qui ne saurait valoir pourtant contre la JifTérence éclatante du style et du dessin-
490 LBS MONUMENTS DE L\ PBtNTUKE. LES MOSAÏQUES
Saint-Marc de Venise, appartiennent sans doute à la première moitié du XI' siècle.
Serrés*. — Dans la métropole de Serrés en Macédoine, à la courbe de l'abside, la Communion des Apôtres est représentée de la même manière qu'à Sainte-Sophie de Kief. Malgré l'incendie de 1849, qui a fort endommagé celt« décoration, on voit que l'artiste s'était efforcé, pour éviter la monotonie inévitable de la composi-
Fig. 239. — La Déisis. Mosaïque de Valopédi (Coll. Hautes Ëtudee, C. 168;.
lion, de donner aux apôlrea des altitudes variées, et qu'il avait su, par le traitement des vêtements comme par la vérité des poses, -introduire dans son œuvre un profond sentiment de vie. Les traits caractéristiques des visages, le goût du coloris brillant, la ferme élégance du dessin rapprochent ces mosaïques de celles de Daphni et permettent de les attribuer à la fin du xi* siècle (fig. 223).
Valopédi^. — C'est de la même époque que datent les mosaïques du catholicon de Vatopédi. Les deux personnages de l'Aunoncia-
1. Pcrdrizcl el Chesnay, La mélropoU de Serrés {Mon. Piot, X, 1904).
2. Baycl, Mémoire iiir une mission an Mont-Alhos (Arch. des MisBions, 1876) ; Drnckhaus, Die Kunst in den AtkoiKUistern, Leipzig, 1S91 ; Kondakof, Monuments de l'art ehrélien à ['/1(tos, Pëtcrsbourg, 1902 (russe), p. 100 guiv.. les attribue au x[n* ou xiv* siècle.
DAPHNI 491
lion y figurent, comme à Kief, se faisant face aux deux piliers du sanctuaire, et une seconde fois aux côtés de la porte royale. Au tympan de cette porte, comme à G rot ta- Ferra ta, est représentée la Déisis, symbole du Jugement dernier (fig. 239). Enfin, à Kief, dans l'église de Saint-Michel, qui date de 1 108, la Communion des Apôtres décore, comme à Sainte-Sophie et à Serrés, Thémicycle de l'abside.
Toutes ces œuvres, auxquelles on pourrait joindre les mosaïques de Saint-Marc et de Trieste, dont il sera question plus loin, sont étroitement apparentées au grand ensemble décoratif dont il reste à parler maintenant, aux mosaïques de Daphni près d'Athènes.
Daphni ^. — Le long de Tantique voie sacrée qui menait d'Athènes à Eleusis, à l'endroit où la route franchit par un étroit défilé les derniers contreforts du Parnès, s'élève, dans un site ombreux et char- , mant, la petite église monastique de Daphni. L'édifice actuel date du milieu du xi® siècle ; longtemps laissé à l'abandon, il a, en outre, fort souffert des tremblements de terre, qui ont assez sérieusement endommagé les belles mosaïques qui décorent le monument. Restaurées entre 1889 et 1894, peut-être avec un zèle excessif qui les fait briller d'une trop fraîche nouveauté, ces mosaïques, qui datent de la fin du xi® siècle, peuvent compter parmi ce que l'art byzantin nous a laissé de plus parfait. « De~s mosaïques contemporaines, écrit M. Millet, Daphni se distingue par une supériorité très prononcée, par la variété, la souplesse, l'élégance du dessin, la finesse du modelé, la richesse du coloris, enfin, dans les compositions, par une véritable invention aussi bien pour les gestes que pour l'interprétation des thèmes et la disposition des lignes et des masses. La réelle beauté de ces mosaïques est un phénomène surprenant*^. »
L'ordonnance de cette décoration ressemble fort à celle de Saint- Luc, que Daphni rappelle au reste par son plan et sa structure. A la coupole, dans un large champ d'or, un buste colossal du Pantocrator occupe tout le sommet de la voûte ; autour de lui, debout entre les fenêtres du tambour, seize prophètes, tenant en main des cartels déroulés où se lisent des textes sacrés, proclament la gloire du Dieu créateur ou annoncent la venue de son règne. A la conque de l'abside, la Vierge est assise (presque complètement détruite aujourd'hui) et, dans les hémicycles latéraux, les archanges Michel et
1. Millet, Le Monastère de D&phni^ Paris, 1899. Cf. Lampakis, XpuTiavixT] àpyatoXoyta Tr^ç (jlovî]( Aaçvîou, Athènes, 1H89, et 'H [xovr, Aaçvîou jicTa Ta; eirijxsoiç, Athènes, 1899.