‹ Manuel d'art byzantin (volume 2)Chapitre 221 sur 370 · CEFALÙ · texte numérisé non relu

CEFALÙ

immense qui Tenvironne, s'élèvent ces villas charmantes de la Favara et de Menâni, œuvre de Roger II, de la Zisa que commença Guillaume I, de la Cuba, qu'édifia Guillaume II (1180), et où, parmi les élégances de Tarchitecture arabe, au milieu des ombrages et des fontaines, les rois latins de Sicile vivaient comme des princes d'Orient.

Pour bâtir et décorer ces monuments, les princes normands, avec un éclectisme admirable, firent indifféremment appel aux architectes de France, aux artistes ingénieux et savants qui travaillaient jadis pour les émirs musulmans, et aux maîtres byzantins, dont la supériorité s'imposait encore à TEurope occidentale presque entière. Ce furent eux qui, sur le plan latin des basiliques, greffèrent les formes architecturales et le système décoratif de TOrient byzantin, eux qui couronnèrent uniformément les églises siciliennes de ces coupoles portées sur quatre trompes d'angle, que Byzance avait, dès le v® siècle, empruntées aux procédés de Tarchitecture persane. Ce furent eux surtout qui apportèrent à Palerme les traditions de cet art de la mosaïque, où le luxe byzantin avait trouvé son expression la plus caractéristique. A l'intérieur des sobres cathédrales normandes, les artistes d'Orient couvrirent les murailles du revêtement des marbres multicolores ; ils jetèrent sur le sol l'étincelant tapis des pavements de mosaïque et de porphyre ; et à la voûte des coupoles et des absides, ils firent, selon les principes de l'église orthodoxe, flamboyer les mosaïques à fond d'or où se manifeste dans sa gloire le Christ Pantocrator.

Trois monuments surtout représentent l'art byzantin de Sicile. Ce sont les mosaïques du dôme de Cefalù, les plus anciennes de Tîle, les plus pures d'exécution et les moins restaurées, les mosaïques de la Martorana et celles de la Chapelle palatine. Ces trois ensembles datent de la première moitié du xii® siècle, et rien ne peut mieux rendre compte de ce qu'étaient encore, à l'époque des Comnènes, l'éclat et la puissance créatrice de l'art byzantin.

Cefalà, — A Cefalù, la décoration de la grande abside, datée par une inscription de l'année 1148, ressemble fort à celle qui se rencontre au fond du sanctuaire de Monreale {fig, 249). Le Christ en buste, colossal, occupe la conque de l'abside et d'un geste large et noble élève sa main bénissante. Au-dessous de lui, dans l'hémicycle, la Madone debout, en orante, est flanquée de quatre archanges ; plus bas, de chaque côté d'une grande fenêtre, les apôtres sont rangés en deux zones superposées. Sur les murs

latéraux, des saints, évèques el guerriers, diacres et prophètes s lignent en quatre registres parallèles. Comme daas l'abside, des ii

rig. ï49. — Cefalù. Mona'ïques de l'abside (Phot. Alinari).

criplions grecques accompagnent les personnages du rang inférieur, les plus remarquables daillours par Texécution et par le caractère des ligures ; comme les moBaïquee de l'abside, ils sont assurément

de la main des maîtres grecs qui Iravaillèrenl pnur Roger 11. Au contraire, les chérubins et les séraphins qui planent à la voûte

d'ogives du chœur, doivent, comme cette voûte elle-même, être attribués au milieu du xiii' siècle, et sans doute les figures de saints

qui ornent les murailles latérales du chœur datent, elles aussi, dans les rangs supérieurs voisins de la voûte, de la même époque : Tinégalilé du style et du travail y est, en effet, fort sensible.

Martorana. — Par son plan en forme de croix grecque, sa coupole sur trompes, son riche pavement de mosaïque et de marbres, le somptueux revêtement de marbre qui parait ses murailles, la Martorana est une église purement byzantine. Elle ne Test pas moins par ses mosaïques à inscriptions grecques qui, par rordonnance générale autant que par le style, sont exactement conformes aux principes de la nouvelle iconographie byzantine.

Au sommet de la coupole, le Christ Pantocrator est assis sur son trône, et sa main levée laisse tomber la bénédiction sur le peuple des fidèles. Autour de lui, quatre archanges inclinés font au maître une garde d'honneur. Plus bas, huit figures de prophètes, disposées au tambour de la coupole, et, dans les trompes d'angle, les images des quatre évangélistes ;*puis, à la courbe des grands arcs, les médaillons des saints guerriers et des saints évêques, et, aux branches nord et sud de la croix, les austères figures des. apôtres montrent Téglise hiérarchiquement groupée aux côtés de son divin fondateur. Des mosaïques de Tabside, rien ne reste, sauf, sur la courbe de Tarcade, deux grandes figures des archanges Michel et Gabriel, et de même ont disparu sans doute la plupart des compositions évangéliques, dont la succession rappelait le cycle dès grandes fêtes chrétiennes. Quatre épisodes seulement en sont conservés : sur les faces orientale et occidentale du carré central, par une disposition qu*on trouvera plus tard aux églises de TAthos, l'Annonciation fait pendant à la Présentation au temple ; à la voûte du bras occidental de la croix, la Nativité du Christ, par où commence le cycle des fêtes, s'oppose à la Dormition de la Vierge, qui en marque le dernier chaînon (fîg. 250). Enfin deux curieux tableaux, qui peut-être décoraient la façade primitive de l'église, se voient aujourd'hui dans la partie antérieure du monument. L'un montre Roger II, en costume de basileus byzantin, couronné par le Christ (fig. 251); l'autre, partiellement gâté par une restauration maladroite, représente Tamiral Georges d'Anlioche, humblement prosterné aux pieds de la Vierge.

Parmi les mosaïques byzantines de Sicile, celles de la Martorana sont |)eut-être, avec celle de Cefalù, les plus remarquables; la composition en est bien entendue, le dessin souvent ferme et précis, le coloris plein d'éclat. Elles semblent donc bien appartenir en propre aux maîtres grecs qui travaillèrent pour Roger II et qui exécutèrent

c;:;aleinent pour lui une partie des mosaïques de la Chapelle palatine. Chapelle palatine ' . ^ La Chapelle palaline, achevée par Roper II

en IIW, comme l'atteste l'inscriptlnn grecque qui court à la base

I, Tcr/i. Amari et Caïallarî, La cappella di S. Pitiro neffa reggia di Palermo. Païenne, 1889 ; Paulovskij, Peinlurti de la Chapelle palaliaede

PaUrmf. Fétenbouru, 1890 'russe) ; Iconographie delà Chapelle palaline{RA., IH9V. ; Décoration dti plafond) de la Chapelle palaline {HZ., Il, 1s93).

de la coupole, est la merveille de l'art sic ulo- normand et le monumenl le plus représeolatlf qu'il ait produit. Par ses trois nefs, que séparent des colonnes antiques de granit aux chapiteaux corinthiens somptueusement dorés, o'est une basilique d'Occident ;

par fan sanctuaire surélevé, que des clôtures de marbre, incrustées de mosaïques, séparent du reste de l'église, par sa haute coupole à trompes d'angle portée sur quatre colonnes, c'est un édifice d'Orient. Par son pavement, où le porphyre, le marbre, la serpentine se mêlent aux entretacs de mosaïques multicolores, par la parure des marbres incrustés d'émaux polychromes qui tapisse ses murailles et que couronne une haute frise de palmettes dorées, elle évoque le souvenir des mosaïstes arabes, de leur art savant, de leur patiente

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