CHAPELLE PALATINE
I décoration : l'histoire de la vie de saint Pierre et de saint Paul, ui couvre les parois des bas-côtés, correspond aux figures des eux apôtres placées à lu conque des absidioles ; et c'est en conforlité avec les plus lointaines traditions chrétiennes que, dans la i-ande nef, se déroulent en deux Kones superposées les épisodes de
Fig. 2ii. — Moiireale. InlL^ricur du dânif (Phol, Alinari).
l'Ancien Testament, depuis la Création jusqu'à la lutte de Jacob uvec l'ange. Mais toutes ces représentations sont accompagnées d" in se ri plions latines, et au vrai le slvle en est fort différent. Aussi bien on sait, parle témoignage du chroniqueur Romuald de Salenie, qu'après la mort de Roger II (Il5i), son fils Guillaume acheva la <lécoralion en mosaïques ,de la Chapelle palatine. Tout /ait croire qu'il en confia l'exécution aux élèves italiens qui s'étaient formés à l'école des maîtres grecs. Et c'est pourquoi, tandis que, dans le -sanctuaire, les compositions conformes au canon byzantin, les maints de l'Ëglise grecque, la langue hellénique enfin dominaient, <laiis les nefs, au contraire, régnent les saints et la langue de l'Église
latine ; et c'est pourquoi surtout, aux œuvres si remarquables qui décorent le chœur et les absides, s'opposent des ouvrages plus inégaux, où apparaît, avec une tendance légitime à s'affranchir de> leçons byzantines, la marque d'une évolution qui, bien vite, acheminera vers la décadence l'art siculo-normand.
Monreale*. — Cette décadence apparaît clairement dans l'énorme décoration du dôme de Monreale, qui couvre une surface de plus de 6000 mètres carrés (fig. 254). Sans doute, Tœil est d'abord ébloui par la prodigieuse splendeur de la magnifique cathédrale, étonné par le déploiement d'un luxe incomparable : on constate vite pourtant, à regarder les détails, combien on est loin de l'art savant des maîtres qui, à Cefalù ou au palais, avaient travaillé pour Roger II. Si, dans Tordonnance générale de la décoration, dans la composition des scènes, on sent toujours l'influence byzantine, on voit clairement par ailleurs que les modèles byzantins ont été copiés par des artistes indigènes, avec plus de maladresse danî^ le dessin, moins d'éclat dans le coloris ; et s'il est intéressant de noter cet effort pour s'affranchir, en une certaine manière, des enseignements de l'Orient grec, il faut avouer que la sécheresse de ce style, la froideur de cet art trahissent la décadence et déçoivent le visiteur que la Palatine a charmé.
11 n^est donc point utile de décrire en détail toutes les parties de cette vaste décoration, dont beaucoup de morceaux ont été au reste abondamment restaurés. Il suffira de marquer la conception générale de cette œuvre colossale, le plan grandiose de l'ordonnance qui lui donne sa signification.
Dans l'abside principale (fig, 222), comme à Cefalù et à la Chapelle palatine, le Christ Pantocrator occupe le sommet de la conque, . dominant toute l'église de son buste colossal. Au-dessous de lui. | la Vierge « toute pure » (tj xavaypavro;), comme la désigne une inscription grecque, est assise sur son trône, tenant sur ses genoux l'enfant divin ; à ses côtés sont debout deux archanges et les douze apôtres, dont la rangée se prolonge sur les parois voisines ; plus bas, quatorze figures de saints décorent la zone inférieure de l'hémicycle. Comme à Cefalù, c'est l'Église triomphante, figurée d'ordinaire dans l'Orient byzantin au sommet descoupoles,que le mosaïste a voulu représenter ici dans sa magnifique hiérarchie ; et la même
I. Scrradifalco, Del duomo di MonreaU^ Palerme, 1838 ; Gravina, // duomo di Monreale^ Palerme, 1859-1871.
idée s'exprime à la voûte qui précède le sanctuaire, où le symbole (le l'Hétimasie flotte entre les séraphins et les archanges inclinés.
Fig. 355. — Monreale. Mosaïques du dôme (Cuil. Hautes I-Uudcs. C. 73S).
il In voûte des absidioles, où quatre séraphins entourent le médaillon du Christ, Sur le grand arc du transept enlin, comme à la Pala-
iine, les deux archanges Michel et Gabriel s'inclinent, drapés ^i Tantique ; et sur les murs de la grande nef la foule des anges s'aligne en une double frise de médaillons.
Dans les voûtes et sur les parois latérales du transept, TËglise terrestre se manifeste par la longue série des compositions qui constituent le cycle des fêtes chrétiennes. Gomme à la Martorana^ comme à la Palatine, TAnnonciation occupe une place à part, aux deux cotés de Tare triomphal, à l'entrée de Pabside ; au centre du transept, se développent les scènes de TEufance du Ghrist, tandis que, dans les ailes du sud et du nord, se succèdent les épisodes de la Passion. Quant au cycle des miracles du Sauveur, nettement séparé de celui des fêtes, il remplit les bas-côtés.
Dans les absides latérales, comme à la Palatine, les deux grands apôtres Pierre et Paul sont figurés, et une suite de compositions rappellent l'histoire de leur apostolat et de leur martyre. Enfin, par un souvenir de l'ancienne tradition chrétienne, la grande nef est, comme à la Palatine, décorée de scènes de l'Ancien Testament, disposées en deux zones parallèles et qui vont depuis la Gréation jusqu'à la lutte de Jacob avec l'ange.
Au-dessus des deux trônes adossés aux piliers orientaux du sanctuaire, deux compositions d'apparat, semblables à celles que nous avons rencontrées à la Martorana, montrent, à gauche, le Ghrist couronnant le roi Guillaume II [iig. 255), à droite, le souverain olfrant à la Vierge l'église qu'il a fondée.
On voit aisément combien cette ordonnance rappelle celle qui, dans les autres églises de Sicile, a réglé la disposition des mosaïques : c'est qu'en effet toutes s'inspirent pareillement des principes de la liturgie byzantine. Mais si, à Monreale, la conception dominante ne s'écarte guère de celle qui a créé la décoration de Gefalù ou de la Palatine, Texécution diffère étrangement. Gomparez l'abside de Monreale, — la plus belle partie assurément de ce vaste ensemble, et celle qui dut être traitée avec le plus de soin, — à l'abside presque semblable de Gefalù (fîg. 249) : sans doute, les inscriptions qui accompagnent les figures sont grecques, et à ce titre les mosaïques peuvent être considérées peut-être comme l'œuvre de maîtres byzantins : pourtant elles diffèrent étrangement de celles du milieu du xii^ siècle ; elles ont quelque chose de plus raide et de plus sec, plus de froideur dans le coloris, moins d'élégance dans le dessin. Regardez maintenant les autres mosaïques, qui toutes sont accompagnées d'inscriptions latines : assurément le^